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07 mars 2008

Sélection

 

 

 

Bien que sélection soit emprunté du latin selectio, "choix, tri", et qu’il soit attesté une fois au début du XVIIe siècle, c’est un mot moderne. Le premier à l’enregistrer est Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ; les académiciens l’imitent en 1878 dans la septième édition de leur Dictionnaire. Le sens moderne, comme "terme de zootechnie", écrit Littré, vient du mot anglais selection, terme de culture et d’élevage, dont la biologie et la théorie de l’évolution font grand usage. Pour Darwin, "the natural selection" explique l’évolution des espèces (1857 et en 1859 : On the Origin of Species by Means of Natural Selection or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life). Littré expose les raisons du succès de ce mot : "sélection est entré en français par l’anglais. On l’avait d’abord employé en zootechnie, et le système de Darwin l’a tout à fait répandu".

Littré (Dictionnaire de la langue française) relève les trois sens de sélection, dont les deux derniers entrent dans l’usage au moment où il rédige son dictionnaire  : "action de choisir" ; "terme de zootechnie, choix bien entendu de reproducteurs doués des caractères que l’éleveur désire fixer dans une variété animale distincte" ; "sélection naturelle, prédominance que la nature accorde à une espèce, à une variété, grâce à une adaptation plus grande de ses caractères à ceux du milieu, au point de vue de la nutrition, de la conservation, de la reproduction, etc. avec disparition des espèces, des variétés qui ne peuvent lutter".

La définition du Dictionnaire de l’Académie française (huitième édition, 1932-35) suit celle de Littré : "action de choisir ou résultat de ce choix" (exemple : "il a fallu exercer une sélection sévère parmi les candidats ; à l’exposition des œuvres de ce peintre, il y a seulement une sélection de ses meilleures toiles") ; "il se dit particulièrement, en termes d’économie rurale, pour désigner le choix bien entendu de reproducteurs doués des caractères que l’éleveur désire fixer dans une espèce animale" ; "en termes d’histoire naturelle, sélection naturelle, prédominance d’une variété mieux adaptée que les autres au milieu où elle doit vivre et qui les élimine" (la syntaxe du dernier fragment "milieu (…) et qui les élimine" est approximative : il vaut mieux ne pas se demander que représentent "les" et "qui").

 

 

Néologisme sémantique, sens emprunté de l’anglais, terme scientifique, voilà qui a fait le succès de sélection dans la langue du XXe siècle. Trois colonnes y sont consacrées dans le Trésor de la langue française (1971-94). Les mots de la définition sont encore plus modernes – tout idéologiques et sociaux – que le mot défini. "Action de choisir", écrivait Littré ; "processus (opération volontaire et méthodique, phénomène inconscient ou automatique) par lequel, à l’intérieur d’un ensemble donné, certains éléments (personnes ou choses) sont choisis, retenus à l’exclusion des autres, en fonction de caractéristiques déterminées, éventuellement impliquées par une certaine fin", écrivent les lexicographes du Trésor de la langue française. La sélection peut être consciente, raisonnée, rationnelle, méthodique, rigoureuse, sévère, arbitraire, automatique, mécanique, etc. Elle s’applique sur les êtres humains ("sélection professionnelle, sélection du personnel ou, absolument, sélection : opération qui tend à déterminer à partir de critères établis et avec le recours à certaines méthodes, notamment à certaines méthodes psychotechniques, les individus les plus aptes à satisfaire aux exigences d’un emploi, d’un poste"). Dans l’enseignement, c’est la "détermination, à l’intérieur d’un groupe d’élèves ou d’étudiants, des sujets propres à suivre un certain type d’enseignement" ou c’est, selon les sciencieux du social, "l’ensemble du processus qui tend à réserver à certains un type d’enseignement considéré comme celui de l’élite". Elle est dite sociale, quand elle procède à la "répartition des individus à l’intérieur des différentes classes de la société, principalement en fonction de leur milieu d’origine, de leur niveau culturel et professionnel, de leurs ressources financières". Dans le sport, la sélection n’est pas suspecte : c’est le "choix des meilleurs sportifs d’une collectivité en vue d’une compétition intéressant une collectivité plus vaste". Il est vrai que la définition est écrite dans un jargon si obscur que personne ne pourra contester ce que le mot désigne. Elle s’applique aussi aux choses (informatique, linguistique, photographie, radio, télécommunications.

La biologie est le sanctuaire de la sélection, la bonne, la vraie, la jamais suspecte, qu’elle soit artificielle (le "terme de zootechnie" de Littré), conservatrice ("sélection qui tend à assurer le maintien d’une race, d’une espèce, d’une variété donnée"), créatrice ou améliorante. Quand elle est naturelle, c’est alors son sacre. La sélection alors est taboue, intouchable, immune éternellement.

 

Commentaires

un petit mot pour te dire quen ton blog est trèsvsympathique ! ;)

Écrit par : gavage | 12 mars 2008

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