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25 décembre 2008

Economie

 

 

En latin, oeconomia, dont est emprunté économie, est attesté dans Quintilien (De institutione oratoria) au seul sens de « disposition, arrangement (dans une œuvre littéraire) ». Gaffiot (Dictionnaire latin français) ne cite pas d’autre écrivain qui aurait employé ce mot. Alors que la forme est empruntée du latin, le sens, lui, est emprunté du grec : « ce mot, écrit Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) vient de deux mots grecs, oikos, maison, et nomos, loi et il ne signifie originairement que le sage et légitime gouvernement de la maison, pour le bien commun de toute la famille ». C’est Oresme, ce grand penseur du XIVe siècle, qui l’emploie le premier en français et dans ce sens : « l’économie est art de gouverner un hôtel (id est une grande maison) et les appartenances pour acquérir richesses ». C’est ce sens qui est défini dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 (première édition : « l’ordre, la règle qu’on apporte dans la conduite d’un ménage, dans la dépense d’une maison : avoir de l’oeconomie - le mot s’écrit ainsi jusqu’en 1740 -, entendre l’oeconomie, il a de l’oeconomie dans sa dépense, il n’a point d’oeconomie) à 1832-35 (sixième édition : « ordre, règle qu’on apporte dans la conduite d’un ménage, dans la dépense d’une maison, dans l’administration d’un bien ; entendre l’économie, on voit régner chez lui une économie admirable, l’économie domestique »). De la maison, le mot s’étend à l’Etat : « Oeconomie se dit figurément de l’ordre par lequel un corps politique subsiste principalement » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, exemple : « c’est renverser toute l’oeconomie d’un Etat, d’une République »).

C’est en 1665, dans La Rochefoucauld, que le mot, qui, jusque-là, désignait l’art de gérer son ménage, désigne une vertu morale, à savoir « l’épargne dans la dépense », dont la bourgeoisie a fait une vertu sociale, du moins jusqu’à ce qu’elle fasse entrer l’Occident et le monde entier dans l’ère de la consommation sans limite, vertu que la noblesse française d’Ancien Régime ne tient pas pour une vertu et dont elle se démarque, comme l’attestent les réserves exprimées par les académiciens en 1694 : « on dit qu’un homme vit avec trop d’oeconomie pour dire qu’il vit avec trop d’épargne » et « on dit des retranchements qu’on fait mal à propos sur certaines petites choses que c’est une oeconomie mal entendue, une mauvaise oeconomie » (1762, 1798), les académiciens en 1832-35 (sixième édition) se contentant de citer les exemples vivre avec trop d’économie, une économie mal entendue, une mauvaise économie et renonçant à (mal) juger cette vertu bourgeoise, signe sans doute qu’en 1830, la bourgeoisie, qui a éliminé la noblesse, a imposé aussi ses valeurs morales. Le premier sens défini dans la huitième édition (1932-35) est « épargne dans la dépense ». Les académiciens ont fait leurs les valeurs bourgeoises. C’est aussi dans la sixième édition qu’est relevé l’emploi d’économies au pluriel : « on l’applique surtout à la chose même qui est épargnée, mise en réserve. Faire des économies. Le montant de ses petites économies. Proverbialement et figurément, c’est une économie de bouts de chandelles se dit d’une épargne sordide en de petites choses ».

Le sens latin n’a pas disparu : les académiciens le relèvent de la première édition (1694 : « il se dit aussi figurément de l’harmonie qui est entre les différentes parties, les différentes qualités du corps physique ; il se dit encore figurément de la disposition d’un dessein, de la distribution d’un discours d’une pièce d’éloquence ») à la neuvième édition, en cours de publication : « harmonie existant entre les différentes parties d’un corps organisé, tendant à en assurer le bon fonctionnement » et « spécialement, disposition équilibrée des parties qui composent un ouvrage littéraire ou scientifique, une œuvre d’art ».

Telle est jusqu’au début du XIXe siècle l’économie de ce mot. Certes en 1788, Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) note que le sens originel (« le sage et légitime gouvernement de la maison, pour le bien commun de toute la famille ») « a été étendu au gouvernement de la grande famille, qui est l’État » et que « pour distinguer ces deux acceptions, on l’appelle, dans ce dernier sens, économie générale ou politique (le second est plus usité) ; et dans l’autre, économie domestique ou particulière », si bien que « quand on dit économie tout seul, on entend toujours la dernière ». Autrement dit, le développement des significations politiques et sociales, puis morales, d’économie, fait peu à peu éclater l’harmonie sémantique du mot. Cela apparait clairement dans l’article que Littré y consacre dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77). Le premier sens défini est celui des économistes, et non plus celui des chefs de famille. C’est « le bon ordre dans la conduite et l’administration de tout établissement qui s’alimente par la production et la consommation », ce qu’illustrent des extraits de Jean-Baptiste Say, le premier économiste français du XIXe siècle : « l’économie est le jugement appliqué aux consommations » ; « l’économie ne veut rien consommer en vain ; l’avarice ne veut rien consommer du tout ». L’économie domestique ou privée (celle d’Oresme) est distinguée de l’économie rurale (« ensemble des règles et des moyens qui font obtenir de la terre la plus grande somme de produits, aux moindres frais, et pendant un temps indéterminé »), de « l’économie politique » : « science qui traite de la production, de la distribution et de la consommation des richesses » (Say : « l’économie politique regarde les intérêts de quelque nation que ce soit, ou de la société en général » ; « l’économie politique n’est pas autre chose que l’économie de la société »), de l’économie publique ou nationale (« observations et règles qui concernent les intérêts d’une nation considérée en particulier »), de l’économie sociale (« ensemble des conditions morales et matérielles des sociétés »), de l’économie industrielle (« ensemble des moyens et des règles de la production industrielle » : « l’économie industrielle n’est, selon J-B Say, que l’application de l’économie politique aux choses qui tiennent à l’industrie »). Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, l’économie est l’affaire des seuls ménages ; au XIXe siècle, elle cesse d’être une affaire privée pour devenir la grande affaire publique, au point qu’elle finit par absorber la politique et le social. L’économie était un art (de gérer ses propres affaires) et une vertu. Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) décident de séparer les deux sens en distinguant deux homonymes : économie 1 au sens « d’art de gérer » et économie 2 au sens « d’art de réduire la dépense ». Même si le mot art sert à gloser les deux sens, la science est séparée de la morale. D’ailleurs, le sens premier, celui dans lequel Oresme emploie économie (« art de gérer sagement une maison, un ménage, d’administrer un bien ») est mentionné comme vieilli. Les sens qui sont attachés à l’ancienne France disparue peu à peu s’évanouissent, à jamais sans doute.

A la différence des linguistes du Trésor de la langue française, les académiciens (neuvième édition) décident de ne pas scinder économie en deux homonymes et préfèrent traiter dans un même article les divers sens du mot, qu’ils répartissent dans trois ensembles : « domaine privé » ; « domaine public » et « harmonie entre les parties d’un corps organisé ». Si firent que sages, auraient conclu des poètes du Moyen Age. Ils ont ainsi conservé le lien ténu entre une vertu et un art de gérer les choses, privées ou publiques – ce dont nos brillants économistes devraient se souvenir, ainsi que ceux qu’ils ont initiés à leur science.

 

 

Commentaires

1
écoumène oekoumène

intéressant de noter l'origine commune
( et non surprenante ) entre
OEKOnomie & OEKOlogie .

- l'économie ne peut aller sans les bases de l'environnement et son respect !

- et Vice-Versa

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2 VICE-VERSA
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3 VICE / VICIEUX [ vieux ]
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Écrit par : âme ( peu) aidée | 26 décembre 2008

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ACOLYTAT
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ALLELUIA
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ANTHROPISER
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AVENEMENT AVENT
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CANONISATION
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Célébrité # Les célébrités
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DECHANTER [ Cesser de chanter )
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DEVORERIE [ LA GRANDE...... ]
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DIACRE
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ELFICOLOGUE
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ETRENNES ETRENNER
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INTERSTICE
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INTERSTITIUM
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LECTORAT LECTOR
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Légende
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MUSEOGRAPHIE
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PETITION / PETITIONNAIRE [ PASSIBLE D HOPITAL PSYCHIATRIQUE EN CHINE DEMOCRATIQUE]
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PLEURNICHERIE [ SANGLOT DE L HOMME BLANC ]
PLEURNICHER
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RIPAILLE [ AU CHATEAU ]

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SABBAT DES CHATS
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SATURNALES
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SOLLICITOR SOLLICITATION
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SOLSTICE { # INTERSTICE } STICE
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TRépassé TREPASSER TRépas
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VALORISATION
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je reécoute
L'enfance du Christ de BERLIOZ

c'est vraiment .................

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Écrit par : âme ( peu) aidée | 26 décembre 2008

PS : In das text ..

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de gérer CES propres affaires ???

ou SES ..................

Écrit par : âme ( peu) aidée | 26 décembre 2008

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CADEAU
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CONTRARIEN
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CONVICTION CONVICT
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EFFONDREMENT EFFONDRER
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ENCADREMENT
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Ephémérides
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EXCESSIF
--------------------------------------------------------------
FESTIF
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LISTER Listé
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PESSIMISME
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PROSPERITE
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RETROUVAILLES
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SANTé
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VISION VISIONS
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Écrit par : âme ( peu) aidée | 26 décembre 2008

Merci de cette aide. Vous avez raison : il faut lire "ses" (propres affaires) et non pas "ces".

Écrit par : Arouet Le Jeune | 26 décembre 2008

Dans sa chasse aux lexicotrafiquants, le Patriarche de Ferney croise sans le savoir - mais qu'ignore-t-il encore ? - une piste tracée voilà un peu plus de cent ans par un Charles Péguy consterné de voir la politique remplacer le Mythe; ce qui nous autorise à nouveau de faire une entorse au continuum obligé, par un Facebook spatio-temporel:

"[...] Nous n'entendons pas remplacer, suppléer, remettre au magasin les vieux sentiments qui ont fait la joie ou la consolation, le bonheur et la beauté du monde. Nous n'avons pas des sentiments nouveaux qui remplaceraient l'antique amour, l'amitié, les affections, les sentiments et les passions de l'amour, les sentiments et les passions de l'art, des sciences, de la philosophie. Nous ne sommes pas des dieux qui créons des mondes. Nous voulons devenir des économes utiles, des gérants avisés, des ménagers diligents. Nous ne demandons pas à créer des animalités ni des humanités, mais modestes nous demandons que les biens économiques de la présente humanité soient administrés pour le mieux, afin que la servitude économique étant soulevée des nuques, les têtes libres se redressent, les corps vivent en santé, les âmes aussi. Nous sommes avant tout modestes. Un socialisme orgueilleux serait une aberration. Un métaphysique serait criminel ou fou."
(Charles Péguy, "De la Raison", Folio/essais, 2001)

A propos: j'étais à Coppet pour le Réveillon de Noël; Germaine et Benjamin vous font leurs amitiés, à vous et à Madame Denis sans oublier Monsieur Amédée.

Écrit par : P.A.R. | 26 décembre 2008

Merci pour ces belles références : celles de Rousseau aussi sur la langue française inapte à la musique.
Mme du Châtelet avec qui nous avons passé une agréable nuit de Noël vous adresse ses amitiés, à vous et à tous vos amis de Coppet.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 26 décembre 2008

Savez-vous que depuis trois fenêtres de mon appartement j'ai vue sur une maison où vous séjournâtes assez longtemps pour laisser trace sous forme d'une rue à votre nom (de plume) ?
A défaut du Prix Nobel de Machinchose, un toponyme vaut mieux que ceinture dorée, comme dit le proverbe phénicien.
Qu'en pense Monsieur Amédée ? Qui pourrait aussi nous toucher un mot au sujet des "Roses de Picardie".

Écrit par : P.A.R. | 26 décembre 2008

La chanson de Craonne m 'émeut encore plus !

pour 2009 ,ce serait bien de pouvoir établir
en haut de chacune des listes alphabétiques de
mots étudiés
LA LISTE RECAPITULATIVE
des mots traités , par lettre

le nombre devenant considérable ,
il devient quasi rebutant de consulter une liste !

Merci

Écrit par : âme ( peu) aidée | 27 décembre 2008

égayer

s'égayer
j'aime le mot
EGAYOIR qui était réservé à nos boeufs et chevaux
.

Écrit par : âme ( peu) aidée | 27 décembre 2008

Dans ce cas, vous allez être contraint de créer une base de données; sans oublier les liens hypertexte, bien sûr. "Veel plezier !" comme on dit aux Pays-Bas.

Écrit par : P.A.R. | 27 décembre 2008

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