Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14 avril 2008

Consanguin

 

 

 

 

Ce mot, emprunté du latin consanguineus, "qui est né du même père", et attesté en 1282, est dans le Dictionnaire de l’Académie française depuis la première édition (1694), bien que les académiciens reconnaissent "qu’il n’a presque point d’usage". Ils en bornent l’emploi à celui d’adjectif de genre masculin, au sens de "parent du côté paternel" (1694, 1762, 1798). Dans ces deux dernières éditions, la quatrième et la cinquième, l’usage en est limité à la "jurisprudence" et à la seule "phrase" (en 1832-35, les académiciens écrivent "locution") : "frère consanguin, qui signifie frère de père" et que l’on distingue de "frère utérin, qui signifie frère de mère".

 

L’article qui y est consacré dans L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (1751-65) est plus complet : "en jurisprudence, consanguin se dit de celui qui est du même sang qu’un autre ; on appelle frères et sœurs consanguins, ceux qui sont enfants d’un même père, à la différence des frères et sœurs utérins, qui sont ceux issus d’une même mère". L’auteur de l’article ajoute que "chez les Romains, on appelait consanguins en général tous les parents du côté paternel" et que "les consanguins ou agnats formaient le premier ordre d’héritiers ab intestat, au défaut d’enfants héritiers de leur père et mère", mais que "parmi nous on ne donne la qualité de consanguins qu’aux frères et sœurs qui sont enfants d’un même père".

Féraud a peut-être étudié le droit : en tout cas, il sait que consanguin s’applique aussi à des enfants de sexe féminin. Il tient donc la restriction de genre pour une erreur : "l’Académie ne le met que masculin, frère consanguin : on dit pourtant aussi sœur consanguine, sœur utérine" (Dictionnaire critique de la langue française, 1788). Dans la sixième édition (1832-35) de leur Dictionnaire, les académiciens corrigent leur erreur : "il n’est guère usité que dans ces locutions, frère consanguin, sœur consanguine" et ils relèvent, pour la première fois, que consanguin s’emploie aussi comme nom : "il s’emploie quelquefois substantivement, au pluriel, surtout en jurisprudence : les utérins et les consanguins". Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, l’emploi de consanguin n’évolue pas : "terme de droit, qui a parenté du côté paternel seulement" et, "substantivement, les consanguins et les utérins" (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77).

C’est dans le courant du XXe siècle que consanguin s’extrait du droit, civil et canonique, et s’étend à de nouvelles sciences, comme l’atteste l’article qui y est consacré dans le Trésor de la langue française (1971-94) : à l’ethnologie et à l’inévitable sociologie ("il se dit d’une personne ayant avec une autre une parenté unilinéaire du côté paternel" ; il a pour synonymes patrilinéaire, agnat et pour antonymes cognat, germain, utérin), à la biologie et à la génétique ("il se dit des individus obtenus de parents dont l’hérédité augmente les chances de partager les mêmes allèles"), à la zootechnie ("individu de race pure sélectionnée"). C’est aussi au XXe siècle que cet adjectif qualifie, non plus seulement des personnes, mais un lien ou une relation : auquel cas, il a pour sens "relatif à l’origine commune, quant au père ou à un proche ascendant mâle", comme dans union, relation, fraternité, mariage consanguins.

Ce sont les emplois hors du droit, dans les sciences modernes ou "de pointe", telles que la sociologie, l’ethnologie, la biologie, la génétique, qui ont fait de consanguin un mot de la dernière modernité en le nimbant d’une aura mystérieuse ou d’un halo avantageux, de sorte que n’importe quel humoriste, qui bée aux Guignols ou à Groland de Canal + ("plus" de Bêtise, évidemment), peut se l’approprier pour en désigner d’autres notoires de la modernité imbécile.

 

 

Commentaires

Voila une définition scientifique:
http://www.braquedubourbonnais.info/fr/calcul-consanguinite.htm

Écrit par : Prenom d'un chien | 23 septembre 2009

Les commentaires sont fermés.