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20 octobre 2008

Ritournelle

 

 

 

 

Emprunté de l’italien ritornello, terme de musique, qui désigne la répétition d’un motif (ou son retour incessant), ce nom est attesté dans son sens propre chez Molière (Le Bourgeois gentilhomme, II, 1 : « il vous faudra trois voix, un dessus, une haute-contre et une basse, qui seront accompagnées d’une basse de viole, d’un théorbe et d’un clavecin pour les basses continues, avec deux dessus de violon pour les ritournelles ») et, quelques années plus tard, dans son sens figuré et ironique (« ce que l’on répète continuellement ») chez Mme de Sévigné (« conservez-vous, ma chère bonne, c’est ma ritournelle continuelle »). Dans les éditions du Dictionnaire de l’Académie française publiées entre 1694 et 1762 (de la première à la quatrième), seul le sens propre est défini : « petite symphonie qui a rapport avec un chant qui la précède et qui quelquefois la suit » (1694) et « petite symphonie qui précède un chant et qui quelquefois le suit » (1762, 1798, Féraud, Dictionnaire critique de la langue française, 1788), ces définitions étant illustrées du même exemple : « cette ritournelle ne convient pas au chant ». Dans la cinquième édition (1798), le sens figuré est défini pour la première fois : « il se dit familièrement, par extension, et dans un sens ironique pour le retour fréquent des mêmes choses, des mêmes idées dans le discours ». L’exemple qui l’illustre est : « il a parlé longtemps pour dire toujours la même chose ; ce n’était qu’une ritournelle ». Les académiciens dans la sixième édition (1832-35) reproduisent ce sens figuré tel quel, après avoir légèrement modifié le sens propre. La ritournelle n’est plus une (petite) symphonie, mais « un petit morceau de musique instrumentale », lequel « précède » toujours « un chant » et « quelquefois le suit ». A partir du XIXe siècle, les deux sens de ritournelle sont bien établis. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) et les académiciens (huitième édition, 1932-35) les reprennent, sans ajouter quoi que ce soit de nouveau aux définitions de 1798 et de 1832-35 ; il en est de même dans le Trésor de la langue française (1971-94), dont les rédacteurs notent cependant que, désignant une réalité de la musique, ritournelle se dit aussi « d’un petit air » qui sert « de refrain à une chanson » et « d’un chant ou d’une chanson à refrain, facile et monotone » (les synonymes en sont pont-neuf (vieilli), rengaine, scie).

Jean-Marie Gustave Le Clézio, à qui a été attribué le prix Nobel de littérature, connaissait-il les deux sens du mot ritournelle, quand il a écrit Ritournelle de la faim ? Ce serait lui faire injure que de répondre négativement ou ce serait lui imputer le crime de cynisme (un comble pour un écrivain si vertueux qu’il en paraît vertuiste) que de penser qu’il a employé dans le titre le nom ritournelle dans le sens de « ce qui est répété trop souvent, à satiété » (Trésor de la langue française) ou, comme l’écrivent les académiciens en 1798 : « il se dit familièrement, par extension, et dans un sens ironique pour le retour fréquent des mêmes choses, des mêmes idées dans le discours ». Un écrivain couronné du prix Nobel ne répète pas les mêmes choses pour ne rien dire. Ou bien, c’est à désespérer de l’Académie royale de Suède et de ses sommités qui décernent chaque année ce prix.

Commentaires

J'aime beaucoup la "ritournelle" de Sébastien Tellier, notre dernier représentant à l'Eurovision, qui, souvenez-vous, avait chanté en anglais (une autre de ses chansons)... J'aime beaucoup votre site, également, que je viens de découvrir.

Écrit par : Noblesse Oblige | 23 octobre 2008

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