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29 janvier 2009

Oriflamme

 

 

Autant la formation d’oripeau est clairement expliquée, autant celle d’oriflamme est incertaine. La principale objection que l’on oppose à la formation par composition orie (« doré », du latin aureus) et flambe (« bannière ») est que l’oriflamme des rois de France était rouge, et non couleur or. A moins que le mot ne soit issu du latin laurea flammula, désignant un étendard lauré et donnant lorie flambe, puis orie flambe, comme dans la Chanson de Roland (XIe siècle) : « Geoffrey d’Anjou porte l’orie flambe ». Dans une Chronique de Saint-Denis, datant du XIVe siècle, il est écrit ceci qui explique ce qu’est l’oriflamme : « le service du fief est tel que le seigneur en doit porter en la bataille et es osts (et dans les armées) l’oriflamme saint Denis, toutes les fois que le roi ostoie (va en guerre) ; et le roi la doit venir quérir par grande dévotion et prendre congé aux martyrs, avant qu'il mange ; et quant il se part de l’église, il s’en doit aller tout droit là où il meut, sans tourner ni çà ni là pour autre besogne ». L’auteur d’un Blason des couleurs (XVe siècle) en précise la couleur : « la rouge couleur ou vermeille est de grand état et dignité, et bien nous le démontre l’oriflamme du ciel miraculeusement envoyée aux rois gaulois, qui était de cette couleur, afin de les animer à vertu et courage, magnanimité et prouesse ; cette oriflamme était en forme d’un étendard de soie rouge, bel et plaisant, et merveilleux à voir ».

Les auteurs de dictionnaires anciens reprennent en partie ces explications ; Nicot (Trésor de la langue française, 1606) : « oriflamme est la bannière tant renommée des Rois de France » ; les académiciens et Féraud (1788) : « étendard que les anciens Rois de France faisaient porter quand ils allaient à la guerre » (1762, 1798, 1832-35 le Roi alla prendre l’oriflamme à saint Denis) ; Littré (Dictionnaire de la langue française (1863-77) étant le premier qui précise la couleur de l’oriflamme des anciens rois : « petit étendard fait d’un tissu de soie de couleur rouge tirant probablement sur l’orangé, que nos anciens rois allaient recevoir des mains de l’abbé à Saint-Denis en partant pour la guerre ». De tous les auteurs classiques, Voltaire est sans doute le seul qui se soit gaussé dans L’Essai sur les Mœurs de l’origine miraculeuse de l’oriflamme royale : « le bouclier tombé du ciel dans l’ancienne Rome, l’oriflamme apportée à Saint-Denis par un ange, toutes ces imitations du Palladium de Troie, ne servent qu’à donner à la vérité l’air de la fable ». Habituellement, les académiciens répugnent à verser dans l’encyclopédisme. Dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire, ils font une exception à ce principe et, dans l’entrée consacrée à oriflamme, ils décrivent plus la chose (qu’ils n’ont sans doute pas vue) qu’ils ne définissent le mot : « petit étendard dont la partie flottante était terminée en pointes, qui fut d’abord la bannière de l’abbaye de Saint- Denis et qui fut porté jusqu’au XVe siècle devant les rois de France quand ils allaient à la guerre » ; ils notent aussi que le mot désigne d’autres bannières que celle de l’abbaye de Saint-Denis : « il se dit encore de bannières analogues » (exemples : l’oriflamme de Jeanne d’Arc ; une église pavoisée d’oriflammes).

Dans la langue moderne, bien que le mot oriflamme désigne des réalités historiques, c’est-à-dire caduques ou disparues (« étendard de soie rouge orangé, à la partie flottante découpée en pointes, qui fut primitivement celui de l’abbaye de Saint-Denis et que les rois de France adoptèrent comme bannière royale du XII au XVe siècle », Trésor de la langue française, 1971-94), il sort de cet emploi étroit pour désigner de nouvelles réalités : l’étendard d’un souverain (de tout souverain) ; une bannière d’apparat ou d’ornement, souvent utilisée à l’occasion de fêtes ou de cérémonies ; le pavillon que l’on hisse avant le départ d’une course hippique et que l’on amène après son départ ; et au figuré, tout ce qui constitue un signe de ralliement, comme dans cet extrait éloquent de Romain Rolland, que l’on croirait d’hier : « les jeunes intellectuels, petits bourgeois orgueilleux, se faisaient royalistes, ou révolutionnaires, par amour-propre froissé et par haine de l’égalité démocratique ; et les théoriciens désintéressés, les philosophes de la violence, en bonnes girouettes se dressaient au-dessus d’eux, oriflammes de la tempête » (Jean-Christophe, 1911). A la différence des auteurs du Trésor de la langue française, les académiciens, dans la neuvième édition, en cours de publication, de leur Dictionnaire, ne relèvent que deux sens : le sens historique (« petit étendard dont la partie flottante se terminait en pointes, qui appartenait à l’abbaye de Saint-Denis et fut porté jusqu’au XVe siècle devant les rois de France lorsqu’ils allaient à la guerre ») et le sens actuel : « bannière d’apparat, longue et effilée, qui sert d’ornement ». En bref, il ne reste plus rien de la mystique de l’oriflamme royale dans les bannières d’apparat qui sont nommées oriflammes et qui servent à la montre ou de pub.

 

 

Commentaires

"Oriflammes, cocardes, flots, médailles, pompe, rituel, cérémonie, cortège, discours, galanterie, politesse, savoir-vivre, étiquette, civilité, respect..."

Bien qu'il se sente toujours jeune, Monsieur Arouet, devrait déjà penser à faciliter le travail de ses épigones, car dans 50 ans ceux-ci perdront un temps fou à chercher la signification exacte de mots, tels que ceux cités plus haut, tombés en désuétude en même temps que les valeurs dont ils étaient le support.

Écrit par : P.A.R. | 29 janvier 2009

Oui, vous avez bien raison, mais ALJ ne se sent pas la force de préparer le travail des lexicographes de l'an 2100.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 29 janvier 2009

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