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07 octobre 2008

Bricoler

 

 

Ce verbe, dérivé de bricole, est attesté à la fin du XVe siècle dans un sens qu’il n’a plus dans la langue moderne : c’est «aller par-ci, par-là». Au début du XVIIe siècle, est attesté l’emploi au jeu de la paume et au billard : « jouer en utilisant la bande », dont le sens « ricocher (en parlant d’une balle, d’une bille) » est une extension. Ce verbe a eu aussi d’autres sens, quand il désigne des actions peu honnêtes : « dire des mensonges » (XVIe siècle) et « manœuvrer par des moyens détournés » (XVIIe siècle). Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’il prend son sens moderne : en 1859 « exécuter de menues besognes » et en 1919 « réparer quelque chose, l’arranger ingénieusement, tant bien que mal » dans Les Croix de bois de Dorgelès.

Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), il est défini ainsi : « faire un coup de bricole ; il est adroit à bricoler. Quand on mange quelque chose de trop chaud, on dit qu’on le fait bricoler dans la bouche ». Dans le premier exemple, il semble qu’il signifie, comme au jeu de la paume, « jouer en faisant ricocher la balle » contre le mur ou sur la galerie ; dans le second exemple, qu’il ait pour sens « faire aller et venir » (dans sa bouche), comme l’attestent les académiciens dans l’article, un peu plus long et plus précis, de la quatrième édition (1762) de leur Dictionnaire : « jouer de bricole à la paume ou au billard ; il est adroit à bricoler. Lorsqu’un homme ayant mis dans sa bouche quelque chose de trop chaud, le fait aller de côté et d’autre, de peur de se brûler, on dit, qu’il bricole ». A ces deux sens, ils ajoutent celui qui est attesté au XVIIe siècle, à savoir « manœuvrer par des moyens détournés » : « et lorsqu’un homme ne va pas droit en besogne dans une affaire, mais qu’au contraire il biaise, on dit familièrement, qu’il bricole ». Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) ne relève plus le sens « aller par-ci, par là ». Bricoler n’a que deux sens : « jouer de bricole à la paume ou au billard » et « au figuré, n’aller pas droit dans une affaire », sens qui sont relevés par les académiciens dans la cinquième (1798) et dans la sixième (1832-35) éditions de leur Dictionnaire. Dans cette dernière édition (1832-35), il est précisé que bricoler, au sens de « n’aller pas droit dans une affaire », jugé familier en 1762, « est peu usité ».

Bien que le sens moderne commence à être attesté au XIXe siècle, Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) n’en fait pas état, se contentant de rappeler les sens définis par les académiciens (« jouer de bricole à la paume ou au billard » et « au figuré, aller par des voies obliques »), auxquels il ajoute deux emplois particuliers : « terme de chasse, s’écarter à droite et à gauche de la piste, en parlant du chien » et « terme de manège, s’écarter adroitement pour passer entre les arbres et les buissons, en parlant du cheval », et un rappel du très ancien sens : « agiter, jeter çà et là ». C’est dans la huitième édition du Dictionnaire de L'Académie française (1932-35) que le sens moderne est exposé : « (bricoler) signifie aussi, dans le langage populaire, faire toute sorte de petites besognes », comme dans cet exemple : « Cet ouvrier n'a pas de métier, il bricole par-ci, par-là ».

A la différence des dictionnaires anciens, les deux grands dictionnaires modernes que sont le Trésor de la langue française (1971-94) et le Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours de publication) recensent tous les emplois de ce verbe, même ceux qui sont hors d’usage, et qu’ils soient anciens (terme de chasse ou de jeu de la paume) ou modernes. De fait, l’article qui y est consacré est relativement long et touffu. Ainsi celui du Trésor de la langue française, dans lequel l’emploi intransitif (« passer d’une occupation à une autre, se livrer à toutes sortes d’activités, de métiers peu rentables » et « exécuter chez soi de petits travaux qui réclament de l’ingéniosité et de l’habileté manuelle ») est distingué de l’emploi transitif (« arranger, réparer, fabriquer en amateur », bricoler une installation, des cuillers, un moteur, un meuble ancien ») et dans lequel les emplois anciens sont aussi mentionnés : celui du billard, du jeu de la paume, de la chasse en parlant d’un chien qui ne retrouve pas la piste de l’animal qu’il chasse, aller de côté et d’autre »), du manège, ainsi que le sens de « ruser, manœuvrer sournoisement », mentionné comme vieux. Ces sens sont complétés dans le Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours) par celui-ci : « à la pêche, fixer comme appât à une bricole : bricoler un petit poisson ». Il est rare qu’un verbe français ait l’honneur d’articles aussi complets, comme si les lexicographes étaient, avec ce que ce verbe désigne, dans leur élément.

 

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