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17 septembre 2008

Erotique

 

 

 

 

Emprunté du latin eroticus, du grec erotikos, « propre à Eros », dieu de l’amour (amour « physique », et non agape), l’adjectif érotique est attesté au milieu du XVIe siècle au sens de « relatif à l’amour », sans que soit précisé la nature de l’amour, la nuance sexuelle ou sensuelle apparaissant chez Chamfort en 1794. Il entre en 1762 dans le Dictionnaire de l’Académie française (quatrième édition) : « qui appartient à l’amour, qui en procède » (exemples : « délire, poème, vers érotiques »). Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788), qui reproduit cette définition, comme les académiciens en 1798 et 1832-35, ajoute : « c’est tout l’emploi de ce mot », sans doute pour dire que l’emploi d’érotique se borne à ces exemples-là et qu’il est donc d’usage peu étendu.

Telle est aussi la définition, minimale en quelque sorte, de Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « qui appartient, qui se rapporte à l’amour ») et des académiciens en 1878 et en 1932-35. Littré, cependant, note qu’érotique s’étend à la médecine, où il qualifie une affection : terme de médecine, le « délire érotique » est « caractérisé par une propension sans frein pour les jouissances de l’amour »), alors que les académiciens mentionnent que l’adjectif, au sens de « qui appartient, qui a rapport à l’amour, qui en procède », « ne se dit maintenant que dans un sens défavorable » (exemples : délire érotique, manie érotique) et qu’il a un sens neutre, quand il signifie « qui traite de l’amour », comme dans « poème érotique, poètes érotiques ou, substantivement, Les érotiques ». Autrement dit, ces lexicographes se font l’écho des jugements hostiles ou défavorables qui sont portés dans la France du XIXe siècle et du début du XXe siècle sur les réalités de l’amour qualifiées d’érotiques : ou bien ce sont des troubles mentaux, délires ou manies ; ou bien, elles font l’objet d’une appréciation critique ou méprisante. Le premier sens, lequel ne fait pas allusion « à la sensualité ou à la sexualité » (Trésor de la langue française, 1971-94) et qui est glosé ainsi « qui a rapport à l’amouré », tombe peu à peu en désuétude. Il est mentionné comme vieilli dans le Trésor de la langue française, même quand il rapporte à des œuvres littéraires ou poétiques ou à des tableaux ou à des artistes. Le sens, dit usuel, se réfère à la sensualité ou à la sexualité : « qui se rattache à l’amour physique, qui est de nature sensuelle, sexuelle » ou « qui provoque le désir amoureux » ou « qui en traite ». Parfois, selon les rédacteurs du Trésor de la langue française, il se charge d’une « connotation péjorative ». Quand l’adjectif qualifie une personne, il a pour sens « qui a un tempérament sensuel, qui est enclin au plaisir physique ».

Le succès de cet adjectif dans la langue moderne est sans doute un effet de la place croissante prise par l’obsession érotique chez les modernes, laquelle se mesure à la multiplication des mots qui en sont dérivés : éroticité, érotico-, substitut d’érotique dans la formation d’adjectifs savants (érotico-lymphatique, érotico-médical, érotico-mystique), érotocratie, érotographe. Les académiciens (neuvième édition, en cours de publication, du Dictionnaire de l’Académie française) ne relèvent pas ces mots nouveaux. En revanche, ils reprennent la répartition des sens en vieilli (« qui procède de l’amour ; qui en est inspiré ») et en usuel (« qui évoque ou provoque les désirs sexuels »). Ce qui est moderne, c’est la référence constante à la sexualité, non plus à des effets de reproduction, mais comme source du seul désir. A la différence des rédacteurs du Trésor de la langue française, les académiciens notent le sens pathologique : est érotique « ce qui est caractérisé par l’exagération des pulsions sexuelles », comme dans manie érotique ou délire érotique. C’est aussi mettre un bémol à la divinisation de cet absolu moderne qu’est le désir érotique.

 

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