Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10 janvier 2009

Universalisme, universaliste

 

 

Ces deux mots sont des dérivés « savants » de l’adjectif universel. S’ils en avaient été dérivés hors de la science, c’est-à-dire sans passer par le latin, ils auraient été universelisme et universeliste, le a de la quatrième syllabe étant dû à universalis. Ils sont savants et évidemment modernes, aussi bien par leur formation à l’aide des suffixes isme et iste, qui fleurent bon la doctrine, le système, la conception du monde, l’idéologie, etc. que par leur emploi en religion, sur le modèle de l’anglais, puis en philosophie, universalisme étant attesté en 1823 au sens de « système de ceux qui n’admettent pour principe, pour autorité, que l’assentiment universel, ce que tous les hommes appellent bon ou beau, juste ou vrai » (cette définition est un concentré d’idéologie moderne : système, principe, assentiment universel, bon, beau, vrai, juste - c’est du BHL pur jus) et universaliste, un siècle et demi auparavant, en 1684, au sens de « partisan de la doctrine d’après laquelle Dieu a voulu la rédemption de tous les hommes » (in Traité de la vérité de la religion chrétienne), puis en 1757 comme nom pour désigner « celui qui possède des connaissances sur toutes choses », comme les Encyclopédistes, qui « sont astronomes, grammairiens, universalistes, si cela peut se dire ; ils savent tout ». Or, dans L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (1751-65), le nom ne désigne pas ceux qui ont rédigé ce grand dictionnaire : il est donné « parmi les protestants à ceux d’entre leurs théologiens qui soutiennent qu’il y a une grâce universelle et suffisante, offerte à tous les hommes pour opérer leur salut ; de ce nombre sont surtout les Arminiens, qui à leur tour ont donné le nom de particularistes à leurs adversaires ».

Ces deux mots ne sont relevés dans aucune des éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française (1694-1935). On ne sait pourquoi ils ont été écartés. Trop savants, trop peu fréquents ? Ou bien les académiciens ont-ils jugé que ce vocabulaire sentait trop fort la bigoterie moderne ? Ce serait leur prêter plus d’insolence qu’ils n’en ont jamais manifestée. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) qui, en sa qualité de positiviste, était en phase avec la verroterie, occultiste, spiritiste, scientiste à religiosité exacerbée, les relève évidemment. L’universalisme est « l’opinion des universalistes », ces derniers étant « les membres d’une secte dite aussi latitudinaire, croyant que les hommes sont sauvés, quelles que soient leurs opinions religieuses ». Dans le Supplément de 1877, la définition est complétée par ce sens, « doctrine qui embrasse l’universalité des choses », illustré de cet extrait : « nous montrerons que toutes les institutions primitives du christianisme sont animées de cet esprit ; nous verrons par quelle pente fatale il a promptement été entraîné à déchoir de cet universalisme » (1877). Employé comme adjectif, universaliste a le sens de « qui embrasse tout le monde » (exemple : « le christianisme, de bonne heure, voulut être une religion universaliste »).

Au XXe siècle, le triomphe pendant de longues décennies de divers universalismes, qu’ils soient ou non religieux ou qu’ils soient des ersatz dégradés de religion, les universalismes communiste, socialiste national, islamique, scientiste, technique, etc. a placé les mots universaliste et universalisme furieusement dans le vent de l’histoire, si bien qu’ils ont été étendus à d’autres ensembles qu’une secte protestante, comme l’attestent les articles qui y sont consacrés dans le Trésor de la langue française (1971-94) : à la franc-maçonnerie (« aspiration de l’ordre maçonnique à voir naître un monde fondé sur le consentement universel et sur l’affirmation d’un droit égal au bonheur de tous les peuples et de toutes les races » - rien que ça !) ou à la philosophie (« toute doctrine qui considère la réalité comme un tout unique, ce qui revient à dire universel, dans lequel les individus ne peuvent être isolés, si ce n’est par abstraction » - pas moins !). L’universalisme, en tant que « caractère universaliste d’une théorie, d’une doctrine, d’un système », est illustré par cet extrait de Maritain (1927) : « l’impérialisme bolchevique, avec son effort d’expansion mondiale, paraît annoncer l’époque où ne seront plus en présence ici-bas que l’universalisme de l’antéchrist et l’universalisme du Christ » ; et par cet autre du philosophe Jean Lacroix (1949 : « le communisme (...), dans la mesure du moins où il demeure fidèle à l’universalisme marxiste, consiste à croire que l’individu sera parfaitement réconcilié avec lui-même lorsqu’il sera intégralement réconcilié avec autrui »), qui était un vrai philosophe, comme l’avèrent les âneries qu’il a pu écrire, dont celle-ci : « à la différence de l’hitlérisme, le marxisme est un universalisme : nul en droit n’est exclu de son salut », sauf, bien entendu, les 85 ou 90 millions de sacrifiés qui en ont subi les fers. Les exemples qui illustrent dans le Trésor de la langue française le sens moderne de l’adjectif universaliste (« qui concerne, qui embrasse le monde entier, la totalité des hommes »), à savoir idéologie, religion universaliste ; caractère universaliste de la déclaration des droits de l’homme ; déclarations universalistes ; attitude universaliste à laquelle le médecin est tenu, sont le bouquet final des feux d’artifice modernes que tirent ces deux mots.

 

Commentaires

C'est beau et tragique à la fois, parce que c'est vrai.
Craignons les foudres de l'universalisme social-démocrate, mes frère en liberté individuelle, et créons un colonie aux antipodes, là où le glaive de l'Inique ne pourra plus décimer nos rangs (ni les impôts d'ailleurs...).

Écrit par : P.A.R. | 12 janvier 2009

Les commentaires sont fermés.