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12 mars 2008

Normaliser

 

 

Normaliser, normalisation, normalisateur 

 

 

Voilà des mots modernes, non seulement parce qu’ils sont récents, n’étant enregistrés dans aucune des éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française de 1694 à 1935, mais encore parce qu’ils portent en eux, dans leurs sens et leurs emplois, l’esprit de la modernité : ils en sont le précipité.

Normaliser (dérivé de normal, lequel dérive de norme, emprunté du latin norma, "équerre", "règle" - cf. la note qui y est consacrée) est attesté en 1922 et en 1932 comme terme d’industrie ; normalisation dans la seconde moitié du XIXe siècle comme un terme d’industrie. D’après les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), "cela laisse supposer une existence antérieure du verbe malgré le manque d’attestations". Un demi-siècle après que ces deux mots ont été attestés dans la langue, les articles qui y sont consacrés dans ce dictionnaire occupent presque trois colonnes – cette prolifération d’emplois atteste, s’il en était besoin, la conformité de ces deux mots à la modernité.

 

Le verbe a deux sens principaux. Le premier est en usage dans l’industrie et dans les techniques : c’est "appliquer une norme de manière à abaisser le prix de revient ou à faciliter l’utilisation généralisée" (Trésor de la langue française) ou "adopter des normes de fabrication visant à rationaliser et à uniformiser les productions industrielles ou agricoles ; rendre un produit conforme à ces normes" (Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, en cours de publication). Les synonymes sont "rationaliser, standardiser, systématiser, unifier". Sont normalisés les méthodes de travail, un produit, les outils, un procédé, la production d’un objet, les diamètres des tubulures d’admission, les cotes des brides de fixation du carburateur, un mode de transport du pétrole, les modèles et les qualités, les formats de papier, les dimensions en centimètres, etc. Dans une société à laquelle est imposée pour horizon obligatoire l’augmentation de la production de biens et de services par la rationalisation des processus, la fréquence d’emploi du verbe normaliser et du nom qui en dérive augmente d’une année sur l’autre et, vu leur succès croissant, les deux mots s’étendent à d’autres réalités que l’industrie et les techniques de production : la société, la politique, les êtres humains, les institutions sociales, l’orthographe, les comportements. Tout doit être normalisé dans une société dont l’idéal est la norme.

De fait, le second sens du verbe est "ramener à la norme, à un état normal, habituel, régulier ce qui avait cessé de l’être ou rendre normal ce qui ne l’était pas encore" (Trésor de la langue française) ou "ramener à une situation normale, au cours habituel des choses, après un désaccord ou un conflit" (Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition ; exemple : "ces deux États ont normalisé leurs relations"). Alors que les académiciens limitent (ce en quoi ils s’abusent) ce second sens à la seule politique, comme l’attestent la mention politique qui précède la définition et l’exemple qui l’illustre, les auteurs du Trésor de la langue française n’ont pas ce scrupule : tout dans la langue moderne peut être normalisé ; tout est sujet à normes, aussi bien les personnes, un état physique ou mental, des comportements sociaux ("toute rééducation ou réadaptation tend à normaliser l’individu, c’est-à-dire à le ramener aux normes de son groupe de vie", 1963), les états de déséquilibre mental (grâce à des médicaments psychotropes), mais aussi les rapports entre des personnes, des relations (diplomatiques), un pays, une situation politique, sociale ("rétablir, au besoin par la force, l’ordre, le statu quo, après une période d’agitation, de troubles", "faire rentrer dans le rang, mettre au pas"). De ce verbe est dérivé un nom et adjectif au sens éloquent : normalisateur, comme si la modernité, dont les beaux parleurs font tant de cas, se ramenait à la multiplication de normes imposées de tout type, de tout genre, de toute espèce, imposées à tous et à chacun, aux individus et aux groupes ou comme si la modernité n’était qu’un gigantesque usinage et un perpétuel et sans cesse recommencé formatage des personnes, des lieux, des choses, des institutions, des esprits, des pensées, des façons de faire, des paysages, des outils, des comportements, etc. Tout d’équerre et tout à la règle. Il n’est pas de mots plus éloquents que norme et ses dérivés : normal, normaliser, normalisation, normalisateur pour dire ce qu’est le monde réel qui se cache sous des apparences trompeuses.

 

Commentaires

DISPOSITIF
( ou : casse ( ou case) toi , pauvre c.. )

MARTINON NON NON

MON FISTON OUI OUI

http://fr.news.yahoo.com/rtrs/20080315/tts-france-elysee-martinon-ca02f96.html

Écrit par : Amédée | 15 mars 2008

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