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18 mai 2008

Illustration

 

 

 

Dans le latin chrétien, illustratio avait le sens de "glorification, gloire, apparition lumineuse, illumination, inspiration". A la fin du XIVe siècle, illustration, qui en est emprunté, est attesté dans ce sens chrétien : "lumière resplendissante", "Révélation" et en 1636 au sens "d’illumination que Dieu répand dans l’esprit". De tous les auteurs de dictionnaire, Littré, qui était positiviste et anticlérical, est le seul qui relève ce sens dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77) : "terme de théologie, illustration divine, espèce de lumière que Dieu répand dans l’esprit", illustré d’extraits de Bossuet ("il est de la foi que, dans tous les actes de piété, il y a beaucoup de choses que nous recevons en pure souffrance.... telles sont les illustrations de l’entendement, et les pieuses affections de la volonté"), du Père Bouhours ("ces illustrations divines ne l’empêchaient pas de consulter les religieux de saint Dominique"), de Fénelon ("ce n’est pas que Dieu ne nous prévienne selon nos besoins, tantôt par des illustrations, tantôt par certains goûts et par certains plaisirs").

Dans les éditions du Dictionnaire de l’Académie française publiées aux XVIIe et XVIIIe siècles, la définition est limitée en 1694 au seul sens "d’éclaircissement" ("mot emprunté du latin et qui n’a guère d’usage que dans quelques titres de livres ; Illustrations des Gaules par Jean le Maire"), attesté en 1611 ("action d’expliquer par des commentaires, des exemples") et emprunté du latin par le biais de l’anglais ; et en 1762 et en 1798, au seul sens "d’action de rendre illustre", "ce qui fait la gloire de quelqu’un ou de quelque chose" ("ce mot n’est guère d’usage qu’en parlant des marques d’honneur dont une famille est illustrée ; c’est une famille noble et ancienne, mais sans illustration, où il n’y a eu aucune illustration"). Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) concilie ces deux définitions en les faisant se succéder dans le temps : "illustration ne se dit que des marques d’honneur, dont une famille est illustrée" et "autrefois on disait illustration, illustrer pour éclaircissement, éclaircir, commentaire, commenter : les paroles de M. Racan étant considérables pour l’illustration de plusieurs endroits des poésies de Malherbe".

 

C’est au XIXe siècle que, dans les dictionnaires, les articles consacrés à illustration prennent de l’ampleur. Dans la sixième édition de leur Dictionnaire (1832-35), les académiciens y donnent trois sens : "action d’illustrer ou état de ce qui est illustre" ; "marques d’honneur dont une famille est illustrée" ; "explications, éclaircissements, commentaires ajoutés à un ouvrage" ("il ne s’emploie guère, dans ce sens, que parmi les savants"). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) y ajoute le néologisme "personnage illustre" ("les illustrations de l’époque" : on dirait aujourd’hui célébrités, notables ou notoires), le sens qu’a illustration comme "terme de paléographie" ("ornement colorié des anciens manuscrits ; ce manuscrit est remarquable par les illustrations") et le sens emprunté de l’anglais : "aujourd’hui il se dit de figures gravées sur bois et intercalées dans le texte d’un livre ; il se dit aussi d’un grand nombre de gravures insérées dans un livre ; les illustrations du poème de Dante et le titre d’une publication périodique, L’Illustration"). Ces sens sont à peu près tous avalisés dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), sauf celui de "démonstration d’une donnée, confirmation, vérification d’une théorie, d’une conception abstraite", attesté en 1870 chez le psychologue Ribot et que les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) glosent ainsi : "action de mettre en relation de manière non causale quelque chose (un thème, une opinion, un fait) avec quelque chose qu’on présente à la fois comme de nature différente et comme liée de manière pertinente (en tant que mise en valeur, exemplification) à ce thème, cette opinion, ce fait" ou ainsi : "action de mettre en relation quelque chose avec quelque chose d’ordre sensitif qui en est présenté comme une réalisation sous une autre forme" ou encore : "action d’adjoindre une représentation graphique à quelque chose, généralement un texte, ou de représenter quelque chose sous une forme graphique afin de la compléter, de la rendre plus claire ou plus attrayante" et "art de réaliser des représentations graphiques destinées à illustrer (quelque chose)" ou enfin : "objet concret ou mental mis en relation (sans idée de cause) avec quelque chose (thème, opinion, fait) et présenté à la fois comme différent et lié de manière pertinente à ce thème, cette opinion, ce fait" ("cette attitude n’est que l’illustration de ses principes", "nous ne demandons pas à la poésie d’être l’illustration d’une vérité de laboratoire" (Benda, 1945) et "représentation graphique (dessin, figure, image, photographie) généralement exécutée pour être intercalée dans un texte imprimé afin de le rendre plus compréhensible, de compléter l’information qu'il apporte, de le rendre plus attrayant".

Du sens théologique à la vulgarisation scientifique, voilà un basculement qui en dit long sur notre époque ; de même, la disparition du sens ancien, qualifié de classique ("marque d’honneur, renommée dont on reçoit de l’éclat") dans la neuvième édition, en cours de publication, du Dictionnaire de l’Académie française et de vieilli dans le Trésor de la langue française, atteste aussi clairement le bouleversement de l’ancien ordre de valeurs : l’honneur, la réputation à défendre, le souci du nom, la fidélité aux ancêtres, l’inscription dans une lignée, s’effacent au profit de la seule insertion ou intégration dans la réalité nommée société.

 

 

Commentaires

salut,
intéressant article. Le basculement du théologique au scientifique fait penser au remplacement des religieux par les scientifiques au moment de la révolution. Un pouvoir en remplace un autre ; à choisir je préfère encore celui de la raison et du doute (les sciences) que celui des éclésiastes...
à bientôt

Écrit par : LOmiG | 21 mai 2008

Moi aussi, mais à condition que ce soit vraiment de la science, c'est-à-dire du doute (je ne sais pas ou je n'affirme que ce que les expériences répétées ont établi), et non pes du théologique dégradé ou dissimulé. A tout prendre, il vaut mieux de la théologie qui se donne comme telle que de la théologie qui se cache sous le vaste manteau de la pseudo-science (ce que sont les "sciences" sociales et inhumaines).

Écrit par : Arouet le Jeune | 22 mai 2008

Complètement d'accord avec ce point de vue !
La fausse science est effectivement au moins aussi dangereuse que la théologie.

merci pour ce rappel très important en effet...!

à bientôt

Écrit par : lomig | 22 mai 2008

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