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05 février 2009

Information

 

 

En latin, informatio, dérivé du verbe informare (« façonner, former, disposer, organiser, former dans l’esprit, se représenter par la pensée »), a pour sens « esquisse, dessin, idée, conception ». Le nom français information, attesté à la fin du XIIIe siècle et dérivé du verbe informer, n’a rien conservé des sens du latin informatio, sinon dans les emplois qui en sont faits en philosophie, tels que les définissent Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « terme de philosophie, action de donner une forme », sens illustré par cet extrait : « L’homme est l’information suprême et comme la vivante synthèse des forces créatrices du globe ») et les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94 : « Philosophie, action de donner ou de recevoir une forme » ; exemple de Proudhon, 1849 : « Dieu est la force universelle, pénétrée d’intelligence, qui produit par une information d’elle-même, les êtres de tous les règnes, depuis le fluide impondérable jusqu’à l’homme »).

Information est attesté en 1274 au sens « d’enquête faite en matière criminelle par les officiers de police », défini ainsi dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694) : « Terme de pratique ; enquête faite par justice » et qui « ne se dit guère qu’en matière criminelle » (Faire une information, des informations ; supprimer, décréter les informations ; prendre droit par les informations, retirer les informations du greffe), les éditions suivantes reproduisant avec quelques modification cette définition : « Terme de pratique ; acte judiciaire qui contient les dépositions des témoins sur un fait ; en ce sens il ne se dit qu’en matière criminelle » ; « on appelle en matière civile information de vie et mœurs celle qui se fait de la conduite et des mœurs de quelqu’un qui doit être reçu dans une charge, dans une dignité » ; et « on appelle information en matière criminelle ce qui s’appelle enquête en matière civile » (1762, 1798). Dans la sixième édition de ce même dictionnaire (1832-35), après avoir défini information comme un « terme de jurisprudence » (« acte judiciaire où l’on rédige les dépositions des témoins sur un fait, en matière criminelle ») et précisé que « c’est ce qu’on nomme enquête en matière civile », les académiciens ajoutent : « ce sens est maintenant peu usité » et ils renvoient les lecteurs au mot qui, désormais, le remplace : « voyez instruction ». Il semble que, sur ce point, ils se soient abusés : information n’est pas sorti de l’usage en 1820 ou 1830 comme terme de jurisprudence. Littré le relève, sans préciser qu’il est vieilli : « Instruction à laquelle on procède pour la recherche ou la constatation d’un crime ou d’un délit (ainsi dite parce qu’on forme, on construit l’ensemble des renseignements – ce en quoi Littré, en voulant retrouver à tout prix dans le sens du mot le sens latin, s’abuse) » et « particulièrement, acte judiciaire où l’on rédige les dépositions des témoins sur un fait, en matière criminelle » ; de même que les académiciens en 1932-35 (« il signifie spécialement enquête faite, en matière criminelle, par les officiers de police, à l’occasion d’un crime, d’un délit ; il se dit aussi de l’ensemble de la procédure faite par le juge d’instruction ») ou dans la neuvième édition en cours de publication (« droit, enquête menée par le juge d’instruction ou par des officiers de police judiciaire en vue d’établir la preuve d’une infraction et d’en découvrir les auteurs » ; exemples : Information judiciaire ; procéder à une information ; demander un supplément d'information ; ouvrir, clore une information ; information contre X) et les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « Droit, instruction judiciaire diligentée par le juge d’instruction ou par des officiers de police judiciaire agissant sur commissions rogatoires, pour obtenir la preuve d’une infraction et en découvrir les auteurs »).

Dans la seconde moitié du XIVe siècle, information est employé au pluriel dans un nouveau sens, qui est comme l’extension à la vie quotidienne du sens judiciaire et policier : « renseignements que l’on obtient sur quelqu’un » et que les lexicographes glosent ainsi : « On dit aussi aller aux informations, prendre des informations pour dire simplement faire des recherches, afin de découvrir la vérité de quelque fait, de quelque bruit qui court » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798) ; « dans le langage commun, action de s’informer ; prendre des informations, aller aux informations » (Féraud, Dictionnaire critique de la langue française, 1788) ; « information se dit aussi, dans le langage ordinaire, des recherches que l’on fait pour s’assurer de la vérité d’une chose, pour connaître la conduite, les mœurs d’une personne, etc. ; et il s’emploie ordinairement au pluriel » (Dictionnaire de l’Académie française, 1832-35, 1932-35) ; « Particulièrement, dans le langage général, action de prendre des renseignements (il se dit surtout au pluriel) » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77). Dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication), la définition est réduite au minimum : « renseignement qu’on donne ou qu’on obtient ».

Le sens moderne (« renseignement ou nouvelle que l’on porte à la connaissance d’un public »), celui des medias ou celui dont les medias ont la paternité ou sont la cause, n’est attesté qu’à la fin du XIXe siècle, chez Zola, écrivain que fascinait la presse. Il est absent de la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française et exprimé ainsi dans la neuvième : « Spécialement, action de porter des nouvelles à la connaissance du public, de faire part des évènements, des faits marquants de l’actualité (Un grand quotidien d’information ; liberté d’information ; les métiers de l’information ; les techniques, les moyens d’information) ; « par métonymie, fait ou évènement dont font état une agence ou un organe de presse, la radio, la télévision » (informations générales, politiques, économiques, sportives ; une information de dernière heure ; bulletin d’information ; le directeur de l’information) et « par extension, au pluriel, informations radiodiffusées, télévisées ou, simplement, informations, émission de radio ou de télévision donnant les nouvelles du jour ».

Dans la langue des XVIIe, XVIIIe, XIXe siècles, le mot a deux sens et les articles de dictionnaires qui les définissent sont courts. Il en va tout autrement dans la langue moderne. L’article que les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) consacrent à ce mot occupe trois colonnes grand format, soit une page et demie – cinq ou six fois plus de lignes que dans le dictionnaire de Littré. Ce dernier distingue trois acceptions ; les rédacteurs du Trésor de la langue française, dix : outre celles de la langue commune, celles de la philosophie, du droit, de la théorie de l’information (« élément de connaissance susceptible d’être représenté à l’aide de conventions pour être conservé, traité ou communiqué » ; « c’est la symbolisation qui facilite la transmission de l’information et qui est à l’origine des études sur la « théorie de l’information » ; cette théorie, fondée sur les travaux de C.E. Shannon dès 1948, permet le calcul de l’entropie, c’est-à-dire de la quantité d’information apportée par un signal, un message ou une source donnée »), de la biologie (« ensemble d’instructions constituant le programme génétique : la synthèse des protéines semble s’effectuer grâce à un code porté par des acides ribonucléiques (ARN) particuliers, les ARN messagers, qui reçoivent eux-mêmes leur information des ADN »). Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), sont relevées deux acceptions ; trois quarts de siècle plus tard, les académiciens en distinguent autant que dans le Trésor de la langue française.

Pour rendre compte de ces faits, les consciencieux du social ont une explication toute prête : la société du XXe siècle ayant pour socle le savoir ou la connaissance, dont l’information est une variante, il est dans la nature des choses que le nom information, qui est l’oriflamme de ces réalités, soit d’un usage si répandu et se soit étendu à tous les domaines, que nourrissent le savoir et la connaissance : sciences, sciences sociales, presse, medias, télévision, etc. En bref, quand ils entendent le mot information, ils sortent leur social. Laissons-les à leurs illusions et à leurs propres mythes. Ce que révèle le triomphe moderne du nom information est d’un tout autre ordre. L’information n’est pas le savoir, ni la connaissance ; souvent même, elle est un obstacle au savoir ou à la connaissance ; parfois, elle en est l’antonyme parfait. L’information est plus souvent appariée à l’ignorance crasse qu’aux lumières de la connaissance. La réalité est que c’est un terme propre au droit et de police qui s’est étendu hors des limites étroites des enquêtes judiciaires pour innerver tout le corps social, comme si l’obsession de ce corps était, peut-être pour renforcer sa cohésion et assurer sa survie, l’enquête généralisée sur tous ses membres, l’observation de tous par tous, le renseignement sur tout et tous, l’imposition à tous des mêmes normes, le fichage généralisé de tout le monde et du monde entier, les medias ne faisant qu’exprimer d’une manière dégradée et dérisoire et à chaque minute de la journée cette obsession totalitaire qui, étant donné sa nature, peut être qualifiée d’administrative, de juridique, de pénale, de policière. Pauvres journalistes, ils passent pour les agents du savoir qui émancipe, ils ne sont que les fourriers de la surveillance généralisée.

 


Commentaires

Sans oublier la manipulation mentale qui intoxique les masses par médias (mass media) interposés.
La meilleure cure consiste à connaître (thérapie cognitive) les principes et techniques issus de cet ensemble fascinant de choses, amenées par l'étude scientifique des phémomènes comportementaux, et qui grouillent sous le chapeau "Information/Communication", dont ont notamment profité les arts du marketing & de la publicité dans les années 50-60, puis ceux de l'Image au fur et à mesure de l'essor technologique de cette dernière.
Last but not least: le mouton noir de la famille, la propagande, qui surfe sur les mêmes vagues de façon plus ou moins empirique depuis que l'Homme parle, dessine ou écrit.
En conclusion, il n'y a trois réponses possibles à ces stimuli: soumission, rejet ou appropriation; cette dernière étant la plus efficace par le simple fait que c'est depuis l'intérieur qu'on détruit le mieux un système...

Écrit par : P.A.R. | 05 février 2009

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