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15 avril 2008
Rocade
En voilà un mot moderne et qui dit, à sa manière et avec éloquence, ce qu’est la modernité. Il est attesté à la fin du XVIIIe siècle dans ligne de rocade et pendant deux siècles, il est propre à l’art militaire. C’est pendant la guerre de 1914-1918 qu’il connaît un emploi fréquent chez les Poilus. Dans la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, où il est enregistré pour la première fois, il est défini ainsi : "terme de guerre ; ligne parallèle au front de combat, reliant les divers secteurs et sur laquelle les troupes peuvent se transporter d’un point à un autre". Les exemples sont ligne, route, voie de rocade.
Ce nom est dérivé du verbe roquer, terme du jeu d’échecs qui signifie "déplacer de deux pas son roi vers la droite ou vers la gauche, suivant l’horizontale, et placer ensuite la tour vers laquelle il se dirige sur la case attenante au roi, en sautant par-dessus lui" (Trésor de la langue française, 1971-94), ou du nom roque, "coup par lequel on roque" aux échecs. Les spécialistes d’étymologie estiment que la voie qui est parallèle à la ligne de front a été nommée rocade par analogie entre le mouvement de va-et-vient qui s’y fait et "le mouvement des pièces sur l’échiquier lors du roque". Pourquoi pas ?
Le fait est qu’en 1941, le nom rocade est extrait du vocabulaire de la guerre pour être utilisé dans l’aménagement des villes et devenir un terme d’urbanisme. Cela signifierait-il que l’urbanisme moderne tient de la guerre ou qu’il procède de la même stratégie que l’art militaire dans l’occupation de l’espace ? Quand on voit les villes modernes telles qu’elles sont aménagées avec leurs nombreuses rocades, on se prend à penser qu’il y a dans cet urbanisme quelque vestige d’un paysage dévasté par une guerre à outrance. Quoi qu’il en soit, les lexicographes du Trésor de la langue française ne se posent pas la question : ils constatent l’analogie entre le jeu d’échecs et les stratégies militaires, ils ne l’étendent pas à l’urbanisme. Il est vrai qu’ils pensent bien en toute occasion, c’est-à-dire qu’ils opinent au monde moderne ou s’en font les chantres. Ils se contentent donc d’une définition neutre et minimale : "en urbanisme, voie de circulation rapide contournant ou longeant une agglomération", l’illustrant de cet extrait, lequel, pourtant, désigne un enfer urbain : "c’est également avec des niveaux séparés qu’ont été aménagés au cours de ces dernières années les croisements de la grande rocade de Paris" (1951).
05:52 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, politique, langue française





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Commentaires
passionnant
là , je deviens vraiment un
" INSTRUIT"
je n 'avais jamais fait le rapprochement ( ni pensé à l 'étymo de ce mot ! )
je pensais un rapport avec ROC ROCHER
vu l 'aspect caillouteux bétonneux horrible des villes détruites du 20 ème S ( surtout 2nde partie )
de l 'URBAN HOUSING , URBAN SPRAWL , suburbia
" AGGLOMERATIONS " promises à un sombre futur
oui Roquer ROquer
échec et mat
Inconsciemment a bien été choisi ce terme guerrier
guerre contre la nature le sol etc...
Ecrit par : Amédée | 16 avril 2008
Le rapprochement avec la vision d'un paysage dévasté par la guerre est certes très joli; mais y pensait-on quand on a commencé à faire des "rocades"? Peut-être le terme militaire s'est-il tout simplement imposé à une époque où il était très utilisé (guerre) - et que si on avait inventé la rocade routière plus tard, elle aurait eu un autre nom.
A noter, du reste, que le terme n'est guère utilisé en Suisse. Il doit cependant y avoir un équivalent - je m'en vais m'enquérir de la chose.
Ecrit par : Daniel Fattore | 16 avril 2008
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