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13 octobre 2008

Tollé

 

 

C’est la forme de l’ancien impératif tolez du verbe toldre, ayant le sens « d’ôter », qui continue le verbe latin tollere, impératif tolle, au sens de « prends-le », « enlève-(le) », cri que, dans le texte de la Vulgate (la première traduction par Saint Jérôme de la Bible en latin), la foule pousse pour demander à Ponce Pilate de faire mourir Jésus. De fait, tollé est attesté pour la première fois à la fin du XVe siècle dans un texte religieux, la Passion d’Auvergne. C’est dans ce sens qu’il est défini par les académiciens dans les différentes éditions de leur Dictionnaire publiées à partir de 1718 (deuxième édition) : « mot latin pris de l’Évangile et qui n’est d’usage que dans cette phrase crier tollé sur quelqu’un pour dire crier afin d’exciter de l’indignation contre quelqu’un » (1762, 1798, 1832-35), faisant de tollé (dans « crier tollé ») le nom du cri poussé par la foule. En 1762 (quatrième édition), les académiciens précisent que tollé « est du langage populaire » ; en 1798 et en 1832-35, « du langage familier ».

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), qui était positiviste et agnostique et ne cachait pas ses convictions, lesquelles ne regardaient pourtant que lui, efface la référence aux Evangiles, qu’il ne pouvait pas ne pas ignorer, et, reprenant Furetière (Dictionnaire universel, 1690), il se contente de définir, lui qui est friand d’histoire, le tollé comme un « cri d’indignation » (exemple : « il s’éleva un tollé général contre l’orateur ») et de citer l’emploi retenu par les académiciens, mais sans la moindre allusion à la Vulgate : crier tollé sur quelqu’un, contre quelqu’un a pour sens « crier afin d’exciter l’indignation contre quelqu’un ». Dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35), les académiciens reprennent une partie de la définition de Littré en y mêlant des souvenirs de la définition de leurs prédécesseurs : « mot emprunté du latin et qui sert à marquer l’indignation » (exemples : « il s’éleva contre l’orateur un tollé de toutes les parties de la salle » ; « cette opinion excita, souleva un tollé général »), mais en effaçant toute référence aux Evangiles et à la Vulgate, lesquelles sont pourtant aux fondements d’une civilisation et de sa langue.

Le mérite des rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) est d’exposer, dans la définition même de tollé, l’origine de ce mot : « par allusion à la traduction latine de Jean XIX, 15 (comprendre de l’Evangile selon Saint-Jean) où les Juifs demandent à Ponce Pilate de crucifier Jésus par ce cri : tolle, tolle, crucifige eum (soit : "prends-le, prends-le, crucifie-le"). L’exemple crier tollé que les académiciens du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle jugeaient ou populaire ou familier est mentionné comme « vieux ». Le sens n’est plus assis sur la religion, mais il est tout social, comme l’expriment les mots collectif et ensemble de personnes, de la définition suivante : « cri collectif de protestation, vif sentiment d’indignation exprimé par un ensemble de personnes », et comme l’attestent les exemples qui illustrent ce sens : « tollé général », « M. de Mars m’écrivit le tollé de l’Académie française contre mon Henriette » (Michelet, Journal, 1859), « un tollé furieux éclate dans la salle ; des ricanements soufflettent l’avocat » (Martin du Gard, Jean Barois, 1913).

Le mot tollé était un cri religieux encore ou en rapport avec la religion dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35) ; il n’est plus qu’un mot de l’indignation sociale des foules dans la langue moderne et dans les dictionnaires qui la décrivent.

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