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07 juillet 2008

Pédérastie

 

 

 

Emprunté du grec, ce nom est attesté en 1580 dans un ouvrage de Jean Bodin sur les démons. Il est enregistré dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762), dans un sens d’homosexualité, ce dernier mot n’ayant été formé qu’à la fin du XIXe siècle. C’est « la passion, l’amour honteux entre des hommes ». Cette même définition morale est reproduite dans la cinquième édition (1798). Dans les éditions suivantes, celles de 1832-35, de 1878, de 1932-35, la condamnation morale est encore plus nette : l’amour entre des hommes n’est plus une « honte », c’est un « vice contre nature ». Ce n’est plus une définition, c’est l’expression de l’horreur, justifiée ou non, que cet acte inspire aux lexicographes. Littré, dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77), reprend à son compte, bien qu’il fût positiviste, la définition des académiciens : « vice contre nature », écrit-il, sans l’illustrer d’exemple, se contentant de signaler que le mot vient du grec, pédéraste. Ce qui étrange dans ce vice contre nature, c’est l’invocation de la nature, sorte de paravent à la morale toute sociale qui tient les relations homosexuelles pour une honte ou un vice.

C’est dans la seconde moitié du XXe siècle seulement que le mot est défini « correctement ». Dans le Trésor de la langue française (1971-94), c’est « l’attirance amoureuse et sexuelle d'un homme pour les jeunes garçons, enfants ou adolescents (avec ou sans rapports homosexuels correspondants) » ; par extension, le mot désigne l’homosexualité masculine. Les synonymes en sont homosexualité, inversion sexuelle (masculine), péché contre nature, vice contre nature (vieux), sodomie, sodomisation, uranisme. Les exemples cités sont de deux sortes : ou bien des condamnations, dont celle de Proudhon, un des premiers socialistes français : « l’amour pour l’amour conduit à la pédérastie, à l’onanisme et à la prostitution » (1846), ou bien relativistes ou paradoxales, comme celle de Gide (1936) : « je soutiens qu’un hétérosexuel coureur et débauché peut amener plus de trouble dans les ménages que ne ferait un pédéraste. Herbart fait judicieusement observer que les époques où la pédérastie a été le plus admise ne semblent nullement avoir été des époques de dénatalité ».

Les auteurs de ce Trésor de la langue française précisent, dans un souci encyclopédique sans doute, que « les correspondants féminins (homosexualité féminine) sont lesbianisme, saphisme, tribadisme (vieux) ». Dans la neuvième édition, en cours de publication, de leur Dictionnaire, les académiciens se contentent de définir le mot sans porter de jugement sur la chose : « attirance éprouvée par un homme pour les jeunes garçons » ; le mot « désigne aussi le commerce charnel d’un homme et d’un jeune garçon ». Ils se démarquent des auteurs du Trésor de la langue française en qualifiant d’abusive l’extension de ce mot pour désigner l’homosexualité masculine – ce en quoi ils ont raison, d’un point de vue lexicographique, puisque le nom homosexualité a été formé justement pour distinguer ce qu’il désigne de ce que désigne la pédérastie.

 

 

Commentaires

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Écrit par : cardon | 25 août 2008

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