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01 novembre 2008

Plan et conseils

 

On ne prête pas une oreille assez attentive ou fine aux mots, aux sons qu'ils rendent, à l'histoire qu'ils charrient, aux concepts qui les fondent. Ainsi, les mots plan et conseils, qui sont devenus les maîtres-mots de l'Université depuis 1989, ne sont jamais commentés, ni dans les media (évidemment), ni dans les milieux avancés de l'intelligentsia. Comblons cette lacune.

Tous les spécialistes de l'Union soviétique, de la Chine, des pays de l'Est, de Cuba, etc. ont noté que la pensée marxiste avait disparu des pays communistes dont le fondement était le marxisme léninisme et que, à l'opposé, elle s'épanouissait dans les universités d'Occident et dans des pays qui n'étaient pas près de sombrer dans le néant marxiste. Les Soviétiques et les Chinois voyaient de leurs propres yeux le désastre. Ils se seraient couverts à jamais de honte s'ils avaient osé défendre ou illustrer ce qui avait entraîné leurs compatriotes dans le malheur sans fin. A l'opposé, les universitaires d'Occident, bien nourris, bien vêtus, bien logés, rémunérés du berceau au tombeau quoi qu'ils fassent, ne voient pas de mal dans la défense et illustration de la Bête immonde. Ils ne risquent rien, même pas d'entrave à leur carrière.

En 1989, l'effondrement du communisme en Europe (en Asie et en Amérique, il est toujours en place) n'a rien changé. Au contraire. La Bête s'en est trouvée renforcée à Paris, capitale de la France, et dans les universités de "ce" pays, qui ne sont pas à l'heure du postcommunisme, mais du jeune communisme des vieux beaux jours. Jospin, après avoir mis à mort l'instruction publique et ressuscité les Instituts de formation professionnelle fondés par Vichy en 1941, s’est attaqué à la réforme de l’Université. En bon marxiste qu’il est, il a appliqué les mots d’ordre de Lénine (ou de Trotski) : 1° le plan ; 2° « tous les pouvoirs aux conseils », conseils traduisant le mot russe soviets.

L’Université est désormais régie par un plan et administrée par les conseils. Chaque plan ne dure pas cinq ans, comme en URSS, mais quatre ans seulement. On en comprend les raisons, qui ne tiennent pas au temps, mais aux mots. Plan quinquennal aurait fait ringard, dinosaure du Kremlin, bureaucrate soviétique, adhérent du PCF ; plan quadriennal fait trotskiste branché et dans le vent, LCR, OCI ou UCI. Jospin aurait pu faire durer chaque plan six, sept, huit ou neuf ans ; mais de quels adjectifs qualifier ces plans : sextennal, septennal, octonal, novennal ? En réduisant la durée des plans, il a imposé, en toute connaissance des effets, un pensum bureaucratique imbécile aux « universitaires », au détriment de la recherche ou de l’enseignement, et aux fonctionnaires du ministère destinataires de millions de pages ineptes. Tous les quatre ans, les énormes dossiers pondus, que personne ne lit, s’entassent dans des caves obscures, nourrissant les rats et les cafards.

La musique du plan est renforcée par celle des conseils. Dans chaque université, il y a au moins trois conseils, d’administration, scientifique, de la vie étudiante ; plus les conseils d’UFR et les commissions diverses – sortes de sous-conseils sans pouvoir, comme les commissions de la pédagogie ou du recrutement. Comme au bon temps de Lénine, le pouvoir est aux conseils, non pas aux membres élus de ces conseils, mais aux idéologues ou membres du Parti (PS ou PC ou LCR) ou adhérents à des lobbies fraternels. Les conseils ne servent à rien, sinon à donner une apparence de légitimité « démocratique » au Parti, au Syndicat et à la Fraternelle qui tirent les ficelles en cachette. Les membres du conseil scientifique sont élus par collèges : il y a tant d’étudiants, tant de secrétaires, tant d’administrateurs, tant d’ingénieurs, tant d’enseignants du second degré, tant de maître de conférences, tant de professeurs. Tout est fait pour que ceux qui font de la « science » soient en minorité et n’aient pas leur mot à dire sur les orientations dites scientifiques de leur université.

On ne doit plus s’étonner que, dans le classement mondial des universités établi par l’Université de Shanghai, certes à partir de critères discutables, les universités françaises soient parmi les plus mal classées – à peine mieux que celles de Corée du Nord ou de Cuba. Pour qu’elles apparaissent aux premiers rangs, il faudrait un classement « marxiste ». Au nombre de pages des plans quadriennaux (des millions de pages) et au nombre de conseils, les universités de France sont les meilleures qui soient au monde. Au nombre de dinosaures marxistes qu’elles rémunèrent, elles battent la Chine, Cuba, la Corée, le Vietnam et bien entendu la Russie et ses satellites.

14:27 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, culture, société

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