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14 septembre 2008

Complexe

 

 

 

 

 

Cet adjectif et nom, emprunté du latin complexus, participe d’un verbe qui signifie « embrasser, comprendre », illustre clairement les processus ou les forces qui, en moins de deux siècles, ont fait évoluer la langue française dans des proportions inouïes et inconnues jusque là. En 1762, dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française, la définition est expédiée en une phrase : « Il signifie qui embrasse plusieurs choses », comme dans les emplois : « terme, idée, sujet de tragédie complexes ». A peine deux siècles plus tard, l’article complexe de la neuvième édition (en cours de publication) de ce même dictionnaire comprend deux grandes entrées, l’une réservée à l’adjectif, l’autre au nom, avec deux sens distincts suivant que le mot est adjectif (« qui n’est pas simple, qui est composé d’éléments divers et entremêlés ; compliqué, difficile à comprendre ») ou nom (« combinaison, mélange ») et surtout plusieurs emplois spécialisés dans les sciences exactes ou humaines ; l’adjectif en logique, grammaire, mathématiques ; le nom en mathématiques, chimie, médecine, économie, psychanalyse. Son extension est due à un fait de langue, certes : l’adjectif s’est employé aussi comme nom, mais surtout à une lame de fond qui a bouleversé la « société », à savoir l’assomption de la science dans un ciel vide de toute transcendance. Certes, ce succès était annoncé dans la définition de 1762, puisque les académiciens y précisent que complexe est un « terme dogmatique » (c’est-à-dire un terme savant) et qu’il a pour contraire l’adjectif simple.

On connaît sans doute les thèses d’Edgar Morin. Elles se résument ainsi, cavalièrement certes, mais assez fidèlement : le réel est d’une infinie complexité, de sorte qu’il est impossible d’en rendre compte avec une théorie unique, que ce soit le marxisme, le scientisme, le positivisme, le sociologisme, etc. C’est en adoptant des méthodes plurielles (la pluridisciplinarité ou la transdisciplinarité ou la traversée des disciplines) que la complexité du réel pourra être restituée. Arouet le Jeune ne se prononce pas sur ces préalables épistémologiques. Il laisse à plus savants que lui (et ceux-ci ne manquent pas) le soin de le faire. Il observe seulement que l’affirmation (dans des buts qui sont peut-être intéressés : crédits qui arrosent les propagandistes de la thèse, subventions qui leur sont prodiguées, reconnaissance hâtée, carrière accélérée, etc.) suivant laquelle le réel est d’une complexité infinie est peut-être un « effet de langue » (le fait est dans la langue d’abord, la réalité étant inférée ensuite de l’observation que l’on fait de la langue) et que cette thèse traduit simplement en termes de consciencieux du social l’extension triomphante de l’adjectif et nom complexe à d’innombrables réalités et domaines savants. En bref, des innombrables significations de complexe, il est conclu à l’existence de phénomènes qui expliquent le 15 août de ce mot. Ce serait donc la langue qui produit, sinon le réel, du moins la représentation naïve que s’en font les consciencieux du réel.

 

La première attestation du nom complexe date de 1781. Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) y fait allusion : « Un auteur très moderne emploie (cet adjectif) substantivement », citant cet extrait : « Tout cela, par sa totalité, forme un complexe bien admirable ». Féraud ajoute : « L’usage n’a pas encore adopté ce substantif ». Ni les académiciens (cinquième, sixième, huitième éditions de leur Dictionnaire), ni Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ne relèvent cet emploi de nom, se contentant de noter les emplois de l’adjectif dans les sciences : en arithmétique, les nombres complexes sont « composés de différentes espèces d’unités, tels que 30 livres 10 sous 6 deniers ; 5 pieds 9 pouces 3 lignes ; etc. » (Dictionnaire de l’Académie française, 1832-35) ; en grammaire, le sujet et l’attribut complexes sont « modifiés par quelque terme ajouté », une proposition complexe « a plusieurs membres », un terme complexe « désigne plusieurs idées » ; en algèbre, une quantité complexe est « composée de plusieurs parties » ; en minéralogie, les cristaux complexes ont une « structure compliquée » ; dans le droit criminel, une question complexe est un « mélange de plusieurs crimes ou de leurs circonstances diverses » (Littré, Dictionnaire de la langue française). C’est en 1927 qu’est attesté l’emploi du nom complexe en psychanalyse, emprunté de l’allemand Komplex, attesté en 1895 chez Breuer, puis chez Jung et Freud.

Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) relèvent tous ces emplois, aussi bien ceux de l’adjectif (« composé d’éléments qui entretiennent des rapports nombreux, diversifiés, difficiles à saisir par l’esprit, et présentant souvent des aspects différents », en parlant d’êtres animés, d’entités abstraites ou de produits de l’initiative humaine, de choses concrètes) que du nom, de genre masculin : « ensemble d’éléments divers, le plus souvent abstraits, qui, par suite de leur interdépendance, constituent un tout plus ou moins cohérent » (complexes hôtelier, pétrolier, universitaire, aérospatial, climatique, culturel, économique, éducatif, familial, routier, scientifique, sidérurgique, stratégique, touristique, industriel, portuaire, urbain, sportif, d’activités, d’antenne, de facteurs, de loisirs, de nationalités, de spectacles) et, en psychanalyse : « ensemble de représentations et de souvenirs à forte valeur affective, contradictoires, partiellement ou totalement inconscients, et qui conditionnent en partie le comportement d’un individu » (complexe d’Électre, du père, de culpabilité, d’Abel, d’Achille, d’Amphitryon, d’Antigone, d’Aristote, de Caïn ou d’intrusion, de Diane, de Jocaste, d’auto-accusation, d’autopunition, de castration, d'échec, de frustration, d’hostilité, de sevrage, de supériorité, de Clérambault-Kandinsky, d’Œdipe, de la mère, d'infériorité). Les psys ont fabriqué des complexes à la chaîne : ingénieux moyen d'assurer la pérennité de leurs fonds de commerce. A force d'être mis intempestivement sur tous les marchés, ce sens a fini par s'étendre à la langue commune : « trouble de caractère, et particulièrement inquiétude ou timidité », comme dans les emplois : avoir un, des complexe(s), donner des complexes, être bourré de complexes, sans complexe(s), se guérir de ses complexes, des complexes affectifs, érotiques, psychologiques. Les autres sciences dans lesquelles le nom complexe est en usage sont, outre celles qui sont citées dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication), la biologie, la géométrie, l’anatomie, la psychologie, la pédologie.

Le nom s’emploie aussi dans des contextes péjoratifs, comme dans les exemples cités dans le Dictionnaire de l’Académie française : « Allons, ne fais pas de complexes ! Il est sans complexes,il a beaucoup d’assurance ». Les académiciens ajoutent : « dans ce dernier sens, il est très relâché et presque argotique » et ils en déconseillent l’emploi. Ils ne trouvent donc rien à redire à cette assomption monstrueuse du complexe et des complexes, sinon par une remarque insignifiante sur le relâchement supposé d’une langue, laquelle s’affaisse de tous côtés, sans que quiconque en ait conscience.

 

 

 

Commentaires

A ANOMIE

B BEAU BEAUX-ARTS

BEAT BEATIFIER

C CREDIT ( en ce temps de " credit crunch ")

CREDITER de , qqn ...
ACCREDITER

D Dérivé ( produit dérivé ... traduisant bien la dérive
socio-économique ) dérive = déjà étudié

DERIVATIF

E ECONOMIE ECONOMIES

ECONOMETRIE !!! très scientifique PIB PNB ...

EMBELLISSEMENT ( la politique d'embellissement public des villes US la beautification selon les BEAUX ARTS , a été totalement stoppée par l automobile aux US après 1920 et le début de suburbia ; selon Kunstler )

EMPIRISME EMPIRIQUE EMPIRISTE

EXTINCTION

I INSTANCE INSTANCES
en anglais 1 instances autorité
2 temps temporel
3 cas
effets sur les sens en français ?

L LEGITIME LEGITIMITé Légitimiste

R REGLEMENT
REGLEMENTATION



merci

Écrit par : amédée | 14 septembre 2008

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