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17 mai 2008

Gare

 

 

 

Dans la première édition (1694) du Dictionnaire de l’Académie française, l’entrée gare est suivie de la seule définition suivante : "espèce d’interjection pour avertir que l’on se mette à l’écart, pour laisser passer ou pour éviter quelque danger" ("gare de là, devant, donc, l’eau, le fouet. le bâton ; on dit proverbialement il frappe sans dire gare, c’est-à-dire il surprend et n’avertit point"). Autrement dit, la seule attestation qui existe alors, et cela jusqu’en 1762, est la forme du verbe garer à l’impératif et, écrivent les académiciens en 1762, dont "on se sert pour avertir que l’on se range, que l’on se détourne pour laisser passer quelqu’un ou quelque chose".

Pourtant, avant les académiciens, en 1690, Furetière, dans son Dictionnaire universel, a enregistré le nom gare, dérivé du verbe garer et l’a défini ainsi : "lieu disposé sur les rivières pour servir d'abri aux bateaux ou leur permettre de laisser passer les convois". Les académiciens n’ont suivi cette leçon qu’à partir de la quatrième édition (1762) de leur Dictionnaire : "lieu destiné sur les rivières pour y retirer les bateaux, de manière qu’ils soient en sûreté et n’embarrassent point la navigation" ("les gares de Charenton") ; "lieu destiné sur les rivières pour y retirer les bateaux, de manière qu’ils soient en sûreté, qu’ils soient à l’abri des glaces et des inondations, et n’embarrassent point la navigation" (1798, 1832-35). Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) signale ce sens : "substantif, lieu préparé sur les rivières pour mettre les bateaux en sûreté".

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est le premier à distinguer l’interjection du nom et de les définir dans deux entrées distinctes, et il est aussi le premier à définir le sens ferroviaire du nom gare, attesté en 1831 ("emplacement disposé sur une voie de chemin de fer pour abriter un convoi pendant qu’un autre convoi passe") et en 1835 ("station d’embarquement et de débarquement des voyageurs et des marchandises, sur les chemins de fer") : "lieu disposé sur les rivières pour servir d’abri aux bateaux contre les glaces, les inondations, etc." et "par extension, lieu de dépôt de marchandises sur les lignes de chemins de fer ; nom de parties d’un chemin de fer qui, situées en dehors de la voie ordinaire, servent à éviter la rencontre des convois" : "gare d’arrivée et de départ, celles des deux extrémités du chemin, gare d’évitement, celle qui reçoit et abrite un convoi pendant qu’un autre convoi passe" et "station d’embarquement et de débarquement des voyageurs et des marchandises sur les chemins de fer".

Les académiciens continuent dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire à inclure dans le même article l’interjection et le nom. Pour ce qui est du nom, ils ne relèvent plus le premier sens "fluvial", mais uniquement le sens ferroviaire, qui, à force de s’étendre, a fini par éliminer le sens dont il dépendait : "bâtiment ou ensemble de bâtiments établis aux stations des lignes de chemin de fer" : "gare de marchandises, des voyageurs, de l’Est, du Nord, les quais de la gare" (quais étant le seul vestige de l’origine fluviale de ce nom), "gare militaire, celle qui est réservée pour l’embarquement et le débarquement des troupes en cas de guerre".

Les dictionnaires actuels confirment cette évolution. Les emplois de gare se multiplient, dans la plupart des modes de transports, non seulement la navigation fluviale, mais aussi les chemins de fer, les transports maritimes (gare maritime) et routiers (gare routière) et aussi l’aviation (gare aérienne, dont le synonyme usuel est aérogare). Ce terme est au cœur de la modernité, comme le montre cet exemple éloquent, daté de 1957, de Le Corbusier, l’architecte de la modernité : "le centre des affaires doit se trouver au confluent des voies de circulation qui desservent (...) certains hôtels et les diverses gares (gares ferroviaire, routière, maritime, aérienne)". On ne saurait mieux se faire le chantre de l'horreur moderne

 

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