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16 novembre 2008

Visibilité

 

 

 

 

Emprunté du latin visibilitas (Dictionnaire latin français, 1934 : « qualité d’une chose visible »), ce nom est attesté au XIIIe siècle au sens de « caractère de ce qui est perceptible par la vue », puis en 1539 au sens de « qualité qui rend une chose manifeste ». Il est enregistré dans la troisième édition (1740) du Dictionnaire de l’Académie française, dans laquelle ce « terme didactique » n’a qu’une seule signification, « qualité qui rend une chose visible », répétée en 1762, 1798, 1832-35 et illustrée du même exemple, tout théologique : « la visibilité est l’un des caractères distinctifs de l’Eglise catholique », comme le confirment aussi les exemples qui illustrent la définition de visible ("qui peut être vu, qui est l’objet de la vue") dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française : « Il n’y a rien de visible que par la lumière ; les objets, les choses visibles ; les sacrements sont des signes visibles d’une chose invisible ; Dieu s’est rendu visible aux hommes par l’incarnation » ; ou encore ceux du Dictionnaire critique de la langue française (Féraud, 1788) : « Dieu s’est rendu visible aux hommes ; la visibilité est un des caractères distinctifs de l’Église catholique ». Les écrivains cités par Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) expliquent ce sens théologique de visibilité (« qualité qui rend une chose manifeste »), aussi bien Bossuet (« l’admission du symbole des apôtres était assez pour démontrer la perpétuelle visibilité de l'Eglise, puisque ce qu’on croit dans le symbole est d’une éternelle et immuable vérité » ; « veut-on que la Synagogue ait été dans ces obscurcissements tellement abandonnée, que Dieu ne lui laissât aucune visibilité, en sorte qu’on la perdit de vue et que le fidèle ne sût plus à quoi se prendre dans sa communion ? ») que Massillon : « Jésus-Christ.... a donné à son Église un caractère éclatant de visibilité, auquel on ne peut se méprendre ».

Dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35), les académiciens renoncent à illustrer le sens de visibilité par l’exemple du « caractère distinctif de l’Eglise catholique », ce à quoi a été réduit ce nom pendant deux siècles. Ils ne relèvent plus que les sens « modernes », c’est-à-dire techniques ou scientifiques, comme si la théologie catholique s’était effacée ou comme s’ils entendaient la faire disparaître de France. Ce sont, comme « terme de physique », la « propriété qu’ont les corps de pouvoir être aperçus par le moyen du sens de la vue » (sens relevé d’abord par Littré, Dictionnaire de la langue française) ; comme « terme de météorologie », « l’état de l’atmosphère permettant de voir à une distance plus ou moins grande » et « aujourd’hui, pour les aviateurs, la visibilité sera bonne, médiocre, mauvaise ». Dans le Trésor de la langue française (1971-94), les sens scientifiques et techniques (« possibilité pour un objet d’être perçu par le sens de la vue » ; « fait d’être aisément perçu dans sa structure, ses détails » ; « champ de vision du conducteur composé de secteurs angulaires » ; « facteur de visibilité » ; « distance de visibilité » ou « distance maximale où porte la vue en fonction du profil de la route, des obstacles », « croisement, virage sans visibilité » ; et toujours la visibilité météorologique) occultent en partie le sens métaphysique, lequel s’éteint peu à peu ou est peu à peu effacé : « possibilité pour une chose non matérielle de se manifester aux sens, à l’esprit », comme dans cet extrait de Chateaubriand (« la religion du Verbe est la manifestation de la Vérité, comme la création est la visibilité de Dieu ») ou du théologien Karl Barth : « ne laissons pas incorporer le divin, ne laissons pas relativiser l’absolu, ne laissons pas matérialiser l’esprit. Tous ceux qui protestent de la sorte ont fait la belle découverte que visibilité signifie précision concrète, humanité ; et (...) l’humanité sur toute la ligne signifie petitesse, folie, méchanceté et difformité (...). Dès lors la visibilité de l’Église est un scandale ».

Ce théologien résume en quelques mots l’évolution qu’a subie le nom visibilité en un siècle et demi. Pourtant, il occulte, dans sa réflexion, un fait majeur. Alors que la visibilité de l’Eglise est devenue un scandale, celle de l’islam va désormais de soi, de même que celle des prétendues « minorités » qui ont l’heur de ne pas être « leucodermes ». En effet, il est des théologiens retors, qui ne lâchent pas le morceau qu’ils ont saisi de leurs crocs et qui tiennent la République laïque pour pet de lapin, établis en France depuis quelques années seulement pour y encadrer les nouvelles colonies islamiques, et qui, eux, revendiquent pour l’islam de plus en plus de visibilité ou toujours plus de visibilité (c’est d’ailleurs ce terme catholique, délaissé et abandonné, qu’ils s’approprient cyniquement), et surtout dans l’espace public : toujours plus de mosquées, de salles de prière dans les lieux de travail et d’étude, de voiles obligatoires, de barbes, de kamis, de burquas, d’uniformes islamiques, et cela pour bien signifier aux indigènes qu’une partie croissante de leur pays est désormais la propriété de l’islam. Les prétendues « minorités » singent ces théologiens. Pourquoi se gêner, puisque les autorités légales non seulement cèdent à toutes ces revendications, mais souvent les devancent ou même les suggèrent ?

 

Commentaires

Citoyen Arouet,

L'un de vos collègues, le citoyen Du Bellay, vers la deuxième moitié du XVIe siècle, a tenu des propos semblables dans un langage un tantinet plus poétique:

Sonnet XXX
Comme le champ semé en verdure foisonne,
De verdure se hausse en tuyau verdissant,
Du tuyau se hérisse en épi florissant,
D'épi jaunit en grain, que le chaud assaisonne :

Et comme en la saison le rustique moissonne
Les ondoyants cheveux du sillon blondissant,
Les met d'ordre en javelle, et du blé jaunissant
Sur le champ dépouillé mille gerbes façonne :

Ainsi de peu à peu crût l'empire Romain,
Tant qu'il fut dépouillé par la barbare main,
Qui ne laissa de lui que ces marques antiques

Que chacun va pillant : comme on voit le glaneur
Cheminant pas à pas recueillir les reliques
De ce qui va tombant après le moissonneur.

Sonnet XXXI
De ce qu'on ne voit plus qu'une vague campagne
Où tout l'orgueil du monde on a vu quelquefois,
Tu n'en es pas coupable, ô quiconque tu sois
Que le Tigre et le Nil, Gange et Euphrate baigne :

Coupables n'en sont pas l'Afrique ni l'Espagne,
Ni ce peuple qui tient les rivages anglais,
Ni ce brave soldat qui boit le Rhin gaulois,
Ni cet autre guerrier, nourrisson d'Allemagne.

Tu en es seule cause, ô civile fureur,
Qui semant par les champs l'émathienne horreur,
Armas le propre gendre encontre son beau-père :

Afin qu'étant venue à son degré plus haut,
La Romaine grandeur, trop longuement prospère,
Se vît ruer à bas d'un plus horrible saut.

Écrit par : Pierre-André Rosset | 18 novembre 2008

Merci de toutes ces références et de vos remarques justes, dont j'essaie de tenir compte.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 18 novembre 2008

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