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20 septembre 2008

Satellite

Emprunté du latin satelles, -itis, au sens de « garde du corps, soldat » ou « compagnon, serviteur » ou « auxiliaire, complice », le nom satellite est attesté au XIVe siècle, d’abord au sens latin « d’homme chargé d’accompagner et de protéger quelqu’un », puis au XVe siècle au sens « d’homme de main, à la solde de quelqu’un » (Bonivard : « les satellites du prédicant.... faisaient épier les prêtres.... » : Montaigne : « Tyran.... donne courage à tes satellites et à tes bourreaux »). C’est au milieu du XVIIe siècle qu'il commence à désigner une réalité du ciel : « planète qui tourne autour d’une planète principale ». Dans le Dictionnaire universel de Furetière (1690) et dans la première édition (1694) du Dictionnaire de l’Académie française, ces deux sens sont exposés, avec plus de détails chez Furetière que chez les académiciens : « On appelle ainsi un homme d’épée qui est aux gages er à la suite d’un autre, comme le ministre et l’exécuteur de ses violences » (exemples : « Il se fait toujours accompagner de deux ou trois satellites ; il se trouva tout d’un coup environné de satellites ») et « en astronomie, petites planètes qui tournent autour de plus grandes » (« Les satellites de Jupiter, de Saturne »). Dans la quatrième édition (1762), il est précisé, au sujet du premier sens, « homme de main », que « ce terme ne se prend aujourd’hui qu’en mauvaise part » ; de même dans le Dictionnaire critique de la langue française (Féraud, 1788), dans les éditions ultérieures (1798, 1832-35, 1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, dans le Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77) : « homme armé, et qui est aux gages d’un autre, pour être le ministre de ses violences » ; « il ne se prend qu’en mauvaise part » (Féraud) et « terme qui ne se prend qu’en mauvaise part ; tout homme armé qui est aux gages et à la suite d’un autre, pour exécuter ses violences, pour servir son despotisme » (Littré). De l’astronomie, satellite s’étend à l’anatomie, comme le notent les académiciens en 1832-35 (sixième édition) : « en termes d’anatomie, les veines satellites sont celles « qui avoisinent les artères », ajoutant : « dans cette phrase, satellites est employé adjectivement ».

Les exemples que cite Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) contiennent les futures évolutions du mot, en germe dans les deux articles que les auteurs de L’Encyclopédie (1751-65) consacrent à satellite : l’exposé relatif aux satellites astronomiques est très long, complet, ardu ; il y est fait état de toutes les connaissances accumulées depuis plus d’un siècle ; l’article consacré au sens latin est bref : « (Histoire moderne) satellite se dit d’une personne qui en accompagne une autre, soit pour veiller à sa conservation, soit pour exécuter sa volonté ; chez les empereurs d’Orient, ce mot signifiait la dignité ou l'office de capitaine des gardes du corps ; il fut ensuite appliqué aux vassaux des seigneurs, et enfin à tous ceux qui tenaient les fiefs, appelés sergenteries. Il ne se prend plus aujourd’hui qu’en mauvaise part. On dit les gardes d’un roi et les satellites d’un tyran ». Chez Littré, le premier sens (« homme de main ») est illustré surtout par des extraits d’écrivains du XVIIe siècle (Corneille, Racine, Bossuet) ; le second sens, exposé avec force détails encyclopédiques (« planète qui fait sa révolution autour d »une autre planète plus grande, et la suit dans la révolution que celle-ci fait elle-même autour du soleil ») par des philosophes passionnés de science : Fontenelle, Voltaire ou par des spécialistes d’astronomie : Bailly, Brisson, Sennebier.

Dans la langue moderne, le premier sens (« homme attaché au service d’un autre qu’il escorte et auquel il sert de garde du corps » ; « homme entièrement dévoué aux ordres d’un autre ») tombe en désuétude. Il est « vieilli » selon les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94). Les sens usuels sont la métaphore astronomique ou des emplois métaphoriques de cette première métaphore : « corps de nature planétaire accomplissant sa révolution autour d'une planète principale à laquelle il est lié par la gravitation et qu’il accompagne en même temps dans sa propre révolution » (Trésor de la langue française) ; et surtout « par analogie » (id est par métaphore) et par extension de ce terme scientifique au domaine politique et social : « nation, pays dépendant politiquement ou administrativement d’un autre ; en particulier, état contrôlé par l’Union soviétique à la suite des accords de Yalta » (les rédacteurs du Trésor de la langue française, tous progressistes en diable, se croient obligés de justifier par un « accord » ou des « accords » un état de fait qui est dû aux seuls rapports de force). La métaphore s’étend à des réalités sociales : « personne, collectivité, ayant un lien d’assujettissement, de dépendance et/ou de protection avec une autre ».

La science et les techniques font grand usage de ce terme : la biologie (« petit segment d »un chromosome, séparé du reste de celui-ci par un ou deux étranglements ») ; la physique (« électron tournant autour du noyau de l’atome »), la technique (« engin spatial lancé dans l’espace à une vitesse suffisante pour décrire une révolution autour de la terre ou d’une autre planète, et destiné à transporter des cosmonautes ou à apporter des informations à des fins scientifiques, militaires ou de télécommunication » : NB : les rédacteurs du Trésor de la langue française, progressistes en diable, disent naturellement cosmonautes, qui fleure bon la patrie du socialisme, et non astronautes, qui suinte le capitalisme) ; la mécanique (les (pignons) satellites d’un différentiel d’automobile sont « la roue d’engrenage dont l’axe est mobile et tourne avec la roue qui l’entraîne » ; la médecine (veines satellites).

La boucle est bouclée. Parti de « l’homme de main », satellite a fini par se retrouver, après avoir tourné dans les cieux, dans la main de l’homme.

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Écrit par : ACE15 | 20 septembre 2008

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