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08 mars 2009

Irréligion

 

 

En latin, irreligio a pour sens (in Dictionnaire latin français, Hachette, 1937) « irréligion » et « impiété ». Le nom français qui en est emprunté est attesté en 1527 dans le Panégyrique de La Tremoïlle : « nos églises et biens seront défendus... de toutes irréligions, sacrilèges... ». La définition des dictionnaires ne varie pas au cours des siècles : c’est « manque de religion » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762, 1798, 1832-35 ; Dictionnaire de la langue française de Littré, 1863-77 ; Trésor de la langue française, 1971-94 : « manque de religion, de conviction religieuse »). Seuls les académiciens, dans les huitième et neuvième éditions de leur Dictionnaire, s’écartent de cette définition, mais dans des limites étroites : « caractère de celui ou de ce qui est irréligieux » (1932-35) et « caractère de celui ou de ce qui est irréligieux ; le fait d’être irréligieux, l’état qui en résulte » (édition en cours de publication). Les lexicographes se contentent donc de paraphraser la morphologie de ce mot, qui est formé du préfixe de sens négatif in et du nom religion : c’est donc, mot à mot, un manque ou un défaut de religion.

Pour comprendre ce que désigne l’irréligion, il faut se reporter aux exemples qui illustrent les définitions : exemples artificiels, fabriqués par les lexicographes, ou extraits d’écrivains. C’est dans la première édition (1694) du Dictionnaire de l’Académie française ces trois exemples, qui se réduisent à deux ou à un seul dans les éditions suivantes : « En ce siècle-là, ce n’était que libertinage, qu’irréligion ; la débauche, les méchantes compagnies l’ont jeté dans l’irréligion ; ces personnes mangent de la viande pendant tout le carême sans nécessité, c’est une grande irréligion ». Chez les académiciens, l’irréligion n’est pas une affaire de foi ; elle a pour équivalent libertinage et elle se manifeste par la débauche ou le fait de ne pas faire maigre pendant le carême. Ce sont les (mauvaises) mœurs qui attestent l’irréligion : s’il en était ainsi aujourd’hui, en Occident, l’irréligion serait la religion de tout le monde. Mais à la différence des autres mots de la langue, ce mot reste d’un emploi très restreint pendant trois siècles.

Les écrivains, cités par Littré, ne rapportent pas aussi systématiquement que les académiciens l’irréligion aux mœurs. Pour le Grand Arnauld, « la négligence qu’on apporte à communier mène à l’impiété et à l’irréligion » ; selon Bossuet, « Dieu même n’a pas dédaigné de punir l’irréligion des peuples qui profanaient les temples qu’ils croyaient saints » ; Bourdaloue, « ces héros de l’ancien Testament se faisaient un mérite de pratiquer leur religion à la face même de l’irréligion » ; Massillon, « partout la piété des justes est blessée par les discours de l’irréligion ». A la fin du XVIIe siècle, l’irréligion indignait les académiciens ; il semble qu’elle laisse aujourd’hui les lexicographes indifférents, sauf, peut-être, dans cet exemple de la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, où il est fait allusion à la fonction sociale conservatrice de la religion : « entretenir l’esprit d’irréligion parmi les masses » (sous-entendu, au risque d’émanciper les masses). Les écrivains cités dans le Trésor de la langue française ont de l’irréligion une conception un peu moins morale que les académiciens. Ainsi Tocqueville s’en fait une conception sociale : « l’irréligion était répandue parmi les princes et les beaux esprits ; elle ne pénétrait guère encore dans le sein des classes moyennes et du peuple » (L’Ancien Régime et la Révolution, 1856), conscient sans doute que la religion est un pilier de l’ordre, lequel peut s’effriter ou d’effondrer s’il n’est plus soutenu par la religion ou si la religion n’est plus observée.

Il est vrai que le ciment social qu’offre la religion est remplacé aujourd’hui par un tout autre ciment, un vrai ciment colle, mi idéologique, mi nouvelle religion des droits de l’homme, et que l’irréligion consiste, non pas à manger de la viande pendant le carême, mais à rester indifférent aux grandes manifestations collectives de pseudo-solidarité avec les Palestiniens, les chômeurs, les SDF, les sans-papiers, les enseignants chercheurs en grève et en lutte, les ultra-marins de Guadeloupe, etc.


Commentaires

"Novus Ordo Seclorum" (le nouvel ordre du siècle).

Le Christianisme n'a-t-il débuté comme ça, à soutenir les frustrés de l'Empire romain ? Les Droits de l'Homme (version 1948) ne sont-ils pas les nouvelles Tables de la Loi ?

Toute secte ou mouvement politique peut devenir religion dès lors qu'il s'impose par le nombre et les élites. S'il satisfait encore aux intérêts stratégiques et économiques des plus forts, la croissance est d'autant plus rapide; puis, surviennent les crises classiques de pouvoir entre le spirituel et le temporel (les prêtres et les chevaliers), toujours pour ces même raisons.

"Est autem fides credere quod nondum vides; cuius fidei merces est videre quod credis" (la foi consiste à croire en ce que vous ne voyez pas; votre récompense sera que vous verrez ce à quoi vous croyez) dit saint Augustin, un peu l'ancêtre du matérialisme dialectique et du réalisme historique socialiste; alors que Schoppenhauer, cherchant une vaine trace de philosophie dans l'Histoire, veut nous protéger des désillusions avec: "Eadem, sed aliter" (la même chose, mais d'une autre manière).

Nous comptons sur Monsieur de Voltaire pour trancher dans ce débat sur les leçons de l'Histoire, et la meilleure façon de ne plus se fourvoyer en chemin. Sinon, il faudra aller chercher dans l'inconscient collectif....

Écrit par : P.A.R. | 09 mars 2009

Dans nos religions modernes, ce n'est pas tant le manque d'obéissance que l'on pointe du doigt, que le manque de zèle. C'est ainsi que naissent toutes les fiertés actuelles qui marchent dans nos rues exhibant leurs complexes, adorant leurs limites.

Écrit par : FRICHE | 09 mars 2009

Vous croquez à ravir cette société mourante en raillant ses sacrements.

Mais je crains que notre hôte face les frais d'une censure vengeresse pour crime d'élitisme, si nous suivons ces brisées-là; il en a vu d'autres en des temps plus rudes et il a connu l'ordinaire de la Bastille; mais l'art. 29 al. 2 de la Déclaration des Droits de l'Homme Onusio-marxiste vaut bien une lettre de cachet d'antan pour la vastitude de son projet:

"Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique".

En effet, chacun reconnaîtra qu'il n'y rien de plus tremblant au vent des modes intellectuelles du temps que des notions telles que "droits", "libertés", "morale", "bien public" ou même "société démocratique": que l'on soit de gauche, de droite, ou même Persan, cela peut représenter tout et son contraire, et c'est le premier à s'emparer du manuel qui va dicter le mode d'emploi.

C'est déjà fait. On attend les gens du Prévôt.

Écrit par : P.A.R. | 09 mars 2009

chere institution.
je vous prie de m-envoyer materialisme dialectique et materialisme historique avec urgence a mon address en
colombie bogota.
mes tres affecteueses remerciements.

Écrit par : alfonso vargas gomez | 14 avril 2009

Don Vargas y Gomez,

Bien que l'innocente population - autochtone et assimilée - de nos contrées soit journellement abreuvée par la télé et la presse de constructions mentales découlant des théories que vous mentionnez, ce genre de littérature n'est plus courue que par les paléographes acharnés et l'on ne trouvera, sur le marché, que des éditions princeps à des prix hautement spéculatifs.

Par contre, je vais me rendre fin mai en Chine et je pense pouvoir y trouver, chez un antiquaire-faussaire, de quoi rassasier votre curiosité pour quelques yuans de plus.

Toujours à l'adresse habituelle ?

Écrit par : P.A.R. | 15 avril 2009

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