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01 septembre 2008

Correspondance

 

 

 

 

Il n'est que de comparer l'article "correspondance" de la première édition du Dictionnaire de l'Académie française (1694), dans laquelle trois acceptions sont définies, à l'article de la neuvième édition (en cours de publication) du même Dictionnaire (treize acceptions ou emplois distingués) pour prendre consceince qu'en trois siècles, ce nom s'est étendu à d'innombrables réalités. Dans la langue latine du Moyen Age, il est attesté le nom correspondentia ayant le sens « d’accord mutuel » ou de « concordance ». C’est le sens qu’a correspondance dans sa première attestation au XIVe siècle : « rapport de ressemblance, de conformité, d’analogie » d’abord entre des choses (c’est un terme d’alchimie, lié à la théorie des sympathies et des influences : « ne sais-tu pas bien qu’au mouvement des cieux (il) est un entendement, qui a ici-bas correspondance, et qui fait avoir, par son influence, une existence à toutes choses ? »), puis en 1564 entre des personnes : « accord d’idées, de sentiments » (« il y a correspondance d’amitié quand l’amitié de l’un répond à l’amitié de l’autre »). C’est à la fin du XVIe siècle que correspondance prend le sens de « rapport de communication mutuelle » : en 1580, « relations privées entre personnes » ; en 1606, « relations commerciales » ; en 1675, « communication par écrit entre deux personnes » ; en 1690, dans le Dictionnaire universel de Furetière, « liaison entre un journal et ses correspondants ».

Dans la première édition (1694) du Dictionnaire de l’Académie française, trois sens sont exposés : « sympathie, convenance, mutuelle intelligence » (« il y a grande correspondance d’humeurs entre eux ») ; « il se dit aussi des marchands et il signifie la relation, le commerce qu’ils ont entre eux pour le fait de banque, de marchandise, etc. » (« ce marchand a correspondance dans toutes les villes de l’Europe ») ; « il se dit generalement de toutes les relations, de toutes les liaisons que l’on peut avoir les uns avec les autres » (« nous avons eu longtemps correspondance de lettres ; je ne veux point de correspondance avec cet homme-là »).

En 1762, à ces trois sens, les académiciens ajoutent dans la quatrième édition de leur Dictionnaire l’extension par métonymie aux « personnes avec lesquelles on entretient commerce de lettres » : « ma correspondance m’écrit ; mes correspondances me marquent ». Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) distingue l’emploi avec un régime (un complément : la correspondance à la grâce, aux soins, des Espagnols, signifiant « action de correspondre ») et l’emploi absolu, sans complément : « il signifie liaison, commerce de lettres » et « entre négociants, il se dit quelquefois pour correspondant (« il a écrit à toutes ses correspondances ; mes correspondances me marquent que, etc. »).

 

C’est seulement à partir de la cinquième édition (1798) du Dictionnaire de l’Académie française qu’est relevé le sens historique, celui qui est attesté le premier, au XIVe siècle, dans l’histoire de la langue : « rapport, relation entre les choses » (« il y a dans l’homme et dans plusieurs animaux beaucoup de correspondance entre les organes de la génération et ceux de la voix »), sens défini ainsi dans la sixième édition (1832-35) : « conformité, rapport » et illustré par ces exemples : « pour établir une exacte correspondance entre toutes les parties de l’édifice, on a élevé d’un étage l’aile gauche » ; « il y a beaucoup de correspondance entre ces deux organes » ; « une correspondance parfaite règne entre toutes les parties de ce vaste ensemble ». C’est encore dans cette cinquième édition qu’est relevé ce sens moderne : « correspondance se dit aussi des lettres mêmes » (et non plus des correspondants), comme dans ces exemples : « j’ai lu la correspondance de ces deux ministres, la correspondance de cet ambassadeur », lesquels, dans la sixième édition, sont encore plus nombreux : « faire imprimer, publier la correspondance de quelqu’un ; la correspondance de Voltaire, de Jean-Jacques Rousseau ». Le XIXe siècle est celui des communications : « correspondance se dit quelquefois des relations, des communications entre divers lieux » (exemples : « la correspondance entre ces deux villes a lieu par cette route ; la correspondance sera plus prompte par cette voie que par toute autre »), une voiture de correspondance était une « voiture publique qui prend, à un certain endroit de la route, les voyageurs arrivés par une autre voiture, et les transporte plus loin » et les services de correspondance « les services de poste qui transportent les lettres sur des routes où il n'y a pas de malles-postes » (sixième édition, 1832-35, du Dictionnaire de l’Académie française). A ces emplois, Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ajoute que « correspondance se dit aussi des omnibus ». C’est dans la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française que sont relevés les emplois ferroviaires de correspondance : « le mot se dit des communications entre divers lieux entre deux lignes de chemin de fer » (« on dit par extension manquer la correspondance, manquer le train de correspondance »), les correspondances des chemins de fer étant « les voitures qui correspondent avec les stations des chemins de fer pour le service des localités qui ne sont pas sur la ligne » et la correspondance des tramways « la faculté accordée au voyageur qui a payé sa place dans certains tramways de se faire transporter sans payer de nouveau par un tramway correspondant » (« il désigne aussi le billet qui constate ce droit »). C’est aussi dans cette édition qu’est relevé l’emploi scolaire : « carnet de correspondance, carnet où un professeur inscrit chaque jour les notes de devoirs et de leçons obtenues par un élève à charge pour cet élève de le faire contresigner par ses parents". La langue moderne fait un triomphe à correspondance, comme l’atteste l’article très long du Trésor de la langue française (1971-94). Le sens ancien « d’association, de rapport logique, de corrélation entre deux ou plusieurs choses » est toujours vivace, spécialement en grammaire (correspondance des temps), en logique (« rapport logique consistant en ce qu’un terme étant donné, un ou plusieurs autres termes définis sont par là même assignés, en vertu soit d’un tableau préexistant, soit d’une formule générale qui constitue leur loi de correspondance »), en mathématiques (« association du type le plus général entre chaque élément d’un ensemble et un ou plusieurs éléments d’un autre ensemble ») ; celui de « conformité, de convenance » aussi, comme dans la célèbre « théorie des correspondances » ou « doctrine suivant laquelle l’univers se compose d’un certain nombre de règnes analogues, dont les éléments respectifs se correspondent chacun à chacun, et par suite peuvent réciproquement se servir de symboles », que les auteurs du Trésor de la langue française citent en exemple. Le sens moderne « rapport de communication » fleurit en même temps que les communications : correspondance aérienne, ferroviaire, concordance d’horaire établie entre deux moyens de transport pour assurer des liaisons rapides ; par métonymie, « véhicule qui assure la correspondance », « billet permettant d’effectuer un trajet comportant un ou plusieurs changements d’autobus, de tramways, etc. », tandis que le sens ancien de "communication entre des personnes" (par échange de lettres, messages, etc. ; enseignement, cours, vote par correspondance ; cahier, carnet de correspondance, destiné aux parents d’un élève, pour qu’ils prennent connaissance de ses notes et des appréciations des professeurs » ; par métonymie : « ensemble des lettres envoyées ou reçues par quelqu’un ») est bien adapté à la communication, seul horizon de la société moderne, d’autant plus que correspondance est aussi un mot de journaliste : « chronique envoyée à un journal par un correspondant » et « rubrique d’un journal dans laquelle sont publiées les lettres de lecteurs, les annonces ou les informations envoyées par des correspondants », tous ces sens étant exposés dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication).

 

 

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