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07 avril 2008

Séquence

 

 

 

 

Emprunté du latin sequentia, séquence est attesté en 1170 comme terme de liturgie, puis en 1534, dans Gargantua de Rabelais, comme terme de jeu de cartes. Dans son Dictionnaire universel (1690), Furetière expose les deux sens (voici le premier : "en vieux termes de bréviaire, signifie aussi la prose qu’on dit à la messe, après l’épître, en quelques fêtes solennelles"), alors que les académiciens, dans les éditions publiées de le Dictionnaire de 1694 à 1878 (de la première à la septième), n’exposent que l’emploi de séquence comme terme jeu de cartes : "suite de plusieurs cartes de même couleur, et du moins au nombre de trois, dans le rang que le jeu leur donne" (1694) et "on appelle aussi séquence l’arrangement particulier que chaque cartier a coutume de donner à ses jeux de cartes" (1762).

Dans L’Encyclopédie (1751-65), plusieurs brefs articles sont consacrés aux séquences dont la valeur varie : au jeu de "l’ambigu" ("suite de trois cartes de la même couleur" ; "la séquence emporte le point et ses primes, et fait gagner trois jetons de chaque joueur"); à "ma commère, accommodez-moi" ("trois cartes qui sont dans leur ordre naturel, ne laissant aucun intervalle à remplir entre une carte et celle qui lui est inférieure en valeur" ; "la séquence de ce jeu ne diffère de la tierce du piquet, qu’en ce qu’il faut que celle-ci soit en même couleur, et en même espèce, et que la séquence peut être de trois couleurs et de trois espèces différentes, pourvu qu’elle aille de suite") ; au "hoc" ("trois cartes d’une même couleur qui se suivent" ; "la séquence de quatre vaut mieux que celle de trois, celle de cinq, que celle de quatre et ainsi des autres ; et quand les cartes sont égales en nombre, la plus haute gagne"); au "commerce" ("assemblage suivi de trois cartes de même couleur, que l'on appelle tierce au jeu de piquet, comme as, roi, dame, roi, dame, valet, dame, valet et dix, etc., la plus haute ayant toujours la préférence"). Il y a trois siècles, les Français jouaient à l’ambigu, au hoc, au commerce, à ma commère accommodez-moi, et nous ne le savions pas. Il faut croire aussi que ces jeux de cartes n’étaient pas des divertissements insignifiants ou anodins pour que les graves auteurs de L’Encyclopédie, dont le savant d’Alembert et le philosophe Diderot, décident d’y consacrer des articles ou n’aient pas le sentiment de déroger en s’y intéressant. Ce n’est pas Sartre et sa grande sartreuse qui auraient traité savamment des séquences au tarot, à la belote, au bridge, au rami, à la bataille, au barbu, etc. : ils avaient pour seuls divertissements la lutte des classes, le marxisme, l’URSS, Cuba, Guevara, la Chine. Ils se seraient moins déshonorés s’ils s’étaient contentés de jouer au hoc ou à ma commère accommodez-moi.

 

C’est Littré qui, un peu moins d’un siècle après Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788), a rétabli dans la définition de séquence le sens que ce nom avait dans la liturgie ("en vieux termes de bréviaire", disait Furetière) : "pièce de plain-chant en vers mesurés et rimés, qu’on appelle aussi prose ; ainsi dite parce qu’elle se chante aux messes solennelles, après le graduel et l’alléluia" (Dictionnaire de la langue française, 1863-77). Littré ajoute : "le Stabat mater, le Victimae paschali laudes, le Dies irae, le Lauda Sion et le Veni, sancte Spiritus sont les séquences les plus célèbres", avant d’illustrer ce sens d’un extrait de Bossuet : "Sainte Rotecarde.... mourut à la grand messe, comme elle l’avait prédit, pendant la séquence ; c’est ce qu’on appelle la prose". Dès lors, les académiciens suivent la leçon de Littré et réintègrent ce "vieux terme de bréviaire" dans la définition de séquence : "il se dit aussi, en termes de liturgie, d’une pièce en vers mesurés et rimés, que l’on chante aux messes solennelles après le graduel et l’alléluia ; le Stabat mater, le Dies irae sont des séquences ; on dit aussi prose" (Dictionnaire de l’Académie française, 1932-35).

 

 

Dans la langue actuelle, le mot abandonne le domaine étroit des jeux de cartes ou de l’ancienne liturgie de la sainte Eglise apostolique et romaine (bien mal en point) pour s’étendre à d’innombrables réalités nouvelles, sociales ou intellectuelles, comme l’atteste l’article, relativement long, qu’y consacrent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94). Séquence ou "suite ordonnée d’éléments, d’opérations, de phases" (comme ces mots sentent fort la logorrhée moderne !) devient même un terme de sciences : sciences humaines et sociales évidemment, mais aussi sciences exactes. En astronomie, la séquence polaire internationale est "l’ensemble d’environ cent cinquante étoiles voisines du pôle Nord, de magnitude apparente comprise entre 2,1 et 20, servant, par convention internationale, d’étalon photométrique". Au cinéma, c’est une "suite de plans constituant un épisode distinct, correspondant à une suite d’actions présentées dans leur continuité logique et chronologique, et dans leur diversité spatiale", tandis que le plan-séquence est une "séquence réalisée en un seul plan". En linguistique, c’est une "suite d’unités linguistiques ordonnée de gauche à droite sur l’axe syntagmatique et formant une unité textuelle" ; et en sémiotique narrative, c’est une "succession réglée de fonctions". Les spécialistes comprennent sans doute ces notions ; que les autres fassent comme s’ils avaient compris. En musique, hors la liturgie, c’est un "motif mélodique et rythmique destiné à se reproduire sur différents degrés de la gamme", comme dans cet extrait de Schaeffer : "la mélodie (...) était constituée par des collages : coups frappés, cris, ovations, séquences de piano préparé". En photographie et dans les arts plastiques, c’est "une succession d’images constituant une narration à caractère abstrait ou intemporel". Dans les techniques spatiales, c’est une "suite d’opérations ou d’événements organisée selon un ordre préétabli et formant un tout" (une séquence de vol). En informatique, une séquence est une "suite bloquée d’instructions qui sont exécutées dans l’ordre où elles sont écrites, dans toutes les circonstances du traitement" et une séquence d’appel est un "ensemble d’instructions utilisé pour appeler un programme, un sous-programme ou une routine".

Le comble est atteint dans cet extrait qui apparaît comme un condensé de la modernité séquentielle : "les réactions circulaires (...) nous font comprendre comment l’activité primitive, faute d’un nombre suffisant de structures motrices assimilées, a tendance à recommencer interminablement la même séquence gestuelle : ainsi l’ours en cage". Vivent donc les "structures motrices assimilées" qui font de l’homme un ours en liberté.

 

 

 

Commentaires

L3 ressemble furieusement à """ Panthéon """
( apparemment décédé ! Dieu respecte son âme )

attention à ne pas trop lire
" Le FAUX monde "

ça donne mal à la tête !

Écrit par : amédée | 12 avril 2008

Les commentaires sont fermés.