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19 novembre 2008

Prospection

 

 

Dérivé du verbe prospecter, ce nom traduit le nom anglais prospecting qui désigne la prospection minière. Il est attesté en 1874 au sens de « recherche d’un terrain contenant de l’or » (in Journal officiel). Littré l’enregistre dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77) : « terme de mineur dans les placers » ; et les académiciens dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire : « terme didactique », se contentant de la simple définition : « action de prospecter ».

Comme beaucoup de termes techniques, le nom prospection s’étend au cours du XXe siècle à d’autres réalités que la recherche d’or ou de pétrole. En 1931, le poète Paul Valéry y donne le sens de « recherche » ou « d’exploration », quel qu’en soit le domaine. Cette extension est notée dans le Trésor de la langue française (1971-94). C’est non seulement la « recherche de richesses naturelles du sol ou du sous-sol en vue de leur exploitation, dans une région déterminée et avec des moyens techniques appropriés » (« grumes, coupes de bois, uranium, etc.), la prospection pouvant être « géochimique, géophysique, gravimétrique, magnétique, sismique, électrique, d’une région, d’un gisement, du sous-sol, des sols, minière, pétrolière, etc. », mais aussi toute recherche de lieux où résider dans une région, d’appartements, de villas, etc. et même la recherche d’adhérents à un parti ou de sympathisants à une cause ou de clients, activité sociale, s’il en fut, dans une ville ou une région, comme dans cet extrait de 1939 : « imitant les procédés de l’Action française, L’Humanité a recours le dimanche à des camelots bénévoles et vigilants, qui font une prospection habile de la clientèle des sympathisants ». Pour les psychologues, qui s’emparent de ce terme technique, c’est la « conscience en tant qu’elle est orientée vers le futur » : en ce cas, elle est le contraire de la « rétrospection ». Prospection devient aussi un terme de commerce : « étude de marché et / ou promotion des ventes auprès d’un groupe déterminé de clients potentiels ». La prospection porte sur les débouchés ou un marché, elle peut être ou non « téléphonique » et « ciblée sur une ville » et une région.

Le succès de prospection est tel qu’il rend nécessaire la formation d’un nouveau mot, dont il a longtemps exprimé le sens : prospective, attesté en 1957, issu de la substantivation de l’adjectif prospectif, lequel est employé aux XIVe-XVe siècle au sens de « faculté de prévoir, perspective, vue ». C’est la « discipline qui se propose de concevoir et de représenter les mutations et les formes possibles d’organisation socio-économiques d’une société ou d’un secteur d’activité dans un avenir éloigné, et de définir des choix et des objectifs à long terme pour les prévisions à court ou moyen terme » (in Trésor de la langue française). Elle a pour synonyme futurologie et porte surtout sur l’économie, donnant même naissance à une nouvelle profession : prospectiviste ou « spécialiste de la prospective ». Jadis, le futur n’était connu que de Dieu – du moins, si l’on en croit les théologiens des siècles classiques ; aujourd’hui, il peut l’être, non pas par homo vulgaris, mais par les seuls économistes spécialisés dans la prospective. On a pu, dans un passé récent, se gausser de la justesse de leurs prédictions farfelues.

 

 

Commentaires

En 1970, quand l'Occident chrétien était riche, nous nous gavions de prospective dans la Business School que je fréquentais. Aujourd'hui, nous vivons au jour le jour en devant accepter le tumulte de forces cosmiques qu'il faut reconnaître ne pouvoir dominer. Contraints et forcés, nous endossons enfin le costume du sage taoïste, que les constructions acrobatiques de la raison (modèle Socrate ou Descartes) n'ont jamais ébranlé en près de 2500 ans.

Écrit par : Pierre-André Rosset | 19 novembre 2008

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