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18 mars 2009

Sédition

 

 

 

 

Emprunté du latin seditio, traduit dans le Dictionnaire latin français (Gaffiot, 1937) par « action d’aller à part, désunion, discorde ; (en politique et dans le domaine militaire), soulèvement, révolte, sédition », composé de sed- qui exprime la séparation et de -itio, action d’aller, le nom sédition est attesté au début du XIIIe siècle et il est enregistré dans tous les dictionnaires où il est défini à peu près toujours de la même manière : « soulèvement contre la puissance légitime » (Dictionnaire de l’Académie française, première édition, 1694). Le mot a ce seul sens qu’il a conservé du mot latin seditio, employé dans les domaines de la politique et de l’armée. Il est rare que des mots conservent le même sens, sans altération, pendant plus de vingt siècles. Certes, la définition varie légèrement d’une édition à l’autre, mais elle est presque toujours défavorable, comme si les lexicographes voulaient exprimer ainsi la répulsion que suscite en eux la sédition et qui perce dans les épithètes grande, furieuse, horrible qui qualifient ce mot dans les exemples des académiciens : « Emotion populaire, soulèvement contre la puissance légitime » (1694) ; « Emotion populaire, révolte, soulèvement contre la puissance légitime » (1762) ; « Emeute populaire, révolte, soulèvement contre la puissance établie » (1798) ; « Emeute populaire, révolte, soulèvement contre la puissance établie » (1832-35) ; « Trouble contre l’ordre public, contre l’autorité légale, qui est concerté, a des meneurs et n’est pas l’action d’un rassemblement fortuit » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ; « Emeute populaire, révolte, soulèvement contre la puissance établie » (1932-35) ; « Soulèvement concerté contre l’autorité établie » (Trésor de la langue française, 1971-94).

En huit siècles, le mot ne s’est étendu à aucune autre réalité que celle qu’il désignait à l’origine ; de même, il n’a pas été affecté d’une restriction de sens. Littré est le seul qui tente de cerner le concept qui sous-tend le sens du mot. Ce qui définit la sédition, c’est qu’elle s’attaque à une autorité légale certes et surtout qu’elle est concertée. Ce n’est pas seulement une émeute populaire ; elle ne doit rien au hasard, elle n’est pas fortuite, elle résultat d’un plan ou d’un complot, comme l’a compris Bossuet, dans ce sermon : « Dans les séditions populaires, un homme qui saura ménager avec art les esprits de la populace irritée, lui fera aisément tourner sa fureur contre ceux auxquels on pensait le moins ». Littré prend soin aussi de distinguer l’émeute, qui « se forme dans la rue et commence par un rassemblement fortuit, sans chef, sans dessein préalable », de la sédition, qui « est concertée, obéit à un mot d'ordre, a des meneurs et qui est l’action non pas d’un rassemblement, mais d’un parti ». En revanche, les rédacteurs du Trésor de la langue française citent de nombreux synonymes de sédition, à savoir agitation, discorde, émeute, insurrection, mutinerie, pronunciamento, putsch, rébellion, résistance, révolte, lesquels, outre qu’ils sont très divers et ne sont synonymes en rien, ne font que mettre de la confusion là où Littré apportait un peu de clarté. Si résistance et agitation sont des synonymes de sédition au même titre que putsch, mutinerie ou pronunciamento, alors n’importe qui tiendra les combats de la résistance en juin et juillet 1944 pour de la sédition et les défilés dans les rues, le 19 mars 2009, pour de la sédition aussi. Les résistants et les acteurs sociaux n’apprécieront sans doute pas d’être mis sur le même plan que Pinochet, Franco ou les colonels grecs. Le Trésor de la langue française est, dit-on, la Tour Eiffel du progressisme idéologique. Les synonymes de sédition en apportent la preuve.

 


Commentaires

Vaine chose que l'action dans ce domaine, puisque tout séditieux trouvera un jour plus séditieux que lui. Par contre, la désobéissance civile prônée par Henry David Thoreau est plus efficace, parce qu'elle paralyse sournoisement et progressivement le fonctionnement de l'Etat.

Écrit par : P.A.R. | 02 avril 2009

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