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27 octobre 2008

Valence

 

 

Il existe deux homonymes portant le nom valence. Le premier est attesté en 1839 dans le Dictionnaire du commerce et des marchandises (contenant tout ce qui concerne le commerce de terre et de mer) ; le second en 1879, dans La théorie atomique. Le premier est, selon Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), le « nom à Paris d’une espèce d’orange qui vient de Valence en Espagne » (exemple : « voilà de la valence »), cette ville étant une riche huerta où l’on cultive des agrumes. D’après les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94), valence, désignant une orange provenant de la région de Valence, est « vieilli », les extraits cités datant de 1879 (« des marchandes d’oranges poussaient leurs charrettes, braillant à tue-gorge : la belle valence ! La belle valence ! ») et de 1924.

Des deux homonymes, le plus intéressant pour qui étudie la nouvelle langue française est le second. C’est un mot de la chimie, qui résulte en réalité de l’emploi comme substantif autonome de l’élément – valence entrant dans la composition de termes de chimie comme monovalence, lequel élément traduit l’allemand – valenz. En anglais, le même phénomène est observé. Quand il est employé pour la première fois seul en 1879, valence est un terme de chimie. Au XXe siècle, comme de nombreux autres termes de science, il s’étend hors de la discipline où il a été formé : dans les sciences humaines (psychologie et psychanalyse) et dans les croyances populaires (télépathie) ; en biologie, en linguistique, dans la science écologique, dans l’électronique et l’informatique. De ce point de vue, le mot est moderne. En chimie, selon les rédacteurs du Trésor de la langue française, c’est la « propriété de substitution, de saturation ou de combinaison que possède tout élément chimique » et la « valeur numérique exprimant le nombre d’atomes d’hydrogène avec lesquels un élément ou un radical peut se combiner (valence négative) ou le nombre d’atomes d’hydrogène qu’un élément ou un radical peut déplacer (valence positive) ». Les auteurs du Dictionnaire Quillet de la langue française (1965) ajoutent que « suivant la valeur de ce nombre, le corps est dit zéro-valent, mono- ou univalent, bi- ou divalent » et qu’on « ne connaît pas de valence supérieure à 8 ». Valence peut se dire aussi d’un atome : « nombre de paires d'électrons qu’un atome peut avoir en commun avec d’autres atomes » et d’un ion (« nombre de charges électriques positives ou négatives portées par l’ion ». Il existe des « liaisons de valence », des « électrons de valence », des « bandes de valence ».

Un mot chargé d’autant de choses nobles ne pouvait pas rester confiné dans les limites étroites des sciences exactes. Il fallait qu’il en fût extrait, ne serait-ce que pour nimber d’une aura nouvelle les disciplines que l’on nomme abusivement sciences (humaines et sociales) : l’écologie, où la valence est la « possibilité pour une espèce animale ou végétale de coloniser des milieux différents » (l’espèce la mieux pourvue en valence de ce type étant l’espèce humaine) ; la linguistique (« nombre d’actants – sorte de compléments - qu’un verbe est susceptible de régir » ; et, pour ce qui est du lexique, « indice de sélection égal au pouvoir d’un mot à se substituer à d’autres en contexte ») ; et surtout la psychologie : « puissance d’attraction (valence positive) ou de répulsion (valence négative) qu’un individu éprouve à l’égard d’un objet ou d’une situation ». Pour illustrer cette perle, les rédacteurs du Trésor de la langue française ajoutent que « valence et valeur de satisfaction sont étroitement liées », si bien qu’un aliment, quel qu’il soit, aura une valence positive pour une personne affamée. Une science qui est capable d’enfoncer autant de portes grandes ouvertes avec des mots aussi savants dépasse, de toute évidence, et sans jeu de mots, le mur de la valence, avec des valences supérieures à 8, et même des valences qui ne sont plus mesurables.

 

 

Commentaires

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Adeline
Responsable communication

Écrit par : Adeline | 27 octobre 2008

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