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19 octobre 2008

Chahut

 

 

 

 

Le verbe chahuter, dont dérive le nom chahut, est attesté en 1821 au sens de « danser le chahut » (une danse échevelée) et en 1837 au sens de « faire du tapage ». L’origine en est obscure. Le mot est peut-être formé de huter ou huer et de chat, première partie du mot composé chat-huant. Quoi qu’il en soit, le nom chahut est enregistré par Littré dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77), où il est ainsi défini : « sorte de danse assez peu décente pour que la police l’interdise dans les lieux publics », ce que confirment, avec un siècle et demi de recul historique, les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-04) : « à Paris, vers les années 1830, dans les guinguettes et les bastringues », le chahut était une « danse excentrique et un peu folle, voisine du branle et du cancan, dont les improvisations gestuelles hardies, les figures indécentes s’accompagnaient souvent de cris et de rires » (exemples : « danser le chahut », un « air de chahut », « un chahut de bastringue »). A cette définition (« danse désordonnée »), les académiciens ajoutent dans la huitième édition de leur Dictionnaire, le sens suivant, lequel est courant dans la langue moderne : « par extension, il signifie désordre, tumulte d’écoliers ». La chose n’étant guère au goût des Immortels, trop âgés ou trop bien élevés, le mot est jugé « très familier ». C’est aussi la définition du Trésor de la langue française, la mention « très familier » en moins : « par extension, grand vacarme, tapage » (exemple : « un chahut de tous les diables »). Dans ce dernier dictionnaire, comme dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française, est enregistré un sens sinon « politique », du moins ayant ou censé avoir une signification sociale de protestation ou de rébellion, ce qui légitime ou sanctifie, aux yeux des bien-pensants, le chahut, au nom, sans doute, de la sacralisation de la révolte : « manifestation bruyante contre une autorité, un supérieur et plus particulièrement, tapage organisé dans les classes par les élèves pour réagir contre le manque d’intérêt de certains cours ou contre un professeur dépourvu de fermeté » (le beau courage que voilà : on montre ses muscles contre les faibles, mais on file doux devant les forts), les académiciens, à la différence des rédacteurs du très progressiste Trésor de la langue française, se gardant sagement de sanctifier le chahut : « agitation bruyante et organisée dirigée contre un professeur, un artiste, etc. » (exemples : « un chahut d’étudiants » ; « son discours suscita un énorme chahut »). Le sens du verbe chahuter a suivi la même évolution que le nom qui en est dérivé.

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