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23 avril 2009

Tolérer

Emprunté du latin classique tolerare, « supporter, endurer », tolérer est attesté à la fin du XIVe siècle et aux XVe et XVIe siècles, il a trois sens : « supporter quelque chose de désagréable ou quelqu’un » ; « supporter chez autrui ce qu’on n’approuve pas » (des abus, par exemple) ; « supporter une épreuve physique ».

Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1694, 1762, 1798, 1832-35), seul le deuxième de ces trois sens est relevé : « souffrir, avoir de l’indulgence par quelque considération pour des abus » (exemples : on tolère toute sorte de religions en ce pays-là ; il y a des Etats chrétiens où l’on tolère les Juifs, où l’on tolère l’exercice du judaïsme ; Dieu tolère les impies pour un temps ; il ne faut pas que les princes tolèrent les mauvais juges ; tolérer un petit mal, pour en éviter un plus grand). Le mot qui revient dans les définitions des siècles classiques est bien, employé comme un adjectif attribut et qui, par sa présence, signe en quelque sorte l’appartenance de ce verbe et des actions qu’il représente à l’Empire du Bien, comme dit Muray, même si bien est précédé de l’adverbe négatif et que les choses qui doivent être tolérées soient qualifiées de « pas bien » : « avoir de l’indulgence pour des choses qui d’elles-mêmes ne sont pas bien » (1694), « supporter des choses qui d’elles-mêmes ne sont pas bien » (1762, 1798), « supporter des choses qui d’elles-mêmes ne sont pas bien ou que l’on croit n’être pas bien ». Le grand combat du Bien contre le Mal a commencé bien avant l’époque actuelle ou, pour dire les choses plus exactement, aujourd’hui, la modernité ayant aboli le Mal, c’est le Bien qui règne partout nécessairement : il n’y a plus ni lutte, ni combat. Dans les siècles classiques, le Mal n’était pas aboli, il n’était pas nié non plus ; il était seulement toléré, on le souffrait, on était incité à se montrer indulgent à son endroit.

Même le positiviste Littré, dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77), sépare le bien du mal, défini en l’occurrence par l’absence de bien. Tolérer, c’est « avoir de l’indulgence pour des choses qui ne sont pas bien ou que l’on ne croit pas bien », mais que Littré, à la différence des académiciens, distingue de tolérer, au sens d’exercer la tolérance religieuse. Il relève aussi le sens médical que prend tolérer : « en termes de médecine », c’est « avoir de la tolérance pour un médicament » (exemple : « le tartre stibié ne fut pas toléré ») et il prend soin de distinguer tolérer de souffrir : « on tolère les choses lorsque, les connaissant et ayant le pouvoir en main, on ne les empêche pas ; on les souffre lorsqu’on ne s’y oppose pas, faisant semblant de les ignorer, ou ne pouvant les empêcher. Dans tolérer il y a un fonds d’indulgence ; dans souffrir il y a un fonds de patience ».

La référence à ce qui est bien ou à ce qui n’est pas bien disparaît dans la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française : tolérer, c’est « supporter » (des médicaments, des crudités) ; « ne pas réprimer certains abus, supporter chez autrui ce que l’on n’approuve pas » (il y a des pays où l’on autorise l’exercice de tous les cultes et d’autres où l’on ne fait que le tolérer) ; « il se dit dans un sens analogue en parlant des personnes » (tolérer quelqu’un), ainsi que dans les dictionnaires actuels, ce qui se conçoit, puisque, le Mal étant aboli, il n’est plus nécessaire de faire référence au Bien – lequel est implicite.   

Un des mérites (souvent involontaires) des auteurs de dictionnaires est de décaper les illusions que suscitent les idéologies. Dans les croyances modernes, tolérer, c’est le nec plus ultra, c’est ce qui se fait de mieux en matière de politique, c’est l’Everest de la morale. Or, la langue dément cela. Dans le Trésor de la langue française (1971-94), tolérer est récuré. Quand ce verbe a pour sujet un être humain, il a pour sens « ne pas user, souvent avec condescendance, du pouvoir, de l’autorité que l’on détient pour interdire quelque chose, pour empêcher de faire quelque chose ». La source de la tolérance, c’est la condescendance, comme Littré l’écrit à juste titre (cf. ci-dessus) : « on tolère les choses lorsque, les connaissant et ayant le pouvoir en main, on ne les empêche pas » ou comme dans ce beau spécimen de tolérance : « Tout en proclamant l’égalité des âmes, le christianisme a longtemps toléré l’esclavage comme une forme sociale dont il lui suffirait de corriger l’esprit » (1957). En bref, c’est « faire preuve de mansuétude, d’indulgence », même à l’encontre de ce qui est intolérable.

Commentaires

Jadis, quand l'économie était florissante et le "ménagement" une gnose, une méthode douce venue de Californie consistait à évaluer son seuil de tolérance et à exprimer son insatisfaction en termes d'effets ressentis, face à un dépassement dû au comportement d'autres personnes.

A l'heure de la guérilla urbaine et des "clashs sociaux" (sic), il n'y aura bien plus place que pour les "ménageurs" en uniforme et les méthodes musclées de "résolution de problèmes".

Politique-fiction... vraiment ?

Écrit par : P.A.R. | 23 avril 2009

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décontracté ; Convivial

Mr BARNIER à propos de la médiocrité de la copine de courses
de l'ex-femme cocufieuse Martin, cocufieuse Ducon ....

Son incompétence était en fait de la CONVIVIALITé et déCONtraction

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désacraliser
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DISTILLER
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EMPHASE
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INCONVENANT / Inconvenance ???

convenance
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MANDAT

MANDATURE
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VOYOU
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Écrit par : AA | 23 avril 2009

Monsieur Amédée,
Je viens d'apprendre un nouveau concept: celui d'écoterroriste (ça doit être vrai, puisque c'est dans le journal).
Il faut que je fasse mes valises avant qu'on m'accuse d'éconégationnisme; je passais déjà pour un sociosceptique: cette fois je suis bon pour l'écogoulag.

Écrit par : P.A.R. | 24 avril 2009

Les commentaires sont fermés.