Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

18 octobre 2008

Prime

 

Ce nom féminin, quand il désigne une somme d’argent, résulte de la francisation de l’anglais premium ayant le sens de « prix » ou « récompense » et de « prime d’assurance ». C’est un homonyme de prime (du latin prima hora, « première heure »), au sens de « première de ces six ou huit heures canoniales » qui rythment la vie des reclus et recluses dans les monastères et couvents (« chanter, assister à prime »). Il est attesté en 1620, où il désigne la « somme payée à une compagnie d’assurance par l’assuré » ; dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, c’est un « encouragement pécuniaire donné par l’État ou toute autre institution », la « rémunération d’un service » (c’est l’esquisse du sens social et syndical moderne), la « somme que l’on gagne à une loterie », la « somme d’argent attribuée pour la destruction d’un animal nuisible » ; et dans la seconde moitié du siècle suivant, c’est un « cadeau destiné à des acheteurs ou des souscripteurs pour les attirer ». Le sens commercial (« prime d’assurance ») est défini pour la première fois dans la quatrième édition (1762) du Dictionnaire de l’Académie française : « en terme de commerce maritime, somme qu’un marchand qui veut faire assurer sa marchandise paye à l’assureur pour le prix de l’assurance ». Dans la cinquième édition (1798), les académiciens ajoutent le sens suivant : « somme accordée par forme de bénéfice pour encourager quelque opération de finance ou de commerce » (« prime d’importation, d’exportation, de loterie ». dans les dictionnaires du XIXe siècle, d’une édition à l’autre, les sens et les emplois définis prennent de plus en plus de place : la langue moderne est une inflation de primes de toute nature. Dans la sixième édition (1832-35) du Dictionnaire de l’Académie française, prime n’est plus spécifique du commerce maritime : l’emploi du mot s’étend aux biens immobiliers. C’est la « somme qu’un propriétaire qui veut faire assurer sa propriété paye à l’assureur pour le prix de l’assurance » et « en termes de bourse », le marché à prime est « la négociation à terme d’effets publics, dans laquelle, moyennant une prime payée par l’acquéreur, il est libre de prendre ou de ne pas prendre, au terme convenu, les effets qu’il a achetés ». Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), comme s’il rédigeait un vade-mecum fiscal, énumère les aides financières accordées par l’Etat, entre autres bienfaiteurs, « à titre d’encouragement », « à l’agriculture et à l’industrie ; par exemple aux propriétaires ou fermiers qui ont produit les plus beaux chevaux, les laines les plus fines, engraissé avec le plus de succès des bœufs, des moutons, perfectionné la culture, etc. ; aux possesseurs d’étalons ou de juments approuvés, autorisés ». Il est précisé que les généreux donateurs sont « le gouvernement, les sociétés savantes, les comices agricoles, les associations spéciales, etc. ». La description du sens est complétée par ces emplois : « il est également accordé des primes pour la destruction des animaux malfaisants » ; « il se dit des encouragements que le gouvernement accorde pour différentes pêches, telles que celles de la baleine, du cachalot, de la morue ». L’épidémie de primes touche le secteur privé (ce sont les « ouvrages ou objets que les journaux donnent pour encourager aux abonnements ») et l’armée (« se dit, en termes militaires, de sommes allouées dans certains cas particuliers : prime de rengagement, d’habillement » (Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-35). Le seul vaccin qui ait été trouvé pour se protéger de cette épidémie d’un nouveau genre est l’ironie : « il se dit aussi, figurément, dans le sens d’encouragement », comme dans l’exemple insolent : « c’est une prime à la paresse » (huitième édition, 1932-35).

La grande religion sociale et syndicale, qui façonne la société moderne et la rend si délectable, fabrique des primes de toute sorte, de toute nature, de toute espèce, de tout acabit, etc. Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) sont intarissables sur ces primes d’un nouveau type : « somme d’argent donnée à une personne, à une catégorie de personnes à titre de récompense, d’aide ou d’encouragement », dont la « somme d’argent payée à un salarié en plus de son salaire de base pour un motif particulier et sous certaines conditions, de manière régulière ou exceptionnelle » (les synonymes sont gratification et guelte). Ce sont (ne riez pas) les primes de « non-casse, d’ancienneté, d’assiduité, d’atelier, d’exactitude, de fin d’année, d’intéressement, de panier repas, de participation, de recherche, de rendement, de salissure, de transport, de vacances, de résidence », etc. La prime peut être horaire, journalière, mensuelle, trimestrielle, annuelle, hebdomadaire, hiérarchisée ou non, etc. Elle peut être attribuée « par l’État ou un organisme public dans le cadre d’une mesure sociale ou pour aider un secteur d’activité » (le synonyme en est subvention) : « prime à la construction, d’exportation, d’équipement, de production, à l’épargne, à l’investissement, à l’abattage, à l’arrachage, d’allaitement, de déménagement, de départ, de naissance ». Les primes s’étendent aux compétitions sportives pour récompenser la « sportivité » ou la « combativité » ou tout autre vertu. C’est encore une « somme d’argent accordée pour un service rendu ou pour une action exceptionnelle » ou un « cadeau ou un avantage pécuniaire accordé à un acheteur, le plus souvent dans un but publicitaire » (les synonymes sont ristourne et bonus). Il est même des primes qui récompensent la fidélité : celle des acheteurs bien sûr, pas celle des conjoints ou des croyants. Pour mériter une prime, il faut d’abord avoir acheté des marchandises. L’essence de la modernité, ce qui la définit et la caractérise, ce sont les primes de toutes sortes et de toute nature.

 

 

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.