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26 décembre 2008

Berne, berner

 

Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), berne est défini ainsi : « espèce de jeu, où, soit par divertissement, soit par malice, on met quelqu’un dans une couverture pour le faire sauter en l’air » et le verbe berner a pour sens, au propre : « faire sauter quelqu’un en l’air avec une couverture, par jeu, ou par dérision », et au figuré : « traiter quelqu’un de ridicule, le railler avec mépris ».

Selon les étymologistes, le nom serait emprunté à l’espagnol bernia « manteau de femme », issu de Hibernia, nom latin de l’Irlande, ou d’origine arabe. Il est attesté en 1532 sous la forme bergne désignant une « sorte de manteau de femme » et en 1534 dans Rabelais sous la forme berne. Mais, dans le sens de « couverture sur laquelle on fait sauter quelqu’un pour se moquer de lui », attesté en 1646, il serait dérivé du verbe berner, attesté en 1486 au sens de « moquer » et dont l’étymologie fait l’objet d’innombrables débats, qu’il n’y a pas lieu ici d’exposer.

Quoi qu’il en soit, le nom berne est défini, de la première à la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française, par Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) et Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) de la même manière : « espèce de jeu, où quatre personnes, tenant les quatre bouts d’une couverture, mettent quelqu’un au milieu, et le font sauter en l’air » (1762), à la différence près qu’à compter de la huitième édition le verbe de la définition est à l’imparfait et que ce sens est tenu pour vieux dans la neuvième édition : « couverture tenue aux quatre coins, dans laquelle on faisait sauter quelqu’un en l’air, en guise de plaisanterie ou de brimade ».

C’est dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35) qu’est relevé pour la première fois le terme de marine (« pavillon en berne, pavillon hissé à la place ordinaire, mais roulé, et non déployé, soit en signe de deuil, soit comme signal de détresse »), que les académiciens tiennent pour le même mot que berne, « espère de jeu ». C’est aussi ce que pense Littré : « tour que l’on joue à quelqu’un en le faisant sauter en l’air sur une couverture ; terme de marine, pavillon en berne, pavillon hissé, mais roulé sur lui-même », le « pavillon hissé en berne étant un signal de deuil ou d’une détresse qui appelle un prompt secours ». Or, ce berne est tout autre que le premier. Attesté en 1676, il n’est pas emprunté à l’espagnol, mais au néerlandais berm, au sens de «bord», « parce que le pavillon glisse le long du mât » ou « parce que le pavillon, roulé sur lui-même, prend l’aspect d’un bord, d’un ourlet ».

C’est pourquoi les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) distinguent deux homonymes : le terme de marine, pavillon en berne, dont le sens a évolué, « deuil, signal de détresse, appel de l’équipage à bord, demande d’un pilote à l’entrée d’un port » ou par extension drapeau en berne (drapeau roulé sur lui-même, en signe de deuil) et le terme qui désigne une pièce d’étoffe ou un grand manteau sans manches ou la « brimade consistant à mettre quelqu’un dans une couverture et à le faire sauter en l’air ». Cette distinction est reprise dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication), alors que le verbe berner n’a pas changé de sens en plus de trois siècles. C’est aujourd’hui comme en 1694 : « (vieilli) soumettre à la brimade de la berne » et « tromper, duper en ridiculisant » et « spécialement, en racontant des balivernes ».

 

Commentaires

Quand j'entends le mot "néerlandais", je sors mon dictionnaire Van Dalen, et à la page 152 du tome II je trouve: berm=accotement, talus; ce qui n'expliquera rien du tout, hormis le fait que dans le pays où je paie mes impôts, l'espace entre les deux voies d'une autoroute est appelé "berme centrale".
Ceci dit, et s'il fallait chercher une quelconque relation avec le sens de "duperie" du verbe berner, il faut le voir dans le fait que mes aïeux se sont installés dans une région gouvernée par Emmanuel, puis Jacques de Savoie et ensuite envahie par les Bernois.

Écrit par : P.A.R. | 27 décembre 2008

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