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14 mars 2009

Palabre

 

 

Il serait naïf de tenir palabre pour un mot africain ou d’origine africaine. En réalité, c’est un mot espagnol (palabra, dont la forme ancienne est parabra) issu du mot latin parabola, lequel a donné en français parabole et parole. La première attestation de palabre, en 1604, n’a pas de rapport avec l’Afrique, mais avec des habitudes culturelles propres à l’Espagne d’alors : une palabre ou un palabre (car le mot est parfois masculin) est une « parole grandiloquente ». C’est au XVIIIe siècle qu’il est employé dans des contextes africains : en 1728, avec le sens de « discours d’un nègre » (Nouvelle relation de l’Afrique occidentale) ; en 1752, au pluriel, avec le sens de « petits présents faits aux rois noirs par les commerçants européens » (Dictionnaire universel français et latin, dit de Trévoux) ; et en 1842, dans le Complément de la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française, il est relevé avec les sens de « conférence dans laquelle on offre ces présents » et de « discours long et inutile ». Quand il est entendu dans ce sens, ce mot d’origine espagnole est entré dans la langue française à la suite des contacts entre des négociants français et des Africains qui avaient pris l’habitude de commercer avec les Espagnols.

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ne relève pas le sens proprement espagnol attesté au début du XVIIe siècle, mais les sens attestés à compter de la seconde moitié du XVIIIe siècle : « discours long et inutile » ; « présent que les commerçants font aux petits rois de la côte d’Afrique » ; « conférence dans laquelle se font ces présents ». Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), comme dans les dictionnaires ultérieurs, il n’est plus fait allusion aux cadeaux faits par les marchands européens aux petits rois de la côte d’Afrique, sans doute parce que ces petits rois ont disparu et que, tout se vendant ou s’achetant, les marchands ne font plus de cadeau. Le mot, dont les académiciens notent alors qu’il est « des deux genres » (dans la neuvième édition, ils précisent que « le mot s’est rencontré au masculin », Maurois l’employant au masculin), a pour sens « pourparlers entre indigènes, ou avec eux, dans les pays exotiques » et « par extension, discussion longue et vaine ».

Dans le Trésor de la langue française (1971-94), le mot est assigné à l’Afrique noire dans ce qu’elle a de spécifique ou d’authentique, une Afrique africaine qui ne serait pas polluée par les colons, ni par les armées européennes : c’est une « assemblée coutumière, généralement réservée aux hommes, où s’échangent les nouvelles, se discutent les affaires pendantes, se prennent les décisions importantes ; arbre à palabres, arbre sous lequel se réunissent les gens du village pour discuter » (Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, en cours de publication : « palabre a désigné ensuite plus largement, dans l’Afrique subsaharienne, une réunion coutumière où les hommes débattent de sujets concernant la communauté villageoise : tenir une palabre ; souvent au pluriel ; arbre à palabres, sous lequel se tiennent ces assemblées »). Le sens commercial ou colonial, diraient certains, à tort, puisqu’il est apparu en 1752, plus d’un siècle avant que ne commence la colonisation de l’Afrique noire, a disparu du Trésor de la langue française, au profit du seul sens étendu : « discussion longue et difficile en vue d’un résultat précis » et « discussion interminable et souvent oiseuse », mais il est rétabli comme premier sens de palabre par les académiciens dans la neuvième édition de leur Dictionnaire : « discours préalable à une transaction commerciale entre les commerçants espagnols et les indigènes d’Afrique ». Ce rétablissement est juste, cet adjectif n’ayant rien à voir avec la justice, donc avec l’idéologie, qui oblige à cacher les transactions qui pourraient tenir de l’échange inégal, mais tout à avoir avec la justesse, c’est-à-dire avec la vérité de la langue. Qu’attend-on des lexicographes ? Non qu’ils se plient aux oukases de l’idéologie, mais qu’ils fassent sortir des prisons idéologiques l’intégrité de la langue.


 

Commentaires

1
mots
http://decadence-europa.over-blog.com/article-29033129.html

2 arbitre arbitrage

non lisibles ce soir !

Ecr.L'inf

Écrit par : AA+ | 14 mars 2009

Est-ce lisible maintenant ?

Écrit par : Arouet Le Jeune | 15 mars 2009

Les commentaires sont fermés.