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29 novembre 2008

Récolement

 

Les furieux et furieuses du PS, parti dit démocratique par antiphrase (ils se gargarisent des mots démocratie, démocratiser, démocratique, démocratisation, etc. pour la montre et ils ne donnent des leçons de démocratie au monde entier que par ironie), ont deux grands mérites : le dévoilement (ils apparaissent pour ce qu’ils sont) et l'exhumation de la langue du droit du vieux mot récolement, dérivé du verbe récoler (synonyme inventorier, selon les rédacteurs du Trésor de la langue française, 1971-94 : « récoler un inventaire, une bibliothèque, une coupe de bois ; huissier récolant les meubles saisis »), lui-même emprunté du latin classique recolere, qui se traduit par « pratiquer de nouveau » et « repasser dans son esprit, passer en revue ».

Ce nom est attesté à la fin du XIVe siècle. Il désigne le dénombrement fait par un fonctionnaire et, un siècle plus tard, il est employé comme terme de jurisprudence au sens « d’action par laquelle on récole des témoins » (id est, on relit la déposition qu’ils ont faites pour vérifier s’ils en maintiennent les termes). Dans son Dictionnaire universel (1690), Furetière le relève avec ce sens : « comparaison de l’état réel des meubles inventoriés avec les déclarations portées sur l’inventaire ». Récolement entre dans la langue de l’administration des Eaux et Forêts (1690), dans celle de la construction (1869), dans celle des bibliothécaires (« vérification qu’on fait dans une bibliothèque pour s’assurer que tous les ouvrages sont bien en place », 1913), dans celle des experts en alcools forts (1936, « détermination de la quantité d’alcool que renferment les spiritueux représentés par un bouilleur »).

Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), seul le sens propre à la jurisprudence, attesté à la fin du XVe siècle, est relevé : « action par laquelle on récole les témoins » (exemple : « faire le récolement ; après le récolement et la confrontation »). Deux tiers de siècle plus tard (1762, quatrième édition ; 1798, cinquième édition), il est ajouté à ce sens l’emploi de ce terme dans l’administration ou dans la langue des huissiers : « on dit aussi en termes de pratique faire le récolement d’un inventaire pour dire vérifier tous les effets, tous les papiers contenus dans un inventaire » ; ou dans celui de l’administration des Eaux et Forêts : « il se dit aussi du procès verbal de visite que font les officiers des Eaux et Forêts pour vérifier si une coupe de bois a été faite conformément aux ordonnances » - sens que Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) recense aussi.

La Révolution a bouleversé la justice de l’Ancien Régime : non seulement les lois, les fonctions, l’organisation, mais aussi la langue. Dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35), le sens défini en 1694 est celui de « l’ancienne jurisprudence ». Ce n’est plus l’action par laquelle on récole les témoins, mais « l’action par laquelle on récolait les témoins ». Le mot et la chose sont renvoyés à un passé révolu. Il ne reste plus que le « terme de procédure » (faire le récolement d'un inventaire) ou le « procès-verbal de visite que font les agents de l’administration forestière, pour vérifier si une coupe de bois a été faite conformément aux ordonnances ». Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) illustre le récolement de témoins par un extrait de Voltaire (Dictionnaire philosophique) qui révèle en quoi consistait la procédure : « ces témoins sont entendus une seconde fois, toujours en secret, ce qui s’appelle récolement ; et, si, après le récolement, ils se rétractent de leurs dépositions, ou s’ils les changent dans des circonstances essentielles, ils sont punis comme faux témoins ». Les emplois déjà recensés (terme de procédure, procès-verbal des agents de l’administration forestière) sont complétés par un nouvel emploi : « dans une construction neuve », le récolement est « la constatation de l’alignement fixé par l’administration ». Ce sens n’est pas relevé dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), où un nouveau sens apparaît : « il se dit aussi de la vérification que l’on fait dans une bibliothèque pour s’assurer que tous les ouvrages portés à l’inventaire sont bien en place et complets ». Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) procèdent à une grande simplification : les trois ou quatre sens recensés dans les dictionnaires antérieurs sont réduits à un seul : dans la langue du droit et de l’administration, c’est « l’opération qui consiste à dénombrer un ensemble d’objets répertoriés dans un inventaire, ou à vérifier la conformité d’une opération, d’un objet à un ensemble de règlements ou de prescriptions contractuelles ; et par métonymie, le procès-verbal de cette opération » (exemple : « récolement d’inventaire, des meubles saisis, d’une coupe de bois »).

Chez les socialistes, la démocratie cache magouilles, tricheries, abus de confiance, détournement de voix, etc. Elle est, comme chez Dom Juan, l’ample manteau sous lequel s’avance le vice. Quant aux mots dont ils usent, récolement par exemple au lieu de litige, vérification ou contrôle, ils mettent au jour leur être même : bureaucrates procéduriers, dont on n’attend plus, comme des huissiers de justice, que leur propre récolement.

 

Commentaires

On pourrait alors leur conseiller une récollection citoyenne & solidaire.

Écrit par : P.A.R | 01 décembre 2008

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