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04 mai 2008

Régulation

 

Dérivé du verbe réguler, le nom régulation est attesté à la fin du XVe siècle. "L’attestation est isolée", précisent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94, rubrique "étymologie et histoire" de l’article régulation). Ils auraient pu ajouter que régulation est employé alors dans le même sens que le mot anglais regulation, à savoir "pouvoir, domination" ("rule, order, authoritative direction", in Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English, 1974) ; et cela dans un contexte se rapportant aux possessions féodales en France de la couronne anglaise : "durable regulation anglaise en France".

En fait, le mot entre dans la langue française en 1832. Il a un sens qui ne semble pas clair ("action de ce qui règle") et que Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) définit comme un "terme didactique", se contentant d’en déployer la morphologie : "action régulatrice" et l’illustrant d’un extrait d’un ouvrage technique sur les machines et les outils ("la description du moulin à vent de M. Hamel, à orientation et régulation automatiques") et de deux extraits de comptes rendus de l’Académie des Sciences : "il y a dans l’incandescence du soleil des éléments de régulation dont le jeu sera d’autant plus efficace que la communication sera plus libre entre l’intérieur de la masse entière et la superficie" et "avec la régulation de la durée de l’introduction de la vapeur dans les cylindres, on obtient des pressions…"

Ce qui fait de régulation un terme de la NLF, ce sont ses emplois techniques ou scientifiques de plus en plus nombreux au XXe siècle et qui sont tous relevés dans le Trésor de la langue française. Le "fait de rendre régulier, normal le fonctionnement de quelque chose, en parlant d’un mécanisme ou d’un dispositif" est illustré en technologie par la régulation de la température, d’un capteur solaire, de la vitesse de rotation d’une éolienne, du débit, automatique par thermostat, nucléonique du poids, des compas ; dans les chemins de fer par la régulation du trafic ; en économie, par des organismes internationaux, supranationaux pour la régulation du commerce, de l’investissement et de la monnaie ; et aussi, "en parlant d’une fonction naturelle", le "mécanisme de contrôle" est illustré par les régulations hormonale, thermique, automatique de la composition du sang et des humeurs, astérienne, chromosomique, biologique, embryonnaire, glycémique, ontogénique.

Mais ce qui fait la vraie modernité de ce terme en particulier et de la NLF en général, c’est que, de la science, et surtout de la très sainte biologie, naturellement, pourrait-on dire avec ironie, puisque la nature n’a rien à faire dans ces processus tout idéologiques, il a contaminé le social, faisant ces hybrides monstrueux que sont la sociobiologie ou la bio-sociologie ou le social bio. Le premier à l’employer ainsi, mais en prenant ses distances ou sans y adhérer, est Péguy, qui s ‘élève contre ce qu’il nomme régulation ou action de "soumettre quelque chose à des normes" (1910). En 1961, les cardinaux et archevêques, pour ne pas employer le néologisme sémantique anglais contrôle des naissances, disent régulation des naissances. Les spécialistes de sciences sociales ou consciencieux du social l’emploient à leur tour au sens "d’ensemble des moyens destinés à obtenir un nombre de naissances optimum tant au plan national qu’au plan familial" ; et les incontournables psychopédagogues ("dans le groupe de formation, disent-ils dans leur patois, la régulation est une procédure qui rend compte des processus d’échange et de communication des informations et des négociations dans le groupe", 1979), incapables de le contourner, en font un de ces termes par lesquels ils tentent d’affermer les esprits, c’est-à-dire de les soumettre à leur propre domination.

 

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