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31 mai 2008

Festival

 

 

 

Emprunté de l’adjectif anglais festival ("de fête", attesté au XIVe siècle) qui est aussi employé comme un nom pour désigner une "période de fête", un "jour de fête", en particulier une "fête musicale", mot anglais lui-même emprunté de l’adjectif d’ancien français festival (attesté au début du XIIe siècle au sens de "joyeux", "solennel", "de fête" : "des festivals sacrifices", et dérivé du latin festivus, "où il y a fête", "divertissant"), le nom festival est moderne, non seulement parce qu’il est récent, mais aussi parce qu’il renferme tous les errements qui caractérisent l’époque moderne - comme le symptôme d'une maladie. Il est employé en 1830 par Berlioz, sans doute par imitation de l’allemand et il est enregistré d’abord par Littré dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77) : "nom de grandes fêtes musicales allemandes et de celles qui ont lieu dans quelques provinces de France et en Angleterre, à l’imitation de l’Allemagne" (exemple : "on annonce plusieurs festivals pour cet hiver"), puis dans la septième édition (1878) du Dictionnaire de l’Académie française : "sorte de fête musicale" (exemples : "festival Berlioz, séance consacrée à l’exécution d’œuvres de Berlioz").

Jusqu’au milieu du XXe siècle, le domaine d’emploi de ce nom est limité à la musique que l’on nomme aujourd’hui classique pour la distinguer des bruits et cris des variétés. Cela explique peut-être que les académiciens éprouvent quelques difficultés à définir clairement le sens de ce mot : "sorte de fête musicale", la fête en question, dans l’exemple cité, "festival Berlioz", étant un concert. La modernité a bouleversé tout cela. Le travail étant ringard, la fête s’y est substituée et le festivisme est devenu le nouveau catéchisme moderne. Il est vrai que la langue anglaise, en dépit du puritanisme supposé du peuple qui la parle, a montré la voie. Dans le Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English (édition de 1974), festival est relevé avec trois sens, deux comme nom, un comme adjectif : "(day or season for) rejoicing ; public celebrations" ; "series of performances (of music, ballet, drama, etc) given periodically (usu once a year)" ; "(attrib) festive ; of a feast or feast-day".

 

Le Trésor de la langue française, publié entre 1971 et 1994, date d’une époque, du moins le volume 8 (qui contient l’article festival) publié en 1980, où la folie festivalière n’était pas encore l’horizon indépassable de la France. Aussi les sens définis ne réfèrent-ils pas au festivisme triomphant d’aujourd’hui : "vieilli, fête" ; "usuel, série périodique de manifestations musicales, de caractère exceptionnel, tant par la qualité des artistes que par le cadre dans lequel elles se déroulent et l’intérêt des œuvres exécutées" (Festival de Strasbourg, de Bayreuth ; association européenne des festivals de musique) ; "par extension, série de représentations au cours desquelles sont présentés des spectacles ou des œuvres d’art" ("festival de danse, festival de Cannes"). Dans la langue des années 1970, le festival a un caractère exceptionnel ; il n’est pas journalier ; il n’est pas obligé. En revanche, dans la neuvième édition (en cours de publication depuis 1994) du Dictionnaire de l’Académie française, il semble que les festivals aient perdu leur caractère exceptionnel et soient devenus une messe de toutes les heures du jour et de la nuit : "ensemble de manifestations musicales périodiques, se déroulant pendant plusieurs journées, et qui sont liées à un lieu, un genre, une époque, un compositeur" ("de nombreux festivals ont lieu en été") ; "par extension, ensemble de manifestations artistiques" ("festival de Cannes, de Venise, d’Avignon"). Le mot connaît un si vif succès qu’il s’étend même à des réalités qui ne sont pas artistiques : "figuré et familier, un festival de mots d’esprit". A cet exemple, les académiciens auraient pu ajouter "festival de bourdes", "festival de buts" ou, comme au football, "festival de cagades".

Heureusement, tous les usagers de la langue ne sont pas dupes de la manie festivalière, comme l’attestent les dérivés, adjectifs ou noms, de festival, dont l’un au moins est ironique : c’est festivaleries, employé au pluriel, pour désigner les faits obligés et convenus relatifs à un festival et qui sont les manifestations visibles et insupportables de l’ère festive dans laquelle nous avons sombré.

 

 

Commentaires

un festival

des festivaux ?

ou des Veaux festifs ??

depuis l 'enfance j'ai toujours eu du mal
avec ce pluriel en AL !!

toujours obligé de penser dans ma
Caboche "" des festivals " !!
dur dur !


INCULTURATION

objectif des 1ers missionnaires chrétiens en Chine

Écrit par : amédée | 03 juin 2008

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