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04 janvier 2009

Minorité

 

 

Ce nom, emprunté du latin minoritas en usage dans la langue juridique du Moyen Age, est attesté à la fin du XIVe siècle dans le sens de « situation d’une personne mineure » et il est défini ainsi dans les dictionnaires anciens : « état d’une personne mineure ou le temps pendant lequel on est mineur » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762, 1798, Dictionnaire critique de la langue française, Féraud, 1788). La définition est complétée de la remarque suivante : « on dit quelquefois minorité absolument, en parlant de la minorité des souverains ». Cette acception est exposée dans les éditions ultérieures du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35, 1878, 1932-35), dont celle qui est en cours de publication : « condition juridique d’une personne qui n’a pas atteint l’âge prescrit par la loi pour la majorité civile et qui, soumise à un régime de protection, n’est pas considérée en droit comme pleinement capable et responsable » et par extension, « période de la vie précédant l’âge de la majorité légale » (le mot « se dit particulièrement du temps pendant lequel un prince souverain ne peut, du fait de son âge, gouverner par lui-même »).

C’est au cours du XVIIIe siècle que le mot se charge d'un sens politique, emprunté de l’anglais minority, « groupe le moins important dans un vote » (1776 : « groupe qui réunit le moins grand nombre de suffrages »). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) remarque que « minorité, au sens de « moindre nombre », n’est pas dans les anciennes éditions du Dictionnaire de l’Académie » et que « c’est un mot venu d’Angleterre avec les débats parlementaires ». Ce sens est défini ainsi dans la cinquième édition, « révolutionnaire », du Dictionnaire de l’Académie française (1798 ) : « le petit nombre, par opposition à majorité, qui signifie le plus grand nombre. On appelle minorité d’une assemblée la partie moins nombreuse qui tâche de s’opposer à certaines opinions, certaines mesures préférées par la partie la plus nombreuse. Nombre inférieur à la moitié des votes. Il se dit aussi des membres même de l’assemblée. La minorité des votants ». Dans les sixième, septième, huitième éditions (1832-35, 1878, 1932-35) de ce même dictionnaire, les articles consacrés à minorité commencent par cette acception politique empruntée de l’anglais (c’est, à proprement parler, un néologisme sémantique), le sens juridique, empruntée du latin médiéval, étant présenté comme un complément : « minorité signifie aussi l’état d’une personne mineure ». A juste titre, ni Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), ni les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94), ni même les académiciens dans la neuvième édition, en cours de publication, de leur Dictionnaire ne suivent cette leçon. Ils exposent en premier le sens juridique : « 1. État d’une personne mineure. 2. Le petit nombre, par opposition à majorité » (Littré). Dans le vocabulaire politique de la France actuelle, minorité, entendu dans ce sens politique, a été remplacé par opposition, sauf dans quelques expressions, comme « mettre ou être en minorité ». Fait face à la majorité, non pas la minorité, mais l’opposition.

Dans l'emploi actuel et éminemment moderne (minorités visibles ou invisibles, minorités ethniques, raciales, religieuses, sexuelles, etc.), minorité est très souvent au pluriel. Le pluriel est une fiction verbale. Il laisse accroire que ces minorités sont si nombreuses qu’elles sont la majorité et qu’elles devraient légitimement exercer tous les pouvoirs, les droits dont elles sont abusivement privées (leur non reconnaissance, comme on dit dans le charabia moderne) étant la marque d’infamie qui condamne à mort et à terme la « société d’accueil ». Cet emploi est tout idéologique, comme tout ce qui est moderne, et il est tout récent. Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) datent la première attestation en droit international de 1976 : « groupement de personnes liées entre elles par des affinités religieuses, linguistiques, ethniques, politiques, englobées dans une population plus importante d’un État, de langue, d’ethnie, de religion, de politique différentes » (exemples : minorité blanche, culturelle, raciale ; la minorité catholique d’Irlande du Nord). Dans la neuvième édition (en cours) du Dictionnaire de l’Académie française, le mot, dans cet emploi, est défini ainsi, de façon quelque peu atténuée : « spécialement, ensemble de personnes qui, au sein d’une communauté nationale, présente certains particularismes » (exemples : minorité ethnique, linguistique, religieuse, la minorité copte d’Égypte). Une fois que la langue donne une existence à ces prétendues minorités, ne serait-ce qu’en les nommant, celles-ci peuvent exiger des droits nouveaux exorbitants ou ne plus relever de la loi commune.

 

L’exemple des coptes d’Egypte, cité par les académiciens, démontre en termes éloquents et qui ne demandent aucun commentaire l’imposture des revendications des prétendues minorités qui hurlent en France aujourd’hui à la discrimination, à l’apartheid, à la ségrégation. Les coptes sont des sous-citoyens, méprisés, haïs, leurs biens étant régulièrement la cible de pogroms destructeurs et eux-mêmes de ratonnades parfois meurtrières. Des droits leur sont refusés ; l’accès aux emplois publics leur est limité, etc. C’est une minorité menacée dans son être, dans ce qu’elle est depuis des millénaires, et ce par des populations en partie étrangères ou ayant fait cause commune avec les envahisseurs. Aucun scrupule ne retient pourtant les musulmans, les arabes et les noirs établis en France, à qui aucun droit n’est refusé, de s’instituer le plus bruyamment possible en minorité au même titre que les coptes d’Egypte et que les autres minorités chrétiennes du proche Orient, qui eux sont victimes de meurtres, d’exactions, de pogroms, de dénis de droit, d’une lente extinction dans leur propre pays.

 

 

Commentaires

Monsieur Amédée, vous qui comprenez les choses,

Je ne sais s'il vous est déjà arrrivé de prendre les transports en commun (comme ils disent), dans votre propre ville, dans une région que vos ancêtres arpentent depuis déjà six siècles et de vous retrouver seul passager de l'espèce indigène ?
Autant aller envahir les autres et réactualiser cette antique coutume européenne. Dans quatre ans, je vais m'installer définitivement en Chine, car ce peuple raffole de tout l'exotisme (de leur point de vue) se rapportant au passé de l'Occident décadent: les rois, les châteaux, luxe, calme & volupté. Ils vont me mettre dans une sorte de musée vivant, reconstitution du Petit Trianon, et je n'aurai rien d'autre à faire que de continuer à vivre comme nous le faisons depuis Hugues Capet, nourri, logé & blanchi.
Quelle belle retraite !

Écrit par : P.A.R. | 05 janvier 2009

* Genre ? o féminin o masculin
* Civilité ? o Mme o Mlle o M.
* Quel mot ? o mineur o majeur
Je pense que les trois lignes qui précèdent se suffisent à elles-même. Si la question ne me turlupine pas au point de m'interdire tout sommeil, la réponse m'intéresse.
brischri

Écrit par : brischri | 09 novembre 2009

Nous en sommes tous là.
Pour l'esprit humain, la question étant plus importante que la réponse, nous préférons attendre que le temps efface tout cela sous les sables de l'oubli.

Écrit par : Laolong | 09 novembre 2009

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