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29 juin 2008

Comportement

 

 

 

Dérivé du verbe comporter et attesté dans la seconde moitié du XVe siècle (XVIe siècle : « s’il y a un comportement qui se puisse appeler fureur, c’est celui de quelques gens de guerre »), le nom comportement est défini, entre 1694 et 1932-35, dans les éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de la première à la huitième, par les mêmes termes : « manière d’agir, de vivre, de se comporter », définition qui est réduite dans l’édition de 1932-35 à « manière de se comporter ». D’une édition à l’autre, dans le ou les même(s) exemple(s) qui illustrent ce sens, comportement est employé au pluriel : « ses comportements ne sont guère bons », « il n’est pas trop réglé dans tous ses comportements », « je ne connais pas bien ses comportements ». Quoi qu’il en soit, d’une édition à l’autre, c’est la même remarque qui est répétée : « il vieillit » (1694, 1762, 1798), « il est vieux » (1832-35) et « il a vieilli » (1932-35). Il a même fini par si bien vieillir qu’il n’a pas disparu dans les dictionnaires, en dépit de la charge de Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) contre le laxisme des académiciens, qui ne se seraient pas décidés, en dépit des intentions qu’ils affichent, à mettre au rebut ce mot hors d’usage. « Comportement, écrit Féraud, se disait autrefois pour signifier la manière de se comporter, de se conduire en ses mœurs », citant un exemple du Dictionnaire de Trévoux : « on donne des gouverneurs et des maîtres à la jeunesse pour prendre garde à ses comportements » et une remarque de Richelet (1680) : « ce mot est vieux et hors d’usage, et plus vieux et plus inusité que déportements ». La conclusion de Féraud est nette : « L’Académie se contente de dire qu’il vieillit : il me semble que ce n’est pas assez dire ». Littré en revanche, dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77), se contente de la définition sommaire « manière de se comporter », illustrée d’un extrait d’une lettre de Pascal (publiée en 1661 : « pour reconnaître si c’est Dieu qui nous fait agir, il vaut bien mieux s’examiner par nos comportements au dehors que par nos motifs au-dedans), mais sans indiquer si le mot est ou non hors d’usage.

 

            En fait, comportement a été ressuscité, au début du XXe siècle, par les sciences dites « humaines » et « sociales », en particulier par les psychologues, qui ont traduit le saint mot anglais behavior (« sacré » par la « science ») par comportement, mettant ainsi ce mot usé en usage dans la morale sociale la plus bornée qui soit (changer les comportements, dixit la doxa journaleuse) qui se nourrit du sinistre behaviourisme, celui des réflexes pavloviens.

            Dans le dictionnaire de Littré, le sens de comportement est glosé par quatre mots (« manière de se comporter ») ; un siècle plus tard, il faut un long article aux auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) pour en recenser les emplois. Deux sens sont distingués. En psychologie, c’est « l’ensemble des réactions observables chez un individu placé dans son milieu de vie et dans des circonstances données ». Il existe une « étude », une « science », une « psychologie » du comportement, avec des modèles et des schèmes. Jankélévitch le définit assez justement ainsi : « le comportement, toutefois n’est qu’un alphabet entre les autres ; pas le plus portatif, ni le plus volubile ». On eût aimé que cet alphabet se réduisît, comme dans le « langage » informatique, à deux signaux : 0 et 1. Bien entendu, ce qui fascine les psys et autres socios, ce sont les « caractériels atteints de troubles du comportement avec manifestations antisociales ». Dans le Trésor de la langue française, l’inventaire des comportements est infini : « champ, espace, milieu, niveau, formule, unité du comportement ; trait, type, dissonance, anomalie, composante, modification du comportement ; comportement d’appétence, opérant, latent, manifeste, acquis, actif, adaptatif, instinctif, réflexe, normal, linguistique, verbal, émotif, infantile, névrotique, sexuel, social, criminel ». Et psychologues « d’analyser, expliquer, observer, conditionner, etc. » les comportements. Il y a là du grain à moudre et un fonds de commerce qui rapporte : « la plupart des psychologues du comportement étendent l’objet de leur étude à l’animal en tant qu’organisme doué d’un système nerveux ». Il y a de quoi faire jusqu’au siècle des siècles.

            Le succès de comportement chez les psys lui a rendu sa jeunesse dans la langue commune. Le mot cesse d’être vieux ou vieilli. Il devient emblématique (disent les imbéciles) de la modernité. La « manière d’être ou d’agir d’une personne » s’enrichit de nouveaux emplois, dont l’énumération vaut pour la description d’une société et d’une époque : « changer, démentir son comportement, cette façon d’agir n’est pas dans son comportement, savoir vos usages et comportements, raconter pas mal de choses sur son comportement, le pli que les préceptes ont fait prendre au comportementde tout mon être, le comportement des Français, de l’église primitive, des consommateurs ». Le mot a des rapports sémantiques avec « air, allure, ligne de conduite, façon de faire, genre de vie, manière d’être, d’agir, de vivre, mœurs, réaction(s), tempérament ». On adopte, on a, on prend un comportement (élégant ou tout ce que qu’on voudra d’autre) à l’égard de quelqu’un, face à quelque chose, vis-à-vis de quelqu’un ou de quelque chose, comme dans cet exemple de Druon : « on voit souvent celui qui succède à son père prendre d’un seul coup un comportement de vieil homme » (1948). Ou encore c’est « le comportement du patient en traitement, des citoyens français devant l’impôt, des catholiques français devant le denier du culte ». Il y a toujours quelque chose qui « commande, dicte, régit, règle, explique » un comportement, qui peut être qualifié à l’infini de « vilain, irrespectueux, malséant, mauvais, curieux, singulier, de bravade, de tristesse, électoral, moral, politique, scolaire, délictueux », etc. Les savants ne sont pas en reste. Eux aussi, surtout les généticiens et les biologistes, étudient le comportement de tout organisme vivant, végétal ou animal. C’est la « génétique du comportement » ou l’étude « du comportement des cancers en culture » ou encore « la comparaison d’anomalies héréditaires et d’accidents cytologiques dans la disposition et le comportement des chromosomes autres que les chromosomes sexuels (autosomes) ». Même les choses ont un comportement : les aminoacides, les peptides, l’électron (dans le champ produit par les deux noyaux d’une molécule d’hydrogène) et « sous l’effet combiné de la température et des radiations », « les matériaux destinés aux futures centrales de puissance » (1962).

 

           Dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française, comportement, jugé naguère « vieilli », se dit des êtres humains, des animaux, de tous les êtres vivants, et même de ces choses qui ne sont pas nécessairement des objets de science : « franc »  et « valeurs boursières » ont un comportement comme l’électron ou la limace ou comme le délinquant observé par une armada de psys. Ce qu’il y a de fascinant dans la modernité, c’est qu’elle n’a ni limite, ni scrupule.  

 

 

Commentaires

des mots " relançés " par notre """" Président """

les mots en G deviennent TENDANCE

- GUIGNOL ( j'aimais bien , dans mon enfance ; et mes 3 enfants ont beaucoup aimé aussi )

- GRIBOUILLE ( politique de gribouille )

- mot en C CAUSATION :
la causation des fortes démographies du XXième siècle par la destruction massive des énergies fossiles


-Négationnisme
( extension de son " domaine de lutte " hors " sacro-sainte Shoah /catastrophe )

- Mobilité ( aura caractérisé la génération en voie d 'extinction des 68 tards et leurs parents collabos )
[ l'ère du pétrole , en totallité , n'aura duré que 7
générations de super-salopeurs ]
DROIT à la mobilité !!!!!!
- droit à la pédophilié à Phuket
- droit au mariage à l 'île Maurice
- droit du prof d'Histoire -géo à visiter les pyramides

les mots du 21 ème siècle :

QUOTA pour ne pas prononcer
RATIONNEMENT ( de pétrole: gaz ; puis bouffe )

- tiens beau symbole des 68 tards & co , ce film
" la grande bouffe "

Déplétion des énergies fossiles .


DEPLETION

TENDANCE(s ) et plutôt , maintenant

TRENDS

Écrit par : amédée | 06 juillet 2008

Un mot considéré comme inutile est récupéré et, de fait, reprend un sens - voire s'en découvre un (des) nouveau(x).
Les circonstances sont certes cocasses, mais je suppose que ce genre de chose est commun dans l'évolution d'une langue (corrigez moi si je me trompe).
En quoi cela pose-t-il problème ?

Écrit par : Damien | 18 juillet 2008

Cela en aurait probablement posé un à Lao Tseu: "Chacun connaît l'utilité de l'utile, nul ne connaît l'utilité de l'inutile". Mais dans le cas du langage, on parle plutôt d'altération du sens (ou si on prend encore plus de recul: de glissement de la réalité).

Écrit par : Pierre-André Rosset | 31 juillet 2008

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