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07 septembre 2008

Homosexuel

 

 

Homosexuel, homosexualité

 

Il semble que cet adjectif et ce nom, attestés dans une revue savante de médecine et de psychologie en 1891, Les Annales médico-psychologiques, soient empruntés de l’allemand, langue dans laquelle les mots homosexual et Homosexualität ont été formés en 1869. Le fait est qu’ils ne sont pas relevés, et pour cause, dans le Dictionnaire de la langue française de Littré (1863-77), ni dans la septième édition (1878) du Dictionnaire de l’Académie française, ni même dans la huitième édition (1932-35), l’édition du XXe siècle de ce même dictionnaire. Sans doute ont-il été jugés trop savants ou d’un emploi limité à sa seule science médico-psychologique, donc rares, pour y être enregistrés.

Dans les grands dictionnaires actuels, Trésor de la langue française (1971-94) et neuvième édition, en cours de publication, du Dictionnaire de l’Académie française, tout change. Ces mots sortent de la science et deviennent communs, comme l’atteste la réduction de l’adjectif aux deux syllabes familières homo, par suppression de la référence au sexe (ou pour laisser accroire que ceux qui sont nommés ainsi sont les seuls hommes ?), c’est-à-dire à ce qui pourrait faire scandale. Sans doute les faits qu’ils désignent ne sont plus cachés ou bornés à la seule science. Le sens d’homosexuel, adjectif et nom, s’est même étendu en un peu plus d’un siècle. Quand il désigne des personnes, il signifie : « celui, celle qui éprouve une attirance sexuelle pour des individus de son propre sexe ». Quand il se rapporte à des choses ou à des manières d’être, comportements, habitudes, il a pour sens : « qui caractérise le comportement sexuel d’un individu attiré exclusivement ou occasionnellement par des individus de son propre sexe » (contraire : hétérosexuel). Alors que le mot est relativement rare, ses synonymes, qu’ils soient vulgaires ou populaires ou d’un niveau de langue choisi ou élégant, sont nombreux et d’un usage relativement fréquent : inverti, lesbienne, pédéraste, folle, gouine, gousse, pédé, tante.

Le Trésor de la langue française et le Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours de publication) sont, à quelques années près, contemporains. Le dernier volume du premier a été publié en 1994, l’année même où a été publié le premier fascicule du second. Or, en ce laps de temps, relativement court, les jugements sur les homosexuels et sur l’homosexualité ont évolué ; ils étaient défavorables ou méprisants, ils sont devenus neutres ou relativement neutres, du moins les jugements dont font état les lexicographes. Dans le Trésor de la langue française, il est précisé qu’homosexuel, désignant une personne, est « employé le plus souvent avec une nuance péjorative liée à des normes sociales ou morales » : autrement dit, les normes sociales et morales sont, étaient ou seraient hostiles aux homosexuels : ce qui est en soi dans l’ordre des choses, sinon ces normes ne seraient plus des normes, le fait social majeur de la fin du second millénaire est l’inversion des normes, comme si la sexualité de MM. Delanoë, Ruquier et de leurs amis de Canal était la seule qui fût conforme à la norme.

La valeur péjorative n’apparaît plus dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française, dont l’article, le plus neutre possible, ne fait référence à aucun jugement d’ordre moral ou social : « qui éprouve une attirance sexuelle pour les individus de son sexe » et « qui est relatif à la sexualité entre personnes de même sexe ; qui est caractérisé par cette sexualité ». Il en est de même d’homosexualité. Dans le Dictionnaire Quillet de la langue française (1948), dont la devise est « bien moudre et pour tous » et le sous-titre « l’art d’écrire et de bien rédiger », homosexualité est défini ainsi : « dépravation de l’homosexuel ». Trente ans plus tard, la définition du Trésor de la langue française (1971-94) est froide comme un constat : « comportement sexuel caractérisé par l’attirance, exclusive ou occasionnelle, d’un individu pour un individu du même sexe », tandis que celle de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française est aussi neutre que celle d’homosexuel : « sexualité des homosexuels ; le fait d’être homosexuel ». Il est vrai que, pendant le XXe siècle, les experts en sciences humaines, psychologie et psychanalyse, se sont évertués à ne plus tenir l’homosexualité pour une maladie, afin d’en écarter tout jugement de valeur. Ainsi, en 1950, ce psychanalyste : « parmi les termes les plus ambigus de la psychanalyse il faut ranger l’homosexualité. Elle est et n’est pas ce qu’on pense (sic !). Il n’y a pas de limite rigide : ici normal, un peu plus loin anormal. Souvent ce qu’on nomme homosexualité latente est ignoré du sujet lui-même » ; ou Mounier, dans son Traité du caractère (1946), qui en voit une cause dans l’éducation : « si l’homosexualité comporte des prédispositions congénitales, elle est loin d'être fatale, et des éducations absurdes en portent souvent la responsabilité ». Dans ces matières-là, le pompon est décerné sans contestation possible aux experts en sciences sociales, les consciencieux du social, qui trouvent dans la société (mauvaise, comme il se doit, ou féodale) le principal facteur de l’homosexualité, comme un peu partout dans le monde, les hommes, par réflexe pavlovien, tiennent Allah pour le facteur de toute chose. Ainsi, dans cet extrait du Traité (très marxiste) de sociologie, publié en 1968, l’année de tous les délires : « un certain immobilisme social, dans un régime patriarcal, en obligeant l’individu à réprimer son agressivité et à chercher les faveurs du père ou du suzerain à force de soumission, engendre des traits culturels aussi divers que la pratique de l’homosexualité, la croyance que la maladie est due au péché, ou le formalisme dans les rites magiques ». Comme dans les comptes rendus de débats à l’Assemblée nationale, il faudrait ajouter entre parenthèses : (rires). Cet extrait, que les auteurs du Trésor de la langue française citent très sérieusement, n’est reproduit ici, cela va sans dire, que pour le fun : se gausser des consciencieux du social et des lexicographes qui béent à leurs âneries.

Commentaires

Et pendant ce temps-là, les Bonobos s'en donnent à coeur joie...

Écrit par : P.A.R. | 08 septembre 2008

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