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14 octobre 2008

Glauque

 

 

 

 

 

 

Emprunté du latin glaucus, adjectif désignant une couleur verdâtre et attesté en français dans la seconde moitié du XIIIe siècle, ce mot est enregistré tardivement dans les dictionnaires de langue française. En 1832-35 (sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française), il est défini ainsi : « qui est de couleur vert de mer, c’est-à-dire d’un vert blanchâtre ou bleuâtre ». Les académiciens jugent que son domaine d’emploi est restreint : « il s’emploie principalement en botanique », écrivent-ils, comme l’attestent les exemples « vert glauque, les feuilles de la capucine sont glauques, les feuilles, les fruits de certains végétaux sont couverts d’une poussière glauque qui les préserve de l’humidité ». La définition de Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est moins précise : « terme didactique, qui est de couleur vert de mer » (exemple : « feuilles glauques »). Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), la couleur de la mer est mêlée à celle des feuilles : « qui est du vert blanchâtre ou bleuâtre de la mer » (exemples : « des yeux glauques, vert glauque, les feuilles de la capucine sont glauques »). Dans la langue moderne, l’emploi de glauque n’est plus restreint au domaine étroit de la botanique. En même temps que l’emploi s’est étendu (glauque ne désigne plus une couleur verdâtre, mais il s’applique à une atmosphère, une rue, un quartier, une pièce, un film), le sens a changé dans des proportions importantes. « Au figuré et péjoratif », selon les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94), il signifie : « qui manque de netteté, de précision » et même, dans certains emplois actuels, il a le sens de sinistre ou d’inquiétant (un quartier, une rue, un immeuble glauques). Les académiciens (neuvième édition, en cours de publication, Dictionnaire de l’Académie française) jugent que le sens figuré et péjoratif du Trésor de la langue française est, en fait, un sens étendu : « sans éclat, terne », l’illustrant de l’exemple de la « lumière glauque ». Quoi qu’il en soit, le mot prend un sens nouveau à la fin du XIXe siècle, comme l’attestent les extraits d’écrivains cités dans le Trésor de la langue française, en particulier les écrivains fin de siècle, décadents ou symbolistes, qui abusaient de l’impropriété – ce qu’ils nommaient « style artiste » ou « écriture artiste ». Ainsi cet exemple de Huysmans (1884) : « une légèreté de cervelle dont les pensées s’éclaircissaient et, d’opaques et glauques, devenaient fluides et irisées » ; ou des frères Goncourt (1870), qui ont dérivé de glauque, entendu au sens figuré, un adverbe « de manière », ayant le sens «de « de façon glauque » : « le regard du fuyard est vague, trouble, glauquement diffus ; il ne se fixe sur rien, il ne s’arrête sur rien ».

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