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31 mars 2009

Adhésion, adhérence

 

 

Ces deux mots sont l’un et l’autre empruntés du latin, l’un et l’autre attestés dans la seconde moitié du XIVe siècle, l’un et l’autre d’un sens proche : adhésion, terme de médecine, signifie « action de rattacher, de joindre quelque chose » (« bonne adhésion du nourrissement au membre ») ; adhérence, terne d’anatomie, signifie « union de certains tissus de caractère pathologique ». L’un et l’autre, ils ont pris un sens figuré au XVe siècle, adhésion celui de « soutien à un parti », adhérence « le fait d’être attaché à quelqu’un, allié avec lui ».

L’histoire de ces mots peut se ramener, résumée de façon cavalière, à une lente séparation de leurs emplois respectifs, séparation qui n’est effective que dans la langue actuelle. De ces deux mots, seul adhérence figure dans le Dictionnaire universel (1690) de Furetière et dans les trois premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française (1694, 1718, 1740), chez Furetière au seul sens figuré « d’attachement à un parti, à un sentiment » (« l’adhérence à l’hérésie emporte excommunication ») ; chez les académiciens dans les deux sens, propre (« attachement d’une chose à une autre », son poumon est adhérent aux côtes, et cette adhérence sera peut-être cause de sa mort) et figuré, « attachement d’esprit, de cœur, de volonté », emploi dans lequel « il ne se prend guère qu’en mauvaise part » (le père a gâté son fils par l’adhérence qu’il a eue à toutes ses volontés ; l’adhérence à l’hérésie est condamnée comme l’hérésie même). Tous les auteurs de dictionnaires définissent adhérence dans ces deux sens, comme Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788 : « Au propre, union étroite de deux corps, l’adhérence du poumon aux côtes, de la pierre à la vessie ; au figuré, attachement à un mauvais parti, adhérence au parti des rebelles, des hérétiques), sauf les académiciens dans la huitième édition (1932-35 : « union d’une chose qui tient à une autre » et « en termes de médecine, union accidentelle ou morbide de deux parties qui sont séparées à l’état normal ») et dans la neuvième édition, en cours de publication, de leur Dictionnaire : « liaison étroite entre deux corps solides » (l’adhérence d'un coquillage au rocher ; les pneus usés ne présentent plus qu'une faible adhérence au sol) et « accolement congénital, pathologique ou accidentel, de deux organes ou de deux tissus contigus normalement indépendants » (adhérence entre plèvre et diaphragme ; adhérences postopératoires). De fait, les académiciens, contrairement aux auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), qui relèvent encore chez les écrivains modernes des emplois figurés d’adhérence, tiennent pour désuet au XXe siècle le sens figuré d’adhérence. Il est vrai que ce mot s’est étendu, au sens propre, à de nombreux domaines techniques : automobile, chemins de fer, géophysique, médecine, métallurgie, et que le sens figuré est exprimé par adhésion, mot qui, justement, dans la toute dernière édition du Dictionnaire de l’Académie française a perdu son sens médical ou propre et n’a plus qu’un sens « figuré ».

Quant à adhésion, il n’entre dans les dictionnaires qu’en 1762 (quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française) : « union, jonction » (ces deux corps ont ensemble une adhésion qui les rend difficiles à séparer) et « action d’adhérer et, principalement, acte par lequel une puissance adhère à un traité qui lui est proposé ». Ces deux sens sont relevés par Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788 ; « au physique : adhésion de deux corps, eau figuré : adhésion à un traité, à une décision, à une protestation, etc. ») et les autres lexicographes des XVIIIe et XIXe siècles : ainsi Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 ; « union, accolement, l’adhésion de l’écorce avec le bois » et « figuré, action d'adhérer, de donner son assentiment ; donner son adhésion à quelqu’un, à un projet ») et les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « action de s’attacher physiquement et très étroitement (à une chose) » (vieilli ; synonyme : adhérence) ; alors que les académiciens, dans la neuvième édition de leur Dictionnaire, donnent à adhésion deux sens figurés : en droit international, « acte par lequel un État non partie à un traité se place sous l’empire de ses dispositions » et « fait d’adhérer à un groupe, à une organisation ; par extension, approbation ».

La confusion entre les deux mots est ancienne. Ainsi, dans L’Encyclopédie (1751-64), l’auteur de l’article traitant de l’union ou de la jonction physique des corps ou des matériaux emploie indifféremment adhérence ou adhésion. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) distingue les deux mots, dont il estime qu’ils ont, pour même sens, « union, jonction d’une chose qui tient à une autre » : « l’adhérence est l’état d’une chose qui adhère ; l’adhésion est l’action même d’adhérer. De là découle, quand il y a lieu de distinguer, la différence dans l’emploi des deux mots. L’adhérence, étant un état, est involontaire ; l’adhésion, étant une action, est volontaire ». Il semble que cette distinction s’est faite dans la langue du XXe siècle de façon plus tranchée : les sens propres ou techniques à adhérence, les sens figurés à adhésion. La distinction faite par Littré est reprise dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « il y a lieu de noter certaines distinctions entre adhérence et adhésion, deux termes souvent employés l’un pour l’autre. Adhérence indique davantage un état et adhésion la force qui produit cet état (…) D’autre part l’adhésion est un acte volontaire. L’adhésion évoque donc l’idée de force et d’acte volontaire, l’adhérence, celle d’un état et d’une certaine passivité ». Tout cela a déjà été dit par Littré. Ce qui est noté de neuf, c’est que « dans la langue contemporaine, adhérence est surtout un terme technique ». A cela, il n’y a rien à redire, la remarque est juste. Celle qui suit, en revanche, est assez peu convaincante : au « sens figuré, adhérence sert de substitut noble à l’emploi figuré et quelque peu familier du verbe coller à (la réalité, au passé, etc.) ». Le fait est qu’il a fallu près de six siècles pour que les sujets parlants conviennent d’un partage provisoire, assez net et à peu près cohérent entre ces deux mots, sans que quoi que ce soit de définitif soit acquis.

 


Commentaires

C'est bien la raison qui me fait demander (par précaution) à mes interlocuteurs, avant de me lancer dans un quelconque plaidoyer, s'ils sont adeptes de l'écologie ou du socialisme.

Écrit par : P.A.R. | 31 mars 2009

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