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11 mars 2009

Lampiste

 

 

Dérivé de lampe, ce nom est attesté la première fois en 1797 pour désigner un fabricant et installateur de lampes. C’est avec ce seul sens qu’il entre dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35) : « ouvrier qui fait et vend des lampes ». En 1860, Montalembert (Moines de l’Occident) l’emploie dans un nouveau sens, non pas celui ou celle qui fabrique ou vend les lampes, mais celui ou celle qui les entretient : « L’aïeule remplit dans un monastère de Bethléem, ainsi que sa fille, l’office de balayeuse, de cuisinière, de lampiste, ce qui ne les empêchait pas de reprendre avec persévérance leurs anciennes études grecques et hébraïques ». Ces sens sont relevés par Littré dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77) : « Ouvrier qui fait et vend des lampes » ; « celui, celle qui a soin des lampes dans un monastère, dans les lycées, dans les pensions, dans les théâtres », ainsi que dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35 : « Ouvrier qui fait des lampes à réservoir ; celui qui les entretient ».

Aujourd’hui, ils sont tenus pour désuets dans la neuvième édition (en cours) de ce même dictionnaire : « Anciennement, personne qui fabriquait ou vendait des lampes à réservoir » et « Vieilli, personne chargée de l’allumage et de l’entretien des lampes et lanternes dans un établissement public » (« dans les chemins de fer, il désignait également un employé muni d’une lanterne, qui vérifiait l'état des roulements des convois et donnait le signal lumineux du départ »), alors que, dans le Trésor de la langue française (1971-94), seul le premier de ces sens est mentionné comme vieilli (« ouvrier qui fabrique et vend des lampes (à réservoir) »), le second sens (« personne chargée d’entretenir les lampes à huile ou à pétrole dans une collectivité (monastère, théâtre, pension, par exemple) », dont le synonyme, dans le vocabulaire du spectacle, est éclairagiste, n’étant pas précédé de cette mention. Dans les années 1970, lampiste était encore en usage dans la langue des chemins de fer et des mines : « employé qui tient la comptabilité des lampes, les répare et les entretient, s’occupe de l’éclairage ».

C’est en 1934 que le sens moderne est attesté pour la première fois dans les Propos d’Alain (« l’armée des lampistes »), sens qui est glosé ainsi dans le Trésor de la langue française : « par analogie, employé subalterne sur lequel retombe la responsabilité des fautes imputables à ses supérieurs » (Les instituteurs, ces malheureux lampistes de l'intellectualité, 1941 ; familier : « c’est toujours le lampiste qui trinque »), et dans ces termes dans la neuvième édition (en cours) du Dictionnaire de l’Académie française : « Figuré et populaire, subalterne qu’on fait passer pour responsable d’une faute commise par un de ses supérieurs » (on a condamné le lampiste). Que ce sens soit « figuré » n’est pas contestable ; mais il est quelque peu aventuré de le considérer comme « populaire » : ses emplois attestent qu’il n’en est rien, sauf à employer populaire dans le sens de propre au peuple français, sans distinction de classe.

 


Commentaires

Un trope par antonomase qui n'aura échappé à personne (et qui peut être analysé soit comme métonymie, soit comme métaphore) vient se poser par juxtaposition sur le personnage de Séraphin Lampion. Ce qui permet de supposer que son patronyme n'est pas dû au hasard.

En fait, il n'est pas la victime innocente d'une confrontation de groupes sociaux, comme le lampiste de la fable, mais il fédère et incarne mille petites tares insupportables relevés dans les classes dites "populaires". D'ailleurs, le siège insistant qu'il fait du Château de Moulinsart n'est pas si innocent qu'il peut paraître.

Pour qui sait voir au delà des cases ou des phylactères, les Aventures de Tintin ne constituent rien de moins qu'une "analyse scientifique des faits sociaux humains, considérés comme appartenent à un ordre particulier, et étudiés dans leur ensemble ou à un haut degré de généralité"; soit, une analyse sociologique.

Écrit par : P.A.R. | 11 mars 2009

Vous n'aurez pas non plus oublié cette classe, qui vient juste après celle des crapauds dans le monde féérique des Marx & Engels Brothers, qualifiée en allemand de "Lumpenproletariat".
Ce nom est le résultat d'une coquille d'un typographe réactionnaire et c'est "Lampenproletariat" qu'il aurait fallu lire; ce qui est logique, puisque cela me permet de poursuivre dans l'idée de mon commentaire précédent.

Donc, le "Lampenproletariat" est honni des marxistes, car dénué de toute conscience politique et prêt à tout compromis avec la classe bourgeoise. Acceptant ce postulat, on peut mieux comprendre l'attitude de Séraphin Lampion, accaparé qu'il est à chacune de ses interventions par le besoin frénétique de vendre des contrats d'assurance au profit du Grand Capital.

Écrit par : P.A.R. | 11 mars 2009

Waw, j'adore votre travail, grand merci à vous de partager vos conseils, et je "plussoie" moi aussi pleinement ce point de vue. J'insiste, oui votre billet est excellent, je bookmarke votre site de ce pas... PS : Ce site me donne envie d'en publier un également... j'espère que j'y arriverai !

Écrit par : Tennis boutique | 11 mai 2010

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