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22 décembre 2008

Pacification

 

Dans le Dictionnaire latin français (Gaffiot, 1934), le nom pacificatio est traduit par « retour à la paix, accommodement, réconciliation » et c’est dans ce même sens que pacification est attesté dans la première moitié du XIVe siècle : « action de faire cesser les différends entre particuliers », puis un peu plus d’un siècle plus tard : « rétablissement de la paix publique ». La définition de la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), « rétablissement de la paix », très générale, est à peine éclairée par les exemples « édit de pacification, la pacification des troubles, des différends ». Celle de la quatrième édition (1762) et des éditions suivantes (1798, 1832-35) est plus précise. Elle distingue la fin des troubles qui ont tout d’une guerre civile (« rétablissement de la paix dans un État agité par des dissensions intestines », travailler à la pacification des troubles) de la fin des différends entre particuliers : « il se dit aussi en parlant du soin qu’on prend pour apaiser des dissensions domestiques, ou des différends entre des particuliers » (c'est lui qui a travaillé à la pacification de leurs différends). La pacification est le rétablissement de la paix, à l’intérieur d’un Etat, et la fin des conflits armés entre factions ou la fin des conflits entre familles ou villages ou, à l’intérieur des familles, entre membres d’une même famille. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) reprend cette distinction. Pacification a deux sens différents, suivant qu'il s’applique aux conflits publics (les guerres de religion du XVIe siècle par exemple) ou aux dissensions domestiques. La paix dans les ménages ou dans les familles n’est pas ou ne serait pas de même nature que la paix entre factions, sectes, partis. C’est dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) qu’est relevé l’emploi étendu de ce nom : « par extension, la pacification des esprits », les esprits en question n’étant pas ceux des arbres ou des morts ou des jaguars, mais ceux des hommes.

Quoi qu’il en soit, le mot ne s’applique pas aux relations entre Etats souverains, lesquels signent entre eux des traités de paix, mais ne cherchent pas à rétablir la paix chez le voisin, sauf depuis qu’ils ont faite leur la doctrine de l’ingérence, comme récemment en Bosnie, en Irak, en Afghanistan ou au Kosovo, etc. De fait, c’est très justement que ce nom a été employé pour désigner les événements qui ont ensanglanté les trois départements d’Algérie entre 1954 et 1962. Du point de vue de la France, c’était une pacification, l’armée de la France ne pouvant pas faire la guerre à ses propres ressortissants. La paix a été rétablie tant bien que mal – en partie ou plutôt mal que bien. Du point de vue du FLN et de l’ALN, à la pacification, a répondu la guerre (ou inversement) : en fait, le djihad – le combat sur le chemin d’Allah. C’est ainsi d’ailleurs que De Gaulle, en 1959, emploie pacification : « grâce au progrès de la pacification, au progrès démocratique, au progrès social, on peut maintenant envisager le jour où les hommes et les femmes qui habitent l’Algérie seront en mesure de décider de leur destin, une fois pour toutes, librement, en connaissance de cause ». Certes, la pacification a été cruelle, mais l’atrocité des crimes commis, par l’un et l’autre camp, ne suffit pas à justifier le nom guerre, qui a été rendu obligatoire (la guerre d’Algérie) par les bien pensants, sauf à adopter le point de vue algérien. Auquel cas, le terme exact serait djihad. Même les académiciens dans la neuvième édition de leur Dictionnaire tombent dans le piège des mots. Le nom pacification est défini ainsi : « action de pacifier une région, un pays, d’y rétablir la paix, l’ordre ». D’un point de vue historique, on nomme édits de pacification les édits promulgués par les rois de France, au XVIe siècle, pour tenter de mettre fin aux guerres de Religion ». L’article est couronné de cette remarque : « pacification est parfois utilisé par euphémisme pour légitimer des opérations de répression brutale, des interventions en pays étranger » (exemple : la pacification du Rif – dans les années 1920), le Rif se trouvant au Maroc, protectorat français et espagnol. Certes, la pacification, comme en Algérie trente ans plus tard, a été atroce, mais la cruauté des combats n’implique pas que le mot soit un euphémisme. Le rétablissement de la paix civile dans une province ou dans un département peut occasionner de nombreux morts – et des morts innocents -, mais cela ne fait pas une guerre. Il est des guerres en dentelle qui font peu de morts et qui n’en sont pas moins des guerres et des pacifications sanguinaires qui, en dépit des milliers de morts qu’elles entraînent, n’en sont pas moins des pacifications.   

 

Commentaires

"ci vis pacem, para bellum et kalaschnikovum"

Écrit par : P.A.R. | 22 décembre 2008

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