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11 avril 2009

Aborigène


En latin, le nom, toujours au pluriel, aborigines, désigne les premiers habitants d’Italie ou du seul Latium. Il résulte sans doute de la déformation, à la suite d’une fausse étymologie (ab ou absque origine : « depuis l’origine »), d’un nom ethnique plus ancien. Il est en usage dans plusieurs langues romanes (espagnol, roumain, catalan, italien, français). En français, le mot est attesté à la fin du XVe siècle pour désigner les habitants primitifs de l’Italie, la terminaison en – gène, au lieu de - gine, étant peut-être due au latin indigena (« indigène »), les aborigènes étant les indigènes d’Italie ou du seul Latium. A la fin du XVIe siècle, le nom s’étend hors d’Italie pour désigner les habitants primitifs d’un pays, quel que ce soit ce pays.

L’origine et l’identité de ce peuple primitif de l’Italie ont suscité d’innombrables recherches, interrogations, spéculations parmi les savants de l’Antiquité et de l’Europe classique, comme en témoigne le long article aborigènes de L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-64), dans lequel, après avoir défini le mot (« nom que l’on donne quelquefois aux habitants primitifs d’un pays ou à ceux qui en ont tiré leur origine, par opposition aux colonies ou nouveaux habitants qui y sont venus d’ailleurs », cette définition, qui s’applique à la France actuelle, datant du milieu du XVIIIe siècle), l’auteur expose ceci : « Le mot d’aborigenes est fameux dans l’antiquité. Quoiqu’on le prenne à présent pour un nom appellatif, il a été cependant autrefois le nom propre d’un certain peuple d’Italie ; et l’étymologie de ce nom est extrêmement disputée entre les savants. Ces Aborigenes sont la Nation la plus ancienne que l’on sache qui ait habité le Latium (…). On dispute fort pour savoir d’où vient le mot aborigenes : s’il faut le prendre dans le sens que nous l’avons expliqué au commencement de cet article, ou s’il faut le faire venir par corruption d’aberrigenes, « errants » ; ou de ce qu’ils habitaient les montagnes, ou de quelque autre étymologie. Saint Jérôme dit qu’on les appela ainsi de ce qu’ils étaient absque origine, les premiers habitants du pays après le déluge. Denys d’Halicarnasse dit que ce nom signifie les fondateurs et les premiers pères de tous les habitants du pays. D’autres croient que la raison pour laquelle ils furent ainsi appelés est qu’ils étaient Arcadiens d’origine, lesquels se disaient enfants de la Terre, et non issus d’aucun autre peuple ».

Quoi qu’il en soit, le mot est d’abord au pluriel dans le Dictionnaire de l’Académie française (1762, 1798, 1832-35) et il est défini dans le seul sens étendu attesté à la fin du XVIe siècle : « Il se dit des premiers habitants, des naturels d'un pays, par opposition à ceux qui sont venus s’y établir » (un seul exemple dans l’édition de 1832-35 : au Mexique, les Européens sont presque aussi nombreux que les aborigènes). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) distingue l’emploi d’aborigène comme adjectif (« qui est originaire du sol où il vit ») qui qualifie des choses (« une plante aborigène ») ou des personnes (les peuples, les tribus, les nations aborigènes) et comme nom, au masculin pluriel : « les habitants primitifs d’un pays », qu’il illustre de « quand les Grecs s’établirent en Italie, ils y trouvèrent les aborigènes, qu’ils eurent à combattre » et auquel il attribue une étymologie inexacte : « de ab, « dès », et origo, « origine ». Dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire, les académiciens suivent Littré et distinguent deux emplois : adjectif (une plante aborigène, un animal aborigène, un peuple aborigène) et nom, le plus souvent au pluriel (aux États-Unis les Européens ont dépossédé les aborigènes).

Ce que montrent les exemples cités dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française, à savoir en arrivant dans le Nouveau Monde, les Européens dépossédèrent les aborigènes, les aborigènes d’Australie, c’est l’éloignement progressif hors de l’Europe des peuples désignés par ce nom, qui désigne pourtant primitivement des Européens, comme si l’on trouvait des aborigènes sur tous les continents, sauf en Europe, et encore moins en France, au point même que aborigènes est devenu le nom propre des premiers habitants d’Australie et une quasi nationalité (en anglais : Aborigenes, abrégé en Abos). Cette extranéité (ou étrangement ?) hors d’Europe est exprimée dans les nombreux extraits cités dans le Trésor de la langue française (1971-94) : au sujet de la Haute Pennsylvanie et de l’Etat de New York : (1801) « il y avait alors un autre peuple, soit aborigène, soit venu de quelque autre partie de l’Amérique méridionale » ; « Loin de partager l’opinion de Crozet touchant l’origine de ces deux races de Nouvelle Zélande, je crois au contraire que la race des individus plus foncés en couleur est celle des véritables aborigènes (ou « autochtones ») du pays, de ceux au moins qui y ont paru les premiers » (1832) ; « c’est là que les indigènes ont été brutalement repoussés par les colons. On leur a laissé, dans les plaines éloignées, sous les bois inaccessibles, quelques places déterminées, où la race aborigène achèvera peu à peu de s'éteindre. Tout homme blanc, colon, émigrant, squatter, bushman, peut franchir les limites de ces réserves » (Jules Verne, 1868) ; « les Anglais, on le voit, au début de leur conquête, appelèrent le meurtre en aide à la colonisation. Leurs cruautés furent atroces. (...) Aussi la population aborigène, décimée par les mauvais traitements et l’ivrognerie, tend-elle à disparaître du continent devant une civilisation homicide » (Jules Verne, 1868) ; « maintes fois, avec dom Granger, j’ai étudié cette formidable épopée où l’on voit les aborigènes tenir tête aux conquérants arabes » (Pierre Benoît, 1919).

Cet exemple de Gide, faisant parler Thésée, peut résumer ce qu’est devenue l’Europe moderne, à condition d’effacer la dernière partie (« reportant toute discrimination à plus tard et selon les preuves ») de cette belle phrase : « je promis aux nouveaux venus quels qu’ils soient, les mêmes droits que les aborigènes et que les citoyens précédemment établis dans la ville, reportant toute discrimination à plus tard et selon les preuves » (Thésée, 1946). C’est ainsi le seul continent au monde d’où les aborigènes ont disparu, de sorte qu’il faut s’éloigner de l’Europe pour les découvrir. C’est le seul continent au monde où tout individu ou peuple, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, même s’il déteste les aborigènes, autochtones et indigènes, sauf dans son pays d’origine, est un aborigène de fait et en droit. Ou bien, pour dire les choses plus exactement, c’est le seul continent du monde où il n’y a plus d’aborigène, du moins jusqu’à ce que des individus ou des peuples décrètent que désormais, après avoir soumis ou chassés les habitants primitifs du continent, ils sont les seuls et vrais aborigènes. En bref, l’Europe moderne est un clone de l’Amérique du Nord, Etats-Unis et Canada, à une différence près : dans ces deux derniers pays, les aborigènes sont certes relégués loin des grandes concentrations humaines, mais il est interdit de dire quelque mal que ce soit d’eux.

 


 

Commentaires

PASSER
PASSEUR
PASSAGE

Pessah ???


http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A2ques

Écrit par : Amédée | 11 avril 2009

Marlène Dietrich

Sagt mir wo die Blumen sind

http://www.youtube.com/watch?v=upyN1OiuuaA&feature=related

Was ist gescheh'n ?

Écrit par : Amédée | 12 avril 2009

Ein Wunder, wahrscheinlich.....

Nonobstant, si nous pouvions consulter des statistiques fidèles concernant les flux migratoires de ces deux mille dernières années, à l'intérieur des limites du territoire européen actuel, on ne trouverait pas pléthore d'aborigènes authentiques. Ou alors, leur espèce ayant considérablement dégénéré au gré de mariages consanguins, ils sont plus proches de l'extra-terrestre que du syndicaliste CGT.

Toutefois, la répartition ethnique en Amérique de Nord est beaucoup plus figée que les traces résiduelles d'invasions en Europe, ou même dans l'ensemble du bassin méditerranéen; débusquer le Hun (匈奴) en Roumanie, le Wisigoth en Espagne ou le Vandale au Maroc demande beaucoup de flair.

A propos des 匈奴, ce qui pourrait vous intéresser question réciprocité, c'est qu'on a retrouvé dans l'ouest de la Chine les momies d'individus de type européen, viellles de deux à quatre mille ans (peuples Tokhariens et Yuezhis).

Aborigène, aborigène ! Est-ce que j'ai une gueule d'aborigène ?

Écrit par : P.A.R. | 14 avril 2009

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