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13 décembre 2008

Clôturer et clore

 

Dérivé de clôture, clôturer est attesté pour la première fois dans le Dictionnaire critique de la langue française de Féraud (1787-88) au sens de « mettre fin à ». De ce verbe, Féraud précise : « il ne se dit qu'en parlant d’un compte, d’un inventaire, et il n’est d’usage qu’au Palais » (comprendre : c’est un terme de justice) et il ajoute que « l’Académie ne le met pas », ce dont il faut comprendre qu’il n’est pas enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française et qu’il ne l’est qu’à compter de la neuvième édition en cours de publication. En 1795, clôturer est attesté dans le sens « entourer d’une clôture », de sorte que Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) définit les deux sens « arrêter un compte, un inventaire, un registre » et, dans le Supplément de 1877, « fermer d’une clôture ».

Littré est le premier à signaler l’extension de ce terme de justice (« il n’est d’usage qu’au palais ») à la politique : « dans le style parlementaire, clôturer les débats : en prononcer la clôture », emploi que les académiciens ont rejeté à plusieurs reprises, non sans raison, évidemment. Dans leur Dictionnaire (neuvième édition, en cours), clôturer est suivi du seul sens : « enclore, entourer d’une clôture », l’emploi dans la justice et la comptabilité (« clôturer un compte, un inventaire ») n’étant même pas relevé. Il est précisé que « ce verbe n’a pas d’emploi figuré » et que, « dans le sens de « terminer », on ne doit pas employer clôturer mais clore ou des périphrases telles que mettre fin à, mettre un terme à », comme dans ces exemples « clore un débat, une séance, un congrès ». On comprend la position des académiciens. A partir du moment où ils excluent de la définition de clôturer le sens le plus ancien, « mettre fin à », dans clôturer un compte ou un inventaire et qu’ils bornent le sens de ce verbe à « entourer d’une clôture », il est logique qu’ils rejettent l’emploi de clôturer dans clôturer les débats au sens de « mettre fin à ». De fait, cet emploi a suscité de nombreux débats, comme l’atteste l’article clôturer du Trésor de la langue française (1971-94), dans lequel est relevé le sens figuré « mettre un terme à », dans les emplois suivants : « Clôturer un inventaire, une série, un débat, une fête, une journée, une saison ». Alors que les académiciens rejettent clore dans clôturer un débat, une séance, un congrès (communiqué publié en 1964), des grammairiens constatent que l’usage en est fort répandu et que « clôturer un débat, ce n’est pas le clore, mais en prononcer la clôture ». Dupré (1972) juge que « clôturer une activité sociale, c’est y mettre fin d’une façon théorique » et que « cette fin juridique ou théorique peut très bien ne pas coïncider avec la fin réelle des débats, de la session, de la fête, de la saison, etc. ».

Le fait est que clore au sens de « terminer » est attesté à la forme pronominale en 1405 (se clore, « se terminer », en parlant de comptes ») et que clore dans clore un débat, une séance, un colloque, etc. est plus ancien que clôturer. Dans les plus anciennes éditions du Dictionnaire de l’Académie française (1694, 1718, 1740, 1762, 1798, 1832-35, 1878, 1932-35), est exposé ce sens-là : « achever et terminer », comme dans les exemples : clore une affaire, un traité, un inventaire, un état, un testament, un marché, un rôle, un compte, un Concile, une assemblée, le pas dans les joutes et tournois. Dans la sixième édition (1832-35), les académiciens précisent que clore « signifie particulièrement déclarer terminé », comme dans les exemples « clore une discussion dans une assemblée délibérante, clore la session des chambres », sens que Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) relève aussi : « déclarer terminé » (exemple : « clore une discussion dans une assemblée ») et que les académiciens dans la neuvième édition de leur Dictionnaire exposent ainsi : « au figuré, arrêter, terminer » (clore un débat, une négociation, un inventaire, un compte, un marché, un procès-verbal, un rôle, un dossier, une enquête) et « spécialement, marquer la fin de, déclarer terminé : clore la session parlementaire, les débats de la Chambre ; clore la séance, la déclarer levée ».

Littré note dans une remarque que « des grammairiens se sont plaints qu’on laissât sans raison tomber en désuétude plusieurs formes du verbe clore. Pourquoi en effet ne dirait-on pas : nous closons, vous closez ; l’imparfait, je closais ; le prétérit défini, je closis, et l’imparfait du subjonctif, je closisse ? Ces formes n’ont rien de rude ni d’étrange, et il serait bon que l’usage ne les abandonnât pas ». Il semble que l’usage les ait abandonnées et que de nombreuses formes fassent défaut à ce verbe, comme le notent d’ailleurs les académiciens dès 1694. Il ne faudrait pas que cette défectivité morphologique s’étende aux emplois et que, dans ses emplois les plus anciens, ce verbe soit concurrencé par un verbe plus récent, sous le prétexte que le nouveau venu ou le tard venu clôturer est plus facile à conjuguer que clore.

 

 

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