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16 avril 2009

Souloir

 

 

Le verbe latin solere se traduit en français par « avoir coutume » ou par « être habitué ». Il aurait dû se traduire par le vieux verbe souloir, attesté dès le Xe siècle pour exprimer une action habituelle ou la permanence et qui en est issu directement, si souloir n’était pas sorti de l’usage et, semble-t-il, dès le XVIe siècle, à partir duquel il n’est plus en usage qu’à l’imparfait de l’indicatif. Dans ses Remarques sur la langue française utiles à ceux qui veulent bien parler et bien écrire (1647), Vaugelas ne relève pas souloir, mais seulement la forme de la troisième personne du singulier de l’imparfait : souloit, suivant l’ancienne orthographe, ou soulait, en orthographe modernisée : « Ce mot, écrit-il, est vieux mais il serait fort à souhaiter qu’il fût encore en usage, parce que l’on a souvent besoin d’exprimer ce qu’il signifie, et quoiqu’on le puisse dire en ces trois façons : il avait accoutumé, il avait de coutume, il avait coutume, lesquels il faut placer différemment selon le conseil de l’oreille, si est-ce qu’ils se ressemblent si fort l’un à l’autre que c’est presque la même chose ». La Bruyère note aussi que « l’usage a préféré dans les verbes.... être accoutumé à souloir ». Ce dernier est à l’infinitif dans le Trésor de la langue française (1606) de Nicot, mais les exemples qui en illustrent l’emploi ou le sens sont tous à l’imparfait : Je soulais faire cela ; ce ne semble plus être celui qui soulait, c’est toujours celui qui soulait. Il est aussi dans les sept premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française, publiées entre 1694 et 1878. La définition en est sommaire : « avoir de coutume ; les Romains soulaient faire » (1694) ; « avoir coutume ; il soulait dire, il soulait faire » (1762, 1798, 1832-35, 1878). Les académiciens précisent que ce verbe « ne s’est guère dit qu’à l’imparfait », comme l’attestent Vaugelas et l’histoire de la langue, et qu’il « est vieux », si vieux même qu’il disparaît de la huitième édition, celle de 1932-35.

Féraud, dans son Dictionnaire critique de la langue française (1788), reprend la définition (« avoir coutume ») et la remarque (« vieux mot ») des académiciens, qu’il complète de cet extrait de Marot : « Sous ce tombeau git Françoise de Foix, / De qui tout bien un chacun soulait dire ». Mais il limite la portée de la disparition annoncée de ce verbe par ce commentaire : « il ne se dit qu’à l’imparfait ». Le présent (se dit)  implique que soulait n’est complètement pas sorti de l’usage. La preuve, « il peut être encore employé dans le style marotique », lequel style est, à la fin du XVIIIe siècle, quelque peu archaïque, Marot étant un poète du début du XVIe siècle. Comme Féraud, et à la différence des académiciens, Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ne tient pas ce verbe pour disparu, mais simplement pour défectif : « terme vieilli dont il ne reste que l’imparfait, à peine encore usité quelquefois ». Il cite quelques auteurs : Régnier (« Quel soin.... / Fait que je ne suis plus ce que je soulais être ? »), Scarron (« En grande estime il soulait être »), La Fontaine (« Quant à son temps.... / Deux parts en fit, dont il soulait passer / L’une à dormir et l’autre à ne rien faire »), Chateaubriand (« le peuple de saint Louis regrettera toujours la tombe de quelques messieurs de Montmorency, sur laquelle il soulait de se mettre à genoux durant la messe »), exemple que Littré redresse ainsi : « Chateaubriand a dit à tort Il soulait de... ; l’ancien usage ne mettait pas de », ce que confirment les nombreux emplois de ce verbe en ancien français : « ceux qui seulent manger et boire indifféremment ce que est mis devant eux » (Oresme) ; « Ainsi comme en icelle morte saison les gentilshommes se seulent ébattre à chasser aux lièvres.... le bon Bouciquaut, par manière de soulas, s’ébattait à chasser aux ennemis » (XVe siècle) ; « Je soulais jadis boire tout, maintenant je n’y laisse rien » (Rabelais).

Comme Vaugelas, Littré regrette que ce vieux verbe soit presque totalement sorti de l’usage : « c’est une des plus grandes pertes que la langue ait faites ; car combien avoir coutume, dont on est obligé de se servir, est lourd et incommode ! ». Il survit faiblement dans un de ses vestiges : la troisième personne de l’imparfait, « il ou elle soulait » ou « ils ou elles soulaient ». C’est sans doute pour cette mince raison qu’il est dans le Trésor de la langue française (1971-94), où la définition, précédée de la mention vieux, est exprimée ainsi : « avoir coutume, avoir l’habitude de », et illustrée de l’extrait du Génie du christianisme cité par Littré.

Sauvegarder les vieux mots de l’ancienne langue française est un bel objectif, surtout pour endiguer le fleuve en crue de NLF. Mais il semble que le cas de souloir soit désespéré. La raison en est simple. Il est malaisé (euphémisme pour impossible) de le conjuguer à d’autres temps qu’à l’imparfait. Au présent, je seule, tu seules, il seule ??? ; au passé simple : je soulus, tu soulus, il soulut ???? ; futur simple : je soudrai, tu soudras, il soudra ???? ; passé composé : j’ai soulu, tu as soulu, il a soulu ???? Que faire d’un verbe qui n’a plus qu’une forme ?

 


Commentaires

Malheureusement, il y en a d'autres tout aussi mal en point:
florir, saillir, faillir, férir, gésir, honnir, issir, ouïr, quérir, apparoir, chaloir, choir, dépourvoir, échoir, falloir, pleuvoir, prévaloir (à l'impératif), promouvoir, seoir, absoudre (au passé simple), accroire, braire, bruire, clore (pour plusieurs temps), forfaire, frire, imboire, paître (au passé simple), parfaire, poindre, reclure, s'ensuivre, sourdre, tistre, traire (pour 2 temps); et aucun collectif ne prend la peine de défendre leurs droits dans un mouvement citoyen lors d'un rassemblement solidaire, c'est un scandale ultra-libéral !

Écrit par : P.A.R. | 16 avril 2009

vaches

http://decadence-europa.over-blog.com/article-6711368.html

Écrit par : AA | 16 avril 2009

Wat leuk zeg, héél mooie beestjes !!!

Alors je vous renvoie à cette adresse:
http://www.photo-de-vaches.com/photos-vaches.html
pour me dire, carte d'identité à l'appui, de quel race il s'agit.

A moins qu'elles aient été importées de nuit et par lune noire d'outre-Kievrin, donc qu'elles soient bataves ou frisonnes et qu'il faille consulter un autre registre.

Écrit par : P.A.R. | 16 avril 2009

Souloir au présent ne serait pas plutôt: je seux, tu seux, il seut, nous soulons, vous soulez, ils seulent?

Plutôt que je seule, tu seules, il seule...

Écrit par : Rémy | 15 janvier 2010

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