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18 mars 2008

Réhabilitation

 

 

 

 

Attesté en 1401 comme terme de droit ("terme de jurisprudence" selon Littré) au sens "d’action de rétablir dans un état, des droits, des privilèges perdus" (Amyot, XVIe siècle : "et s’il était banni, il lui promettait réhabilitation et restitution de tous ses biens"), réhabilitation est défini dans le Dictionnaire de l’Académie française ainsi : "rétablissement au premier état" (1694) ; "rétablissement dans le premier état" (1762-1798), et illustré des mêmes exemples : "lettres de réhabilitation" (1694, 1762, 1798) et "réhabilitation de noblesse, de mariage" (1798). Dans L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (1751-65) est cité l’exemple des "lettres de réhabilitation de la noblesse" obtenues en "la grande chancellerie" et qui rétablissent une personne ou une famille dans ses droits de noblesse. La Bruyère rejette cette extension : "réhabilitation, mot en usage dans les tribunaux, qui a fait vieillir et rendu gothique celui des lettres de noblesse, autrefois si français et si usité". Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) glose à peine plus clairement que les académiciens le sens de ce mot : "(il) exprime l’action de rétablir dans le premier état" ("lettres de réhabilitation, réhabiliter dans sa charge un officier dégradé").

A partir de la fin du XVIIe siècle, la réhabilitation s’étend aux faillis (rétablis dans leurs droits), aux nobles, aux condamnés (L’Encyclopédie : "les lettres de réhabilitation du condamné s’obtiennent en la grande chancellerie pour remettre le condamné en sa bonne renommée et biens non d’ailleurs confisqués") ; enfin, du droit, le mot bascule dans le social et il s’applique à ceux qui ont vu leur réputation écornée ou salie. En 1762, Voltaire l’emploie à propos de Calas : "du moins la mémoire de Calas sera rétablie dans l’esprit du public, et c’est la vraie réhabilitation" ("action de rétablir quelqu’un ou quelque chose dans l’estime, dans la considération d’autrui").

Les académiciens ne notent l’élargissement des emplois qu’à compter de la sixième édition (1832-35), mais dans les seuls exemples cités : "terme de chancellerie et de jurisprudence, la réhabilitation d’un failli, d’un condamné, obtenir un jugement de réhabilitation". De même, Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) illustre le sens général ("action de réhabiliter ; rétablissement dans le premier état") de cet extrait de d’Alembert : "le failli qui aura intégralement acquitté.... toutes les sommes par lui dues, pourra obtenir sa réhabilitation". Il faut attendre la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française pour que soit explicitement défini le sens social et courant de ce "terme de chancellerie et de jurisprudence" : "il s’emploie par extension dans le langage courant et signifie rétablissement dans l’estime publique ; l’action qu’il vient de faire est sa meilleure réhabilitation."

Comme l’atteste l’article, relativement long (une colonne grand format, huit acceptions ou emplois), qui y est consacré dans le Trésor de la langue française (1971-94), réhabilitation, tout en continuant à être employé dans le droit, pénal ou commercial, triomphe dans le social. "Par extension, écrivent les auteurs de ce dictionnaire, c’est le fait de rétablir (quelqu’un, quelque chose) dans l’estime, dans la considération perdue ; le fait (pour quelqu’un, quelque chose) de retrouver cette estime, cette considération". George Sand, en 1839, qualifie la réhabilitation d’une femme de sociale (ce qui serait aujourd’hui un pléonasme), anticipant de plus d’un siècle le destin moderne de ce mot. Quand le nom est suivi d’un mot de choses, c’est, dans le Trésor de la langue française, "le travail manuel" qui est réhabilité. Quand il est en usage en médecine, le mot a aussi un sens social : "restauration d’un malade ou d’un handicapé à un mode de vie et d’activité le plus proche possible de la normale". A réhabilitation physique (1974), les médecins préfèrent pourtant rééducation, réadaptation, reclassement "qui sont plus précis" (on se demande en quoi).

La réhabilitation a aussi son arc de triomphe érigé en 1966 : "action de remettre en état, de rénover un quartier, un immeuble" (in Le Monde). Ce sens ayant été adoubé dans l’organe de la Bêtise moderne, il prolifère. Il est vrai qu’il est emprunté à l’anglais rehabilitation "action de remettre en état, de rénover une chose, puis un immeuble, etc.", dérivé du verbe to rehabilitate, "to restore old buildings to a good condition". Avec pour parrains la langue anglaise et le journal Le Monde, ce sens socialo-urbanistique est très vite reçu chez les bien pensants. Le couronnement du transfert à la société de ce terme de droit, c’est "l’opération consistant dans le nettoyage et la remise en état d’un quartier ou d’un immeuble ancien", comme le chante l’autre organe (ou sous-organe) de la Bêtise moderne qu’est Le Nouvel Observateur : "réhabiliter un immeuble ancien consiste à le restaurer de façon sommaire, en y installant notamment un équipement sanitaire correspondant aux normes minimales d’habitabilité. La réhabilitation touche généralement le tissu urbain banal, la restauration étant plutôt réservée à la sauvegarde et à la mise en valeur d’ensembles ayant une réelle qualité architecturale" (1976).

 

 

 

 

Commentaires

Attention à l'anglicisme courant au Québec où on utilise le mot réhabilitation dans le sens de réadaptation.

Les services de santé ne sont pas des services de réhabilitation mais de réadaptation s'ils ont pour objet de favoriser, par exemple, une adaptation à une prothèse.

Par contre, avec la régénération d'organes qui semble à l'horizon on pourrait parler possiblement de réhabilitation d'organes.

Écrit par : Normand Choiniere | 19 mars 2008

Merci de cette précision. Vous avez raison. D'ailleurs, les emplois "médicaux" relevés dans le Trésor de la langue française sont des néologismes sémantiques empruntés de l'anglais. Les auteurs de ce dictionnaire ne l'ont pas signalé. Ils auraient dû le faire.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 20 mars 2008

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