Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21 juin 2008

Trépidation

 

 

Emprunté du latin trepidatio (« tremblement, agitation, trouble »), ce nom est attesté une première fois à la fin du XIIIe siècle au sens de « tremblement », puis au XVIe siècle comme terme d'astronomie (une science mâtinée d’astrologie, mêlant observation et prédiction de l’avenir), dans Pantagruel : « la lune varia de son cours plus de cinq toises, et fut manifestement vu le mouvement de trépidation au firmament ». 

Furetière, dans son Dictionnaire universel (1690), tient trépidation pour un terme de médecine et un terme d’astronomie. En médecine, c’est un « tremblement de membres, de nerfs ; le premier symptôme de la rage dans les chiens est une trépidation des membres ». Comme terme d’astronomie, trépidation est, selon Furetière, devenu désuet, non pas parce qu’il est hors d’usage, mais parce que la théorie à laquelle il réfère est démentie par les observations et que les phénomènes visuels dont il était censé rendre compte sont expliqués par des réalités attestées, dont l’inclinaison de la terre. Voici sa définition, au demeurant fort claire : « c’est un mouvement qu’on attribue à des cieux nommés cristallins, qu’on s’est imaginé dans l’hypothèse de Ptolémée être au-dessus de la région des planètes, pour expliquer de certains mouvements presque insensibles qu’on a observés à l’axe du monde, que les modernes expliquent plus aisément en parlant de l’inclination de l’axe de la terre ».   

Dans les première et quatrième éditions du Dictionnaire de l’Académie française (1694 et 1762), seul le sens de l’ancienne astronomie est exposé : « Sorte de tremblement, de balancement ». Les académiciens ajoutent qu’il « n’a d’usage que dans cette phrase : mouvement de trépidation, qui est un mouvement par lequel les anciens ont cru que le firmament était balancé du septentrion au midi, et du midi au septentrion ». Les termes employés, « les anciens » et « ont cru », laissent entendre que ces observations, faites à l’œil nu, n’ont plus de validité et relèvent de la croyance. Mais les académiciens ne corrigent pas l’erreur des anciens astronomes.  Dans la première édition, ils ajoutent pourtant une allusion à des observations récentes : « quelques nouveaux astronomes ont remarqué un mouvement de trépidation dans la lune ». Le sens astronomique est encore exposé dans les cinquième et sixième éditions (1798, 1832-35), mais l’imparfait « attribuaient » pose que les théories sur lesquelles est assis l’emploi de ce nom sont caduques : « il est aussi terme d’astronomie et signifie le balancement que d’anciens astronomes attribuaient au firmament, du septentrion au midi, et du midi au septentrion ». Dans ces deux éditions, le sens principal est le sens médical (« trépidation est employé en médecine pour exprimer le tremblement des membres, des nerfs, des fibres, etc. »), qui était le seul sens relevé, un demi siècle plus tôt, dans L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (1751-65) : « Trépidation, en médecine, est un tremblement des nerfs et des membres du corps ; le premier symptôme de la rage dans les chiens est une trépidation des membres ». Est-ce à dire que les encyclopédistes, qui ont donc exclu de la définition de trépidation le seul sens connu des académiciens, tenaient la trépidation astronomique pour une farce ? C’est fort probable.

Dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77) de Littré, trépidation est un terme de sciences : de géologie, « trépidation du sol, légère secousse communiquée au sol et qui est un diminutif du tremblement de terre », comme dans cet exemple : « à Acapulco on connaît deux sortes de tremblements de terre : celui d’ondulation, qui fait osciller les maisons, et celui de trépidation, qui tend à les soulever verticalement » (dans ce sens, il est aujourd’hui remplacé par secousses sismiques) ; de médecine (c’est même, écrit Littré, un « ancien terme de médecine », le lexique savant étant provisoire, comme les théories) : « tremblement des membres, des nerfs, etc. » et, dans un sens figuré, il désigne un tremblement intérieur ; enfin, de l’astronomie ancienne : « trépidation des fixes, nom donné par Thébith à un balancement prétendu du firmament, du septentrion au midi et du midi au septentrion ». Qu'est-ce que les fixes ? 

Littré relève un sens qui n’est pas à proprement parler scientifique, mais qui est lié à un phénomène technique et social, à savoir  la mécanisation des moyens de transport : « la trépidation des navires à vapeur, espèce de mouvement légèrement saccadé, mais qui ne fait parcourir aucun espace sensible ». C’est ce seul sens que relèvent les académiciens, dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire. Ils renoncent aux emplois de trépidation dans les sciences anciennes et ils se contentent de mentionner ce terme comme didactique, signifiant « tremblement » dans deux domaines : les tremblements de terre ou les secousses sismiques (les trépidations du sol) et dans les constats en mécanique légère : la trépidation des vitres d’une automobile, d’un wagon.

            Dans la langue moderne, trépidation, comme de très nombreux termes scientifiques, s’étend peu à peu au social, bien que, selon les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), il soit d’usage courant en pathologie (« tremblement pathologique à secousses marquées et rapides » ; synonyme : trémulation) et en géologie, où il désigne une légère secousse sismique. Une partie du succès de trépidation tient à ce qu’il est sorti des sciences pures pour désigner des faits rendus communs par la mécanisation des moyens de transport, comme le note Littré, où il a le sens de « mouvement vibratoire, ébranlement, série d’oscillations ou de secousses », et comme l’attestent les exemples cités dans le Trésor de la langue française : « trépidation des vitres, d’une machine, d’un navire, d’un wagon de chemin de fer, de l’hélice, du moteur ».

Mais ce qui fait son succès, ce sont les sciences sociales et humaines : autrement dit, l’idéologie socialo-humanitaire qui est, aux XIXe et XXe siècles, la théologie de la nouvelle religion sociale et immanente. De fait, il triomphe dans le psycho-social. C’est un « état d’agitation extérieure ou intérieure », comme dans cet exemple de 1862 : « il éprouvait une sourde trépidation qui n’était point de la peur, mais qui produisait des effets analogues » et surtout, c'est ce « climat d’intense agitation ou d'une activité rapide et incessante »,  qui serait propre à la vie moderne, comme le dit cet emploi éloquent : la « trépidation de la vie parisienne ».

 

 

 

 

Commentaires

ne pas oublier BB " notre brigitte Bardot nationale "

( notre Bardot , notre MULE ?? )

quand je sens les trépidations de ma machine
dans le creux de mes reins
en Harley Davidson
tout le mythe des "" sixties / Seventies "
la machine qui va vite , bouffe du pétrole

la cuisse à l 'air ; les Sea / Sex / Sun

les gros voiliers yachts pour les Bling- Bling

le mépris de la nature , de la terre
du pétrole à bouffer à toute vitesse sans rien laisser aux autres

du pétrole pour 100 milliards d'années

Gains barre / Gainzburg

Écrit par : amédée | 21 juin 2008

MOTS DE JUIN 2008


http://decadence-europa.over-blog.com/article-20633340.html

Écrit par : amédée | 21 juin 2008

Excellent exemple
Merci

Écrit par : Arouet Le Jeune | 21 juin 2008

Les commentaires sont fermés.