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26 avril 2008

Dépérissement

 

 

 

 

 

Ce nom, dérivé du verbe dépérir, est attesté au tout début du XVIIe siècle. Les académiciens le définissent pendant plus de trois siècles de la même manière : "état de décadence, qui vient de négligence et de faute de soin" (1694, exemples : "toutes ses fermes, toutes ses métairies sont dans un grand dépérissement") ; "état de décadence ; le dépérissement de sa santé" (1762 : "toutes ces maisons sont dans un grand dépérissement, faute de soin ; le dépérissement de ses meubles, des effets de cette succession, des preuves contre un accusé") ; "état de décadence, de dégradation, de ruine" (1798 : "on dit en jurisprudence le dépérissement des preuves pour dire l’altération ou la perte de ce qui peut servir à constater un fait") ; "état de ce qui dépérit ou est dépéri" (1832-35 et 1932-35 : "le dépérissement du corps, de sa santé, de ces maisons, de ses meubles, etc.").

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) reprend les définitions qu’il a lues dans le Dictionnaire de l’Académie française : "état de ce qui dépérit ou de ce qui est dépéri", citant un extrait du mémoire de Vauban sur la dîme : "il apprendrait par ce moyen les accroissements et les dépérissements de ses peuples et ce qui les cause", et il ajoute ce sens : "délabrement, détérioration", rappelant ainsi que ce nom désigne d’abord un procès (une action) avant de désigner l’état qui suit l’accomplissement du procès. Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) distinguent dans la définition de dépérissement l’action ("le fait de dépérir") du résultat ("l’état qui en résulte"). Quand le nom s’applique aux êtres vivants, il a pour sens "état maladif qui se manifeste par un affaiblissement, un amaigrissement progressif" ; si ce sont les choses que le dépérissement atteint, institutions, château, bâtiment, etc. il est une détérioration ou une dégradation : les choses vont à leur ruine ou disparaissent.

 

C’est dans ce sens qu’est employée par les marxistes, léninistes et autres maoïstes la célèbre expression le dépérissement de l’État - qui est le but à atteindre dans un pays sur lequel les communistes, bolcheviques et autres révolutionnaires ont fait main basse. Camus, en 1951 (in L’homme révolté), croyait à cette blague si fort qu’il consacre plusieurs pages pour y donner du crédit : "même si l’on admet que l’état prolétarien ne puisse avant longtemps disparaître, il faut encore, selon la doctrine, pour qu’il puisse se dire prolétarien, qu’il tende à disparaître". Ou encore : "Marx et Engels sont largement utilisés par Lénine pour prouver d’autorité que l’État prolétarien n’est pas un État organisé comme les autres, mais un État qui, par définition, ne cesse de dépérir". Dans la neuvième édition (en cours de publication) de leur Dictionnaire, les académiciens condescendent (il ont dû en avaler des couleuvres pour cela) à citer cet emploi qui date des temps anciens où les slogans martelés par des idéologues hallucinés dans des salles enfumées étaient la réalité vraie, la vérité scientifique, le futur assuré, etc. : "spécialement, le dépérissement de l’État, sa disparition progressive, selon la doctrine marxiste" (les académiciens auraient mieux fait d’écrire : "selon les marxistes" ou "suivant la doctrine marxiste").

Pourtant, c’est dans le Trésor de la langue française que la thèse du dépérissement de l’Etat est exposée, mais involontairement, dans sa vérité nue ou dans sa réalité crue, à condition d’entendre classes sociales dans "disparition des classes sociales", non pas dans le sens de "catégories", mais de personnes constituant ces classes : "dans la doctrine marxiste, le phénomène" du dépérissement de l’Etat est "dû à la disparition des classes sociales". On a fait disparaître par des moyens simples (balle dans la tête, gaz de combat, famine organisée, travail de bête de somme dans les glaces arctiques, déportation de peuples entiers) des classes sociales entières, des millions de paysans, ouvriers, prêtres, nobles, fonctionnaires, etc. L’extermination de ces classes sociales n’a pas entraîné la dépérissement de l’Etat, bien au contraire, mais son renforcement. La société a été confondue avec l’Etat et ce qui n’était pas l’Etat a été éliminé. En bref, le dépérissement de l’Etat est la fable la plus grossière qui ait jamais germé dans une cervelle humaine et qui, pour être dévoilée comme fable, doit être retournée : l’expression a exactement le sens contraire à celui qu’expriment les mots dont elle est composée.

 

 

Commentaires

Dans toutes les démocraties populaires, on a plutôt assisté à un renforcement de l'Etat qu'à un dépérissement ! Cette disparition de l'Etat est une bonne blague, puisqu'à part quelques sociétés primitives, le pouvoir s'est toujours organisé dans une superstructure pérenne !

Écrit par : Tietie007 | 26 avril 2008

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