Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06 septembre 2008

Technologie

 

 

Ce nom, emprunté du grec tekhnologos, « exposé des règles d’un art », est attesté en 1656, quelques années avant l’adjectif technique (cf. la note consacrée à ce dernier terme) et employé dans le sens « ensemble des termes propres aux arts, sciences, métiers », puis en 1750 dans le sens que tekhnologos a en grec : « traité des arts en général ». Il est relevé dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35) dans ce seul sens-là. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) expose les deux sens : « traité des arts en général » et « explication des termes propres aux différents arts et métiers », sens qu’illustre cet extrait éloquent (Reybaud, 1842) : « on n’invente rien, si ce n’est des mots ; on accroît outre mesure le bagage des technologies » et qu’expose clairement Lamarck en 1809 (Philosophie zoologique) : « Afin de désigner clairement l’objet de la nomenclature, qui n’embrasse que les noms donnés aux espèces, aux genres, aux familles et aux classes, on doit distinguer la nomenclature de cette autre partie de l’art que l’on nomme technologie, celle-ci étant uniquement relative aux dénominations que l’on donne aux parties des corps naturels »..

En 1834, Ampère (Essai sur la philosophie des sciences) donne à technologie son sens moderne ou un des sens dans lesquels il est en usage dans la langue actuelle : « théorie de l’industrie pratique » et que les académiciens (Dictionnaire de L'Académie française, huitième édition, 1932-35) ne relèvent pas, se contentant de reprendre les deux définitions de Littré. C’est dans la seconde moitié du XXe siècle que ce sens est défini par les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « Science des techniques, étude systématique des procédés, des méthodes, des instruments ou des outils propres à un ou plusieurs domaine(s) technique(s), art(s) ou métier(s) ». Le retard des lexicographes s’explique par la nouveauté de cette science (« la technologie, ou étude comparative des techniques, est une discipline trop récente pour que nous puissions même en esquisser l’histoire », Histoire des sciences, 1957), laquelle se développe si vite, en particulier à l’école et à l’université, qu’elle rend vite caducs les deux sens historiques du nom qui la désigne (« traité des arts en général » et « ensemble des termes propres aux arts, aux sciences et aux métiers ») et que les rédacteurs du Trésor de la langue française mentionnent comme vieux.

Le mot s’étend à d’innombrables réalités. Ce n’est plus seulement la « théorie de l’industrie pratique », comme dit Ampère, mais l’industrie pratique elle-même : « technique, ensemble de techniques », lesquelles, selon les rédacteurs du Trésor de la langue française, s’appliquent au bois, au silicium, aux tissus, aux semi-conducteurs, aux conserves appertisées, aux composants des différents organes d’un calculateur (ou ordinateur) et de ses périphériques », à l’éducation (la technologie éducative est le « recours aux moyens techniques, aux machines dans l’enseignement, pour une plus grande efficacité des procédures éducatives ».) La technologie n’est pas une technique commune, elle est une technique moderne, en avance sur toutes les autres, une technique de pointe qui utilise les ressources et procédés modernes de développement : offshore, biomédicale, nucléaire, solaire, alimentaire, douce, au point que c’est une scie que d’employer technologies au pluriel et de le faire précéder de l’adjectif nouvelles : « les nouvelles technologies » (que l’on introduit partout et que l’on développe dans les laboratoires) sont désormais des obligées des discours des media et des hommes politiques, surtout de ceux qui sont fatigués.

 

Commentaires

Mais dans les années 60, on a séparé les penseurs des bricoleurs, en dissociant méthodologie et technologie. Comme technique devient aussi désuet que mécanique, on lui substitue parfois le terme générique de "science(s)": voir "nanosciences". Et comme on ne sait plus s'il s'agit de spéculation ou de réalisation, ça arrange tout le monde.

Écrit par : P.A.R. | 08 septembre 2008

Les commentaires sont fermés.