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28 octobre 2008

Dédicace

 

 

Emprunté du latin dedicatio dont le sens est « consécration d’un temple » et « inauguration d’un théâtre », puis qui s’est étendu dans la langue latine en usage dans l’Eglise catholique aux réalités de la nouvelle religion (« consécration d’une église » et « fête de la dédicace d’une église »), le mot dédicace est attesté à la fin du XIIe siècle sous la forme dicaze au sens de « consécration d’une église ou d’un oratoire », puis, à la fin du XIIIe siècle, sous la forme dedicasse pour désigner la fête annuelle commémorant la consécration d’une église. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que le mot s’est étendu aux réalités littéraires. En 1613, il signifie «hommage qu’un auteur fait de son œuvre à une personne ».

Les auteurs de dictionnaires relèvent les deux sens, religieux et profane : « Consécration d’une église ou d’une chapelle » ; « il se prend aussi pour le jour anniversaire de la dédicace » : « il se dit aussi de l’adresse d’un livre qu’on fait à quelqu’un par une épitre à la tête de l’ouvrage » (Dictionnaire de l’Académie française, première édition, 1694). D’une édition à l’autre de ce dictionnaire, la définition ne change guère, sinon dans des détails de l’expression (« fête annuelle qui se fait en mémoire de la consécration d’une église » et « adresse d’un livre qu’on fait à quelqu’un par une épître ou par une inscription à la tête de l’ouvrage », 1762), ou bien par des ajouts : « on dit aussi la dédicace d’une statue » (1798, cinquième édition). Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) laisse entendre que l’emploi étendu de dédicace divisait les grammairiens du XVIIIe siècle : « plusieurs (sans doute les « puristes » d’alors) pensent que dédicace ne se dit point des livres, et qu’on ne le dit que des thèses et actes publics », alors que « l’Académie le dit des uns et des autres ».

Dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35), il est tenu compte de l’emploi, proprement historique, de dédicace dans des ouvrages traitant de la civilisation de l’antiquité ou des religions païennes : « consécration d’un temple, d’une église, d’une chapelle », comme l’atteste l’exemple « tel empereur fit la dédicace de ce temple ». Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) reprend, en le systématisant, ce point de vue, puisqu’il cite d’abord le sens « historique » (« consécration du temple de Jérusalem chez les Juifs »), lequel n’est pas le premier sens attesté en français, mais le sens qui réfère aux réalités les plus anciennes, et cela dans chez des écrivains du XVIIe siècle (Bossuet : « il célébra la dédicace du temple avec piété ») ou du début du XIXe siècle (Saci : « voici donc tout ce qui fut offert par les princes d’Israël à la dédicace de l’autel, au jour qu’il fut consacré : douze plats d’argent ; douze vases d’argent et douze petits vases d’or »). De fait, ce qui prime dans cet article et dans l’ordre dans lequel sont exposés les sens, ce n’est pas la langue, mais les réalités du monde et l’histoire. Littré ne cite qu’ensuite les sens chrétien et profane : « consécration d’une église ou d’une chapelle, qu’on dédie à quelque saint, c’est-à-dire qu’on met particulièrement sous sa protection » ; « fête qui se célèbre tous les ans le même jour en mémoire de la consécration d’une église et qui est marquée par des cierges mis sur tous les piliers » ; « hommage qu’on fait d’un livre à quelqu’un par une épître imprimée en tête de l’ouvrage ». Dans la langue moderne, l’extension se fait au détriment du sens religieux et au profit des sens profanes : « on le dit de même pour la consécration d’un monument à un personnage » ; « il se dit, par extension, de l’inscription qui rappelle cette consécration » ; « épître ou inscription à la tête d’un ouvrage imprimé, par laquelle on le place sous le patronage de quelqu’un » ; « par extension, il se dit des quelques mots ou des quelques lignes écrites par un auteur sur la première page de son livre pour en faire hommage à quelqu’un ».

Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) adoptent l’ordre chronologique du Littré : les sens se suivent les uns dans l’article en fonction de l’ancienneté des choses qu’ils désignent ou qu’ils signifient : d’abord l’antiquité païenne ou juive, puis la religion chrétienne, ensuite la religion civile (« consécration d’un édifice quelconque à un personnage ») et enfin les œuvres imprimées (« fait de dédier une œuvre à une personne (généralement très connue) par un hommage imprimé en tête de l’ouvrage », « hommage manuscrit et non public d’un livre », « hommage manuscrit sur une photographie, un disque, etc. », « texte de la dédicace ; son contenu ». Les exemples qui illustrent dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française sont un condensé éloquent de l’évolution de dédicace : des emplois de plus en plus souvent profanes et de moins en moins prestigieux : la fête de la dédicace d’une église, la dédicace du château de Versailles à toutes les gloires de la France, une dédicace au roi, collectionner les dédicaces (id est « formule manuscrite qu’un auteur appose en hommage à quelqu’un sur la première page d’un livre, sur une photographie, un disque, etc. »). Les consciencieux du social qui mettent de la politique partout concluraient sans doute  de cette note que la langue s'est démocratisée en deux siècles.

 

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