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29 avril 2008

Succursale

 

 

 

Cet adjectif et nom est un dérivé savant du latin en usage au Moyen Age : succursus au sens "d’aide, de support, de secours" et aussi, dans un cadre religieux, "de suppléance du service (pendant la vacance de la charge du curé)". Il est attesté comme nom en 1675 et en 1690, dans le Dictionnaire universel de Furetière, comme adjectif qualifiant le nom église.

Les académiciens l’enregistrent dans la première édition de leur Dictionnaire (1694) dans ce sens très restreint : "adjectif féminin, il ne se dit que d’une église qui est le secours d’une paroisse" ("église succursale"). La définition est reproduite quasiment telle quelle dans les éditions suivantes (1762, 1798, 1832-35, 1932-35), dans le Dictionnaire critique de la langue française (Féraud, 1788 : "une église succursale : qui sert d’aide à une paroisse") et dans le Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77 : "église succursale, église qui supplée à l’insuffisance de l’église paroissiale") ; c’est à partir de 1762 que l’emploi de succursale comme substantif est relevé dans le Dictionnaire de l’Académie française ("ce n’est pas une paroisse, ce n’est qu’une église succursale, ou absolument, une succursale ; alors il est substantif"), puis dans les éditions suivantes (1798 ; 1832-35 : "il s’emploie aussi substantivement ; une succursale ; le desservant de la succursale" ; 1932-35) et dans les dictionnaires de Féraud et de Littré.

Il semble que ce sens religieux et cet emploi ecclésiastique soient tombés aujourd’hui en désuétude et ne disent plus rien à personne, sinon aux spécialistes d’un objet qui appartient déjà à l’histoire : l’église. Dans le Trésor de la langue française (1971-94), la définition de ce sens est précédée de la mention vieilli : "église succursale, église adjointe à une église paroissiale devenue insuffisante pour accueillir les fidèles de la paroisse". Cette définition fait comprendre pourquoi succursale, entendu dans ce sens, est vieilli ou désuet : les églises paroissiales étant vides, les succursales n’ont plus de raison d’être.

 

Au début du XIXe siècle, apparaît un nouveau sens, commercial et social, que relèvent les académiciens dans la sixième édition (1832-35) de leur Dictionnaire : "il se dit quelquefois, par extension, d’un établissement subordonné à un autre, et créé dans le même but". Les exemples cités désignent des réalités sociales ou commerciales ou financières : "cet hôpital a une succursale, on a établi une succursale de la caisse d’épargne dans tel quartier, les succursales de la maison d’éducation de Saint-Denis, établie pour les filles des membres de la Légion d’honneur", ce qui confirme, s’il en était besoin, la force et l’ampleur du basculement de civilisation - d’une société ordonnée autour de la religion catholique à un ordre sans transcendance dont le seul horizon est le lien social ou humanitaire, le commerce, les finances - que révèle l’évolution sémantique de centaines de mots formant la NLF.

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est plus sobre ou moins prolixe que les académiciens sur ce nouveau sens : il se contente de "par extension, établissement dépendant d’un autre et créé pour le même objet", sans préciser la nature de cet établissement (hôpital, maison de commerce, banque, institution scolaire, etc.), le seul exemple cité étant relatif à la banque (1867 : "la Banque est obligée par la loi d’établir des succursales dans tous les départements"). En revanche, dans le Trésor de la langue française (1971-94), ces emplois sont exposés de manière détaillée : "établissement annexe rattaché à un établissement principal" (synonyme antenne) ; "commerce, établissement dépendant d’un autre, créé pour le même objet, mais jouissant d’une certaine autonomie" (synonymes agence, antenne, comptoir, filiale). Les exemples sont "ouvrir une succursale, avoir une succursale en Amérique, magasin, société à succursales (multiples), magasins d’alimentation à succursales de quartiers, succursale de banque, des succursales (à Londres) de banques des dominions ou des colonies". La même évolution affecte le dérivé succursaliste, adjectif ou nom, qui a d’abord désigné le prêtre qui dessert une église succursale, puis a basculé dans le monde du commerce et de l’économie, pour signifier "relatif au système d’organisation du commerce de détail s’appuyant sur des magasins à succursales multiples" ou pour désigner le gérant d’un magasin dans une société à succursales multiples.

Dans l’histoire récente de ces deux mots modernes, se lisent donc comme à livre ouvert les lignes de force qui, dans la tectonique des civilisations, transforment la France en une vaste zone, prétendument sociale, mais entièrement vouée au commerce et à la finance.

 

 

Commentaires

Combien de milliard d'euro appartenant aux Français ont ils été détourné vers leur succursale dans leurs paradis fiscaux ? Jamais il n'y aura un contrôle ...

Écrit par : installateur antenne vaucluse | 06 juin 2011

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