Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17 mars 2009

Perfusion

 

 

 

 

En latin, le nom perfusio, traduit dans le Dictionnaire latin français (Félix Gaffiot, 1937) par « action de mouiller, de baigner », est attesté chez des écrivains savants : Pline et Celse, et chez l’écrivain chrétien Lactance.

En français, perfusion, qui en est emprunté, est attesté, comme terme didactique, de la fin du XIVe siècle à la fin du XVIe siècle, pour désigner l’action de répandre (par exemple l’argent), comme dans cet exemple : « l’argent ne peut être mieux gardé qu’en la main d’un tel peuple, ne plus prêt à avoir au besoin, au besoin, dis-je, non pas à une perfusion ». Ensuite, il semble qu’il disparaisse de l’usage, même de l’usage savant. Aucun auteur de dictionnaire ne le relève, ni les académiciens, ni Littré, ni Féraud, ni Furetière, ni les rédacteurs de L’Encyclopédie (1761-64). Il réapparaît en 1912 dans le Dictionnaire des termes techniques de médecine (cinquième édition), dans un tout autre domaine, celui de la médecine. Il est défini ainsi dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « Médecine, thérapeutique, injection lente, régulière et prolongée par voie intraveineuse, d’un liquide médicamenteux ou nutritif », les auteurs de ce Trésor ajoutant que le synonyme en est goutte à goutte, mais que ce synonyme est vieilli, ce dont ne conviennent pas les académiciens dans la neuvième édition (en cours) de leur Dictionnaire : « on dit aussi goutte-à-goutte », écrivent-ils. Ce peut-être aussi « l’injection d’un liquide dans l’artère principale d’un organe afin d’assurer une sorte de lavage au fur et à mesure que le sang s’écoule dans les veines » (perfusion du foie ; perfusion intestinale épuratrice) ou, en pathologie et en physiologie expérimentale, « l’injection à la vitesse de la circulation sanguine d’un liquide de substitution du sang de manière à maintenir en vie un organe ou un élément anatomique isolé ». Quant aux académiciens, ils se contentent, dans l’édition en cours de leur Dictionnaire, de la seule définition médicale, la plus large possible, de façon à ce qu’elle recouvre tous les types de perfusion distingués dans le Trésor de la langue française : « injection lente et régulière d’un liquide médicamenteux ou nutritif, d’un sérum, d’un produit sanguin, dans un vaisseau, généralement une veine » et « par métonymie, le matériel servant à cette injection ».

Dans ces deux dictionnaires, il n’est pas fait allusion à la métaphore, assez courante ou dont on peut avoir le sentiment qu’elle est d’un emploi fréquent, surtout dans ces temps de crise, de la perfusion, à propos, non pas d’un patient, mais du budget d’un Etat, des finances d’un service public ou d’une entreprise ou d’une banque ou même d’un pays, sens qui est étrangement en accord avec l'action de répandre (l'argent public), c'est-à-dire de le dépenser sans compter, que désigne le nom perfusion en moyen français, ce qui a pour conséquence logique de mettre les finances publiques sous perfusion ou au goutte à goutte, comme dans ces fragments de phrase : avoir un budget sous perfusion ou mettre les finances d’un pays (bientôt la France ?) sous perfusion, ce qui semble attester, sinon que la métaphore est toujours vive, du moins qu’elle ne s’est pas encore lexicalisée ou figée en un sens figuré.

 

Les commentaires sont fermés.